Expat wife : rester à la maison à rrr-attendre son mari

Femme d’expat, vu de loin, on pourrait se dire que c’est vraiment la vie rêvée. Pas besoin de travailler parce que monsieur gagne assez bien sa vie pour deux, un grand appart’, du personnel de maison, du temps et de l’argent de poche pour se faire manucurer et masser ou passer son temps dans des activités pour femmes oisives, du genre arrangement floral, couture ou cuisine locale. Et évidemment, des vacances dans des endroits paradisiaques. C’est sûr que décrit comme ça et comparé à la course échevelée de la mère de famille parisienne, super-active et pas assez riche que je fus il y a encore peu de temps, ça semble enviable. Curieusement, de l’autre côté du miroir j’entends surtout des desperate expat housewifes qui après quelques mois passés à reprendre leur souffle et récupérer de quelques années de course effrénée commencent à tourner en rond dans leur villa et seraient prête à accepter n’importe quel travail du moment qu’il les sortirait de chez elles. Vraiment n’importe quel travail, même affreusement sous-qualifié, tout plutôt que la manucure et les cours de macramé chinois. Et aucune candidate sérieuse à la succession de Bree Van de Kamp à l’horizon.

Alors comme le dirait si bien la grand-mère champenoise d’une amie très chère : « mais pourquoi tu restes pas à la maison à rrr-attendre ton mari ? » Mais chère mamie, tout simplement parce que passer sa journée à rrr-attendre son mari frôle l’ennui mortel. D’autant plus mortel qu’on a été professionnellement active avant, sans vous parler des anciennes hyperactives. A notre arrivée ici, j’ai passé de longues, très longues journées à rrr-attendre : que ce soit l’heure du repas de Beauté Blonde ou enfin l’heure de la sieste, puis l’heure de retour du car scolaire de Beauté Brune, et puis celle du bain, celle du retour de MMM et puis encore celle du coucher des enfants, et surtout celle du démarrage de notre ayi. Chaque journée était plus longue et plus ennuyeuse que la veille, avec cette impression tenace de n’avoir strictement rien fait, et plus je passais mes journées à rrrattendre et plus j’attendais avec impatience le moment de commencer à travailler. Temporary housewife mais déjà bien desperate.

Mamie-Champagne serait sans doute horrifiée d’apprendre que rester à la maison à me rrr-occuper de mes enfants ne me chaut guère plus que rrr-attendre mon mari, mais si elle connaissait l’énergie guerrière de ma descendance elle comprendrait mieux pourquoi. Fut-ce-je née en Champagne dans les années trente que j’aurais sans doute fini suffragette et brûlé mon soutien-gorge sur les barricades pour ne pas devenir femme au foyer.

Une des questions cruciales de la vie ici semble donc être : est-il possible d’échapper à son destin de desperate housewife quand on est femme d’expat (voire pire : mari d’expat cerné par des femmes d’expat) ? Et quelles alternatives trouver à rrr-attendre son mari quand on ne fait pas partie des rares élues ayant réussi à obtenir une mutation au même endroit que leur cher et tendre ? Même au fond de ma petite déprime du moment il me semble pouvoir affirmer qu’il est possible d’échapper à ce sinistre destin, mais je vous préviens : ça va être dur.

  1. Vous pouvez vous lancer à corps perdu dans l’apprentissage du chinois. Les plus motivées pourront s’inscrire en cours intensif à l’université et tenter de passer leur HSK6 en un an. A ce rythme là vous serez probablement desperate mais certainement plus housewife. Vous mangerez chinois, rêverez chinois, penserez chinois et pourrez éblouir les nouvelles arrivantes en les écrasant par votre niveau de mandarin. Pour la deuxième année, prévoyez de vous inscrire en doctorat, vous aurez le niveau requis par l’université.
  2. Vous pouvez chercher, trouver ou même créer votre travail. Les activités « mode » et « lifestyle » semblent avoir particulièrement la côte, donc si vous avez une âme de prof de gravure sur calebasse, de styliste pour chien ou de peintre sur capsules de bière, l’avenir est à vous. Pour le succès commercial, rien n’est moins sûr, mais n’est-ce pas le lot de tout créateur d’entreprise ?
  3. Vous pouvez écrire. Des listes de course, un journal, des bêtises sur un blog, une thèse, un roman, ce que vous voulez. Ca défoule, ça occupe, ça empêche de trop déprimer et avantage non négligeable : lorsque vous écrivez c’est votre mari qui doit attendre que vous ayez fini, ça rééquilibre un peu les choses.
  4. Vous pouvez faire une dépression, mais en l’assumant voire en la choisissant. Une belle dépression mondaine qui vous donnera le dernier chic dans la jet-set shanghaienne, à grand renfort de considérations géo-politiques sur le régime local et d’affirmations péremptoires sur les moeurs chinoises. Assortissez-là d’une flûte de champagne et d’une moue dédaigneuse pour qu’on la distingue bien de la petite dépression honteuse que font toutes les autres.
  5. Les plus ambitieuses allieront écriture et dépression pour venir nous écrire ça. Ce qui est la preuve que déprimer est aussi chic en écrivant qu’en buvant du champagne mais bien plus drôle…
  6. Enfin, les plus courageuses développeront une grande vie intérieure qui leur permettra de se satisfaire des manucures et des cours de tricot, et même apprendront à aimer ça. Elles pourront s’aider dans leur long parcours par le site Be a Bree réservé aux apprenties Van de Kamp, preuve que se lancer dans l’écriture peut aussi parfois tourner à la twilight bewitched zone

Bon, normalement avec toutes ces bonnes idées vous ferez comme moi et aurez beaucoup mieux à faire que d’attendre votre mari dans votre grande maison vide. Sauf peut-être quand il partira en voyage d’affaires en se débrouillant pour passer le week-end à Bangkok sans vous. Parce que là j’ai beau faire mon possible pour échapper à mon destin de desperate, je le rrr-attends quand même de pied ferme MonMeilleurMari.

