Mon expat’ blues des 6 mois

Il parait que lorsqu’on part en expatriation, on suit des phases d’adaptation successives qui sont peu ou prou les mêmes pour tout le monde. 1) on vit une lune de miel sur un mode touristique « tout est merveilleux, on découvre plein de choses, c’est gé-nial ! », 2) on se heurte au choc culturel initial et on a un premier coup de blues, rien ne va plus, 3) on met en place une adaptation superficielle à notre environnement et tout va mieux, 4) on a un nouveau creux de la vague parce que le choc interne de l’expatriation frappe à retardement et on rêve subitement de rentrer « à la maison », et 5) on s’adapte enfin réellement à notre pays d’accueil et c’est parti pour plusieurs années de bonheur (avant le 6) retour à la mère patrie et nouvelle déprime parce que rien n’est plus comme quand on est partis).

Ces phases on m’en a parlé, je les ai vues, je les ai même regardées dans cette petite animation, bref, en théorie, je savais comment ça se passait. Dans la réalité, j’ai plutôt eu l’impression d’échapper un peu à ce schéma, grâce évidemment à ma remarquable personnalité me plaçant bien au dessus de tout cela et à mes nombreuses expériences d’expatriation dans l’enfance. Je me disais un peu « j’en ai vu d’autres, même pas mal ». Et honnêtement j’ai eu l’impression de ne pas réellement vivre de choc culturel et de passer presque sans heurts d’une lune de miel touristique (qui n’est encore pas tout à fait terminée si vous êtes un tant soit peu assidus ici) à une adaptation qui me semblait des plus solides. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes : mes pouvoirs de super-expat’ m’avaient fait échapper au schéma classique et à ses deux moments dépressifs, je pouvais m’auto-congratuler en toute sérénité.

Sauf que, sauf que, il faut bien dire que depuis quelques jours j’ai un vrai coup de blues dont je commence à me demander vaguement s’il ne serait pas lié à ce fameux deuxième creux de la vague. Normalement c’est le « blues des 6 mois », moi je l’ai au bout de huit. Je suis donc soit particulièrement résistante, soit particulièrement lente, soit simplement affreusement rétive aux prédictions temporelles du schéma expliqué plus haut. Expat’ d’accord, avec le blues passe encore, mais à mon rythme à moi sinon je ne réponds plus de rien.

Donc j’ai le blues, des envies de fraises et surtout de raclette pas possibles, de retrouver mon Paris chéri (que je ne supportais plus en partant, rappelons le) et de me saturer d’échanges sociaux avec mes amis comme on s’accroche à une bouée de sauvetage. Rajoutez à cela l’abandon de MMM pour dix jours à cause d’obscures raisons professionnelles, un manque cruel d’ayi partie quelques jours pour de funèbres raisons familiale, une Beauté Brune toute chamboulée par l’absence de son papa et une Beauté Blonde en pleine crise Kim Jong-Unienne et vous obtiendrez une Tara bien à point, traînant son blues du matin au soir sans même une guitare à l’horizon pour l’égayer de quelques accords. Je ne dis pas que me retrouver seule à gérer mes amours de rejetons durant dix jours ne joue pas sur mon humeur, mais je crois que le feu couvait déjà avant ce déclencheur, nourri de sentiment de solitude et de désillusion amicale.

De solitude parce que malgré ma merveilleuse personnalité et mon humour unique dans l’Empire du Milieu, je n’ai pas encore réussi à me faire réellement d’amis ici. D’ami proche, intime, présent. La faute certainement à moi et à mon incapacité à faire les efforts nécessaires pour papillonner dans toutes les associations et apéros d’expats pour rencontrer du monde. Peut-être aussi la faute à pas de chance, mais quel que soit le fautif ça ne rend pas la solitude moins pénible. De désillusion amicale aussi parce qu’avec un départ lointain comme le nôtre, il est inévitable que certains amis se mettent subitement aux abonnés absents. On a beau le savoir avant de partir et l’avoir intellectuellement anticipé, ça fait quand même mal quand ça arrive. La casse aurait pu être bien plus grande, mais j’aurais rêvé qu’il n’y eut pas de casse du tout. Et comme j’ai le deuil amical lent, voilà que surgit au détour du printemps l’expat blues des huit mois.

Pas démesurément intense, absolument pas insurmontable, mais suffisamment net pour que je ne puisse plus faire semblant de l’ignorer et que j’ai envie d’un seul coup de faire un crochet à Bangkok pour laisser les enfants à MMM pendant que je vais passer le week-end avec mes copines. Vous pensez que si je le demande gentiment à mon Spock de fils il fera jouer ses relations pour une petite téléportation ?

Bon, alors il ne me reste plus qu’à trouver les clés pour repasser du blues au rock qui est mon état naturel. Ça tombe bien, je me sens tout à fait d’humeur pour une petite chasse au trésor… A moins que vous n’ayez des indices à me donner pour ma carte au trésor ?

