Xi’an #3 : coup de coeur pour le quartier musulman

Pour terminer mon récit de notre petit séjour à Xi’an j’ai gardé le meilleur selon moi, ce que j’ai trouvé de plus atypique, de plus étonnant et de plus sympathique : le quartier musulman et sa grande mosquée, où comment s’offrir un détour par l’Asie centrale au beau milieu de la Chine. Situé derrière la tour du tambour, on entre dans ce quartier par une longue rue qui donne immédiatement le ton : on se fraye un chemin au milieu de la foule entre deux rangées ininterrompues de stands de brochettes fumantes, de nougats, de fritures diverses, de petits pains fourrés à la viande, de fruits coupés, de gâteaux de semoule, de gargotes et de restaurants, et de tout ce qui peut se manger de bon au son de la techno et des invitations de vendeurs à calottes immaculées ou noires brodées d’or. La communauté musulmane s’active à ses commerces avec une industrie que ne renierait aucun souk du Maghreb ou du moyen-orient. Les ruelles adjacentes ouvrent d’ailleurs les portes d’un souk sino-musulman au coeur duquel se niche – voire se cache tant elle est mal indiquée – la grande mosquée de Xi’an.

Dire que j’ai aimé ce quartier est très en-dessous de la vérité puisque nous y sommes allés trois ou quatre fois en trois jours et y avons pris deux mémorables repas. Mon enthousiasme gustatif ne connut plus de borne quand on nous a servi des brochettes de boeuf au cumin, une soupe de nouille au coriandre à tomber, des galettes fourrées au boeuf ou à l’agneau parfumés d’épices, et même d’excellents dumplings au boeuf dont nous ne sommes pas venus à bout tant notre appétit avait vu grand. Retrouver ces saveurs orientales savamment mélangées à des plats typiquement chinois m’a mise dans un état d’excitation gourmande indescriptible. Une fois que j’y avais goûté, pas question de manger autre chose le lendemain, malgré les récriminations de Beauté Brune qui trouvait que toute cette fumée de brochettes, c’était quand même un peu trop.

N’écoutant que l’égoïsme de mon estomac, j’avais très envie de lui dire « alors mon chéri que je t’explique, pour te faire plaisir pendant tes vacances, maman s’est coltiné le musée d’histoire naturelle, celui des sciences et de la technologie ET l’aquarium océanographique, avec achat de jouet, déjeuners à base de hamburger-frites ou pizza et tête-à-tête mère-fils compris. Et je ne parle même pas du nombre de fois où je t’ai accompagné au bac à sable. Même les autres mamans de la résidence ont dit que j’étais une mère parfaite – parfaitement : parfaite – alors maintenant maman a droit à sa récréation et elle ira s’asphyxier avec les fumées des brochettes musulmanes autant de fois qu’elle le veut, et avec le sourire de son fiston en prime ou sinon plouf dans les douves ». En vrai je lui ai juste dit « oh ben on ne sait pas encore dans quel restaurant on va aller » alors qu’on était fermement décidés avec MonMeilleurMari à retourner fourbement au même endroit que la veille. Que voulez-vous, parfois le courage d’aborder mon fils frontalement me fuit, mais ce sont les vacances, j’y ai bien droit.

Quant à la mosquée, après l’avoir cherchée un peu au hasard en nous enfonçant dans le souk, nous avons également fini par la trouver et la visiter. Depuis deux jours je cherchais dans le ciel de Xi’an un minaret qui nous aurait indiqué sa localisation, mais une fois l’entrée franchie j’ai mieux compris pourquoi j’avais raté le minaret : c’est que cette mosquée est construite sur le même schéma qu’un temple chinois classique, avec une succession de courettes et de pavillons aux toits pointus, une mosquée entièrement chinoise mais aussi authentiquement musulmane. Seules les inscriptions en arabes sur les frontons et les murs, un pavillon réservé aux ablutions et des lanternes chinoises vertes au lieu d’être rouges rappellent qu’il s’agit bien d’une mosquée. Ce mélange architectural inattendu, les visages des fidèles – bien plus ouzbeks ou kazakhs que han – m’ont transportés en imagination sur la route de la soie. La surprise était jolie, nous en sommes ressortis tout souriants.

Alors après ces quatre jours, après toutes ces belles choses à voir, à entendre, à goûter, je me dit que j’aimerais beaucoup revenir à Xi’an avant de quitter la Chine. Et aussi pousser plus loin vers l’ouest, sur les vestiges de la route de la soie et découvrir un autre visage de l’Empire du Milieu.

 

Pour « notre » restaurant aux mille délices au cumin : 111 Beiyuanmen, presque en face de la demeure de la Famille Gao (144 Beiyuanmen, le 144 étant situé quelques mètres après le 186).

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7 Comments

    • Très sympa cette vidéo, merci ! Vous avez indubitablement beaucoup plus de talent que moi pour ça, et vous réussissez à faire passer quelque chose de l’ambiance locale. A bientôt !

      • Merci pour ce joli petit film… Ça donne envie d’y retourner pour visiter ce que l’on n’a pas eu le temps de visiter et de retourner aux endroits qui nous ont plus! On a également adore le cote multi-culturel. Entre autre la grande mosquée visite par un car de touristes Israéliens en plein milieu de souks Chinois… Et des plats excellents!

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article très bien écrit qui m’a fait revivre des moments tant appréciés dans le quartier musulman de la ville de Xi’an.
    Et… Oui, on a bien le droit de filouter un peu avec ses enfants en voyage… Question de survie 🙂 !
    Nicolas

    • Merci pour votre passage par ici, et ravie que mon billet vous ai rappelé de bons souvenirs (il me fait le même effet pour tout dire 😉 ). A bientôt !

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