 

Photo : est-il vraiment encore besoin de présenter les héroïnes de la série Desperate Housewifes ?

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18 Comments

  1. Continuez à écrire autant de bêtises sur votre site web. Vous vous soignez et vous en soignez d’autres (mais je ne vous crois pas bien atteinte et réciproquement en ce qui me concerne). Bon, je retiens de vos idées la peinture sur la capsule de bière. Je crois aussi que si j’étais desesperate house wife en Chine, j’apprendrai le violon chinois. Cet instrument m’a toujours fascinée avec ses inflexions souples, chaleureuses, ses effets inégalables de legato comme une voix suprahumaine, intergalactique.
    Je vous quitte à regret pour mon cours de harpe interstellaire.
    Sympathiquement vôtre, Monique

    • Mais bien sûr ! Que ne pensais-je au violon chinois, je le rajoute illico sur ma liste des indispensables à entamer ici…
      Et excellent cours de harpe interstellaire à vous 😉

  2. Tara, je serai ravie de vous rencontrer.
    J’adore vous lire, vous me faîtes vraiment rire. Je me retrouve beaucoup dans vos billets.
    Il y a matière à écrire un spectacle, j’adorerai! Et les expats surement aussi!
    Sophie 2L

    • Chère Sophie 2L,
      Merci d’adorer me lire (et mieux encore : de me le dire), du fond de ma déprime ça me fait beaucoup de bien. Quant à écrire un spectacle avec tout cela, j’en parlerai à Florence F., elle me fait beaucoup rire et a sûrement plus de talent que moi pour le transformer en one woman show. Il faut juste que je retrouve son numéro de téléphone…
      A bientôt !

  3. Si je vous dis que j’étais sur le point d’écrire un billet ressemblant étrangement au vôtre, vous ne me croirez pas. C’est tellement troublant que presque flippant….
    Merci pour le clin d’oeil en tout cas… On pourrait presque monter une assoc de femen à nous deux, mais mon petit doigt me dit que les associations de femmes ce n’est pas du tout notre truc. On va donc continuer à réfléchir à notre condition d’housewife désespérée chacune de notre côté, c’est tellement moins ringard ;-))

    • Mon Dieu, en plus d’être une future déprimée vous être aussi la future Mme Irma de Shanghai : vous anticipez tout ce qui va vous arriver six mois avant d’y être. Moi qui ne fait que décrire les choses au fur et à mesure, j’ai trouvé mon maître…

  4. et pendant ce temps la MMM se retrouve dans des soirees interminables avec ses collegues… Vivement demain soir et le retour sur shanghai pour retrouver sa petite famille! Et oui on croit que les epoux ne passent que du bon temps, mais c’est long de ne pas vous voir ou de ne pas vous avoir avec nous!!! et l’on sait que vous passez dezs moments difficiles toutes seules avec les enfants! Mais c’est aussi par ce que vous etes des femmes exceptionnelles qu’on peut vivre cette grande aventure avec vous.
    Merci pour votre patience… Meme si l’on sait qu’elle est parfois mise a rude epreuve.

  5. J’aime beaucoup la solution 3, si ça nous permet de lire ces chouettes textes.

    Sinon, il y a aussi la solution « partir à Bangkok (ou n’importe ou d’ailleurs) sans son mari et les enfants ». Maman a souvent adopté cette solution quand elle se lassait de rrr-attendre, et s’est offerte de nombreux petits séjours à Hong Kong, ville que mon père n’aime pas du tout. En échange, elle ne râle pas lorsque mon père prolonge ses voyages d’affaires ou va crapahuter dans les montagnes (activité que ma mère n’apprécie pas pour le coup). Ainsi, tout le monde est content!

    Je vois aussi de nombreuses femmes d’expat s’investir dans de multiples associations, quitte parfois à en devenir plus occupées que leurs maris !

    • J’adopte immédiatement la solution de votre mère (quoique j’avoue avoir encore du mal avec l’idée de laisser mes enfants pendant que je vais prendre du bon temps sans eux, paradoxe quand tu nous tiens…), et pour les associations, c’est évidemment une excellente idée (mais ça ressemblait trop à un vrai conseil pour que je l’écrive moi-même, voilà qui est réparé 😉 ).

    • S’ils se sont croisés c’est dans une vie parallèle dont nous ne savons rien… C’est peut-être juste que tous les maris disent la même chose dans ces circonstances (ou que nous sommes vraiment exceptionnelles, allez savoir…).

  6. Bonjour Tara,
    Je découvre ton blog suite à ton com sur « My tailor is an expat »
    Très drôle ton billet.
    J’ai testé et adopté les solutions 1, 2 et 3 , 13 ans que ça dure 🙂
    A bientôt !
    Cécile, un peu plus au Sud

    • Merci Céline !
      Je connais une Fille en Chine: de jolies pochettes siglées se promènent dans mon sac à main et celui de mes copines. On adore !
      Effectivement, tu as réussi à slalomer entre les embûches de la desperate housewife avec brio (et même réussite commerciale, c’est dire).
      Bienvenue par ici et à bientôt !

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