 

Crédit photo : Living in Geneva / Top Tips for Beating the Geneva Expat Blues

GrandBondMilieu_expat_blues

16 Comments

  1. Bon courage mon amour. Je t’aime meme si je suis loin…
    En tous les cas je vois que tu as encore de l’humour meme dans une periode difficile. C’est bon signe!!!

  2. Ton expat-blues te donne en tout cas l’occasion d’écrire un très joli billet, tout n’est pas perdu ^^.
    Tout un hiver sans raclette, j’en ai froid dans le dos 😀 Bises et courage !

  3. Tu es aimée, même de loin. C’est ce « même de loin » qui pose problème …. mais c’est de l’amour et du soutien ! Toute la bande des 4 est aimée !
    Comment éloigner le blues :
    1/ trouver des aliments réconfortants voire régressifs (juste pendant un temps, court mais suffisant),
    2/ faire des activités TRES agréables : sorties, lectures, massages, siestes (si possible, en même temps que les 2 Beautés),
    3/ bouger son corps, se fatiguer par le sport, faire des séances de gym à la maison, aller à la piscine … et dormir mieux,
    4/ se remettre au Yoga le soir avant de se coucher,
    5/ continuer à alimenter ce Blog que nous apprécions et aimons !!!
    Et puis …. MMM et l’ayi seront bientôt de retour !
    Bizzzzzz et re-bizzzzzzzzz

    • Merci pour la liste de conseils, je me serais auto-prescrite quasi la même, toute la difficulté est dans la mise en oeuvre 🙂
      Pour le 1/ j’ai déjà commencé, mes cuisses commencent à en voir les effets (c’était bien la peine de perdre 5 kg en arrivant ici…), 2/ ça c’est le plus dur parce qu’il faut surtout que je fasse les courses, la bouffe, les lessives tant que j’ai pas les enfants dans les pattes…, 3/ dormir mieux est MON objectif du moment, 4/ il faut que j’y pense pour réussir le point 3 et 5/ s’il n’ avait pas l’écriture et le blog je serai sans doute bien plus déprimée que je ne le suis, je ne suis donc pas près d’arrêter.
      Bizzzzzzzzzzz !

  4. Malheureusement, les restaurants de raclettes/fondue que je connaissais ont fermé. Le Saleya en fait de temps en temps, en fonction des saisons, mais là, je crains que ça ne soit plus vraiment d’actualité (mais vous ne perdez rien à demander).

    Mais un autre restaurant, que j’aime beaucoup et qui me remonte souvent le moral, dans un style différent (restaurant de couscous), est l’Andalus à Tianzifang.

    Plutôt que de se retrouvez dans une grosse associations d’expat ou un des nombreux apéros générique présents (qui, personnellement, peuvent parfois être assez « gonflantes » et impersonnelles), je conseille plutôt d’en trouver des plus petites sur des thèmes qui vous intéressent. Il est plus facile de rencontrer et discuter avec des gens avec qui vous avez des choses en commun.

    Personnellement, les associations/groupes dans lesquels je m’investi beaucoup, et à travers lesquels je me suis fait de bons amis, sont mon groupe de badminton (bon, par contre, il y a déjà beaucoup trop de monde présent donc je n’en fait pas trop la pub, mais quasi chaque gymnase/sport a de nombreuses associations) et mon groupe d’ancien élèves (un passé commun à traîner sur les mêmes bancs soudent).

    Sinon, j’aime beaucoup assister aux dîners épicuriens des amis des disciples d’Escoffier. C’est toujours un chouette moment, ou l’on se retrouve autour d’une très très bonne cuisine française/occidentale (bon, par contre, le site n’est plus très à jour, mais je peux passer les infos en privé si cela vous intéresse ).

    Un autre groupe que j’apprécie beaucoup est le groupe de swing de Shanghai. J’avoue avoir un peu laissé tombé dernièrement par manque de temps et parce que mes amis ne sont pas fans, et sans partenaire, ce n’est pas aussi drôle, mais si vous aimez danser, c’est très chouette.

    Bref, je n’ai pas vraiment de conseils pour passer outre le « blues de l’expat », mais rencontrer du monde et se faire des amis est une bonne solution, et voici ce qui a marché pour moi.

    • Merci la Renarde,

      c’est tout l’enjeu : trouver un groupe où je puisse trouver ma place naturellement par le biais d’intérêts communs… Je cherche, je cherche 😉

  5. En tous cas, si j’en juge au nombre et à la densité des commentaires, tu (vous) n’ es (êtes) pas vraiment oubliée(s)…Je me permet d’ajouter un dernier conseil qui, à  » J-(15+10) », commence à rentrer dans le concret: se lever le matin et penser très fort « plus que X jours avant la prochaine bouffée d’air métropolitano-familiale »…ça marche aussi pour le papy-blues.
    BBrune se fera aussi aux absences de MTM/son Papa, le temps pour lui d’intégrer la certitude qu’elles ne sont que temporaires. J’ai quelques souvenirs de la même veine, par exemple…
    Une petite fille, à qui l’on avait demandé à l’école de dessiner son Papa…Un monsieur de dos au pied d’un avion avec deux valises…
    Un petit garçon de 8 mois, qui m’avais copieusement morigéné dans son jargon de bébé (mais le ton était très explicite) à mon retour de ma dernière mission coréenne, avant de me faire la gueule pendant 8 jours.
    Voili voilou, bienvenus au club des déracinés temporaires

    Bisous à  » J-(15+10) »

    • C’est marrant, je n’avais aucun souvenir de ce dessin de mon papa de dos au pied d’un avion avec ses valises, mais ça me parle tout à fait 😉 Aller, t’as raison, plus que quelques jours avant votre arrivée, ça va faire du bieeeeen.
      Bisous !

  6. j’en remets une couche … et le chant ??? les contacts avec d’autres devraient te dire si oui ou non tu peux trouver ça. Il me semble que tu aimais bien et ça permet de faire sortir les angoisses et de retrouver les enfants avec plus de sérénité peu de temps après.. Bon, chacun sa recette mais nous on pense aussi à toi. Bisous.
    PS : on se fait une fondue demain midi, grrrrrrrrrrrrrrr ! après il va falloir faire un super régime… c’est ça ton avantage, tu n’en as pas besoin.

    • Hello, hello,
      Le chant oui, j’aime toujours ça, mais les chorales c’est toujours tard le soir et si j’y rajoute les soirées de boulot (j’en ai souvent) je ne vois plus les enfants… Compliqué ces histoires…
      Bonne raclette, mais je ne t’envie pas car rien ne vaut les raclettes de juillet 😉
      Bises !

  7. Chère Tara, c’est extrêmement bien résumé et je peux affirmer qu’en 5 expatriations, nous avons vécu, chaque membre de la famille, les différentes étapes les unes après les autres, plus ou moins longtemps en fonction des tempéraments de chacun…!
    Mon mari voyage aussi beaucoup, et je me souviendrais toujours de la 1re fois qu’il m’a laissée avec les 3 filles alors qu’on était à Macau depuis seulement un mois….le sentiment d’être seule au bout du monde…. Et puis, ça passe. Au Brésil, actuellement, c’est long de faire ses marques : et pourtant, après être passé par des expatriations sur des très petits territoires, on se retrouve dans une mégapole de 10 millions d’habitants avec plusieurs milliers de français….et de grosses difficultés pour se faire des « vraies » relations parce que de plus en plus, j’en ai ma claque (et mon mari encore plus !) de ces soirées complètement superficielles…..
    Il nous aura finalement fallu plus d’un an mais on commence à faire notre trou.
    Vous avez toutes les clefs en main pour faire le vôtre, et je pense sincèrement que cette étape « délicate » est absolument nécessaire à la réussite de la suivante et vous verrez comme vous allez être heureux tous les 4, ça ne fait aucun doute.
    En attendant, vous ne laissez pas passer votre mélancolie sur le blog, c’est toujours aussi émouvant et/ou palpitant et/ou amusant (Ah ! les cours de mandarin….:-)) et je me délecte à vous lire.
    Bien amicalement de la brésilienne d’adoption qui ne rate AUCUN post même si elle sous-marine bien souvent…pas bien !!

    • Bonjour MClaire,
      et merci pour ce commentaire qui me redonne de l’espoir 😉 Un an, c’est sans doute ce qu’il faut compter et ce fond du trou est peut-être le moment ou va enfin s’infléchir la courbe de la déprime pour reprendre une expression à la mode. Je sens aussi que sur certaines choses je commence à faire mon trou, mais parfois qui dit trou dit léger appel d’air 😉
      Aller, je tiens bon la rampe, de toute façon je n’ai aucune autre alternative.
      A bientôt !

  8. Coucou !
    Ce post est très émouvant et je me dis que je vivrais la même chose durant mon expatriation.
    Courage !! Si j’ai un conseil/indice à te suggérer, ce serai de ne pas rester chez toi, sors pour ne pas être entre tes 4 murs, en plus de prendre l’air (même shanghaiien) tu feras sans doute des connaissances, juste pour discutailler dans un premier temps et ensuite, en fonction du feeling, ces connaissances pourront devenir plus.
    Allez ! Tiens bon SuperTaraB !

  9. Beaucoup d’humour dans ce billet, de la sincérité et beaucoup de vérités aussi! Moi, lorsque j’ai le blues à Montréal, je fais des bugnes, je sais pas pourquoi… enfin si, je viens de Lyon 😉

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