Pékin #1 : La Cité Interdite au nouvel an chinois

Tous ceux qui comme nous vivent en Chine, ou dans un pays à forte communauté chinoise, ou à proximité d’une quelconque China Town quelque part dans le monde sont au courant : cette semaine était celle du nouvel an chinois. Nous sommes donc passés dans l’année très faste du singe de feu dans la nuit de dimanche à lundi, et qui dit nouvel an chinois dit – en Chine – semaine obligatoire de vacances pour tout le monde. Usines et entreprises fermées, aéroports et gares bondées, milliards de trajets durant la semaine pour rejoindre la famille en province : le nouvel an chinois c’est une sorte de compilation entre Noël et le mois d’août avec un pays qui ralentit brutalement, voire se met à l’arrêt. Et pour fêter ça, nous nous sommes envolés pour Pékin et une semaine de découvertes culturelles à haute dose, malgré les risques de grand froid et les doutes sur le niveau d’airpocalypse local. Pour l’instant notre pari est gagné haut la main, à tous points de vue : grand ciel bleu, froid très relatif (+5° le jour, à peine -12° la nuit), pollution au plus bas (merci les usines fermées), et une profusion de sites plus extraordinaires les uns que les autres. Depuis cinq jours Pékin me met des étoiles plein les yeux. Et nous avons commencé comme tout touriste moyen par la Cité Interdite.

Pariant sur une faible affluence – nous y étions la veille du nouvel an – nous avons eu la chance de la visiter sans foule excessive (aucune queue aux caisses, excellent signe) et sous un ciel bleu de carte postale. Les premières cours, vues et revues en photos, m’ont certes impressionnée par leur taille et leur majesté mais pas encore totalement surexcitée, je m’échauffais encore. En revanche, dès que nous sommes passés dans les allées latérales, notamment dans les appartements privés de l’impératrice douairière Xiaoshengxian, j’ai commencé à répéter la petite ritournelle que je réserve aux visites qui m’emballent totalement : « ohhh c’est génial, c’est extraordinaire, et puis tu as vu ça, et puis ça ? Oh c’est vraiment génial, je suis contente d’être là, quelle chance on a ! C’que je suis contente, c’que j’suis contente et patati, et patata… » qu’il est totalement inutile de tenter d’arrêter, quand je suis contente je suis contente. Les enfants couraient comme des dératés dans les allées comme si elles avaient été faites pour eux, et nous n’avions pas assez d’yeux pour en croire ce que nous voyions. Ce qui m’a je crois le plus étonné est le confort cossu des aménagements intérieurs : épais tapis moelleux, coussins aux broderies exquises, papiers peints, tentures, on pouvait imaginer ne pas avoir trop froid dans cet immense palais. Quant à sa dimension de ville, elle saute aux yeux : organisée en quartiers desservis par des rues, son nom de Cité n’est vraiment pas usurpé. Difficile de décrire l’impression qu’elle laisse en vous, c’est tout simplement l’un des sites les plus extraordinaires et impressionnants que j’ai vu, au monde. Et je pourrai y retourner plusieurs fois sans m’en lasser en en découvrant toujours mille et un détails. Mes photos n’en rendent pas la majesté, loin de là…

Il faudrait certainement la journée pour la visiter entièrement, et nous avons « raté » l’opéra impérial et toute la partie ouest de la Cité, mais au bout de 3h30 de visite il nous a semblé que les enfants s’étaient déjà bien prêtés au jeu et nous avons commencé à nous diriger vers la sortie. C’est là que le nouvel an chinois a rajouté sa petite touche personnelle : exceptionnellement ce jour-là, la Cité fermait ses portes à midi et demi. Cela faisait au moins une heure qu’ils l’annonçaient au mégaphone, mais uniquement en chinois, et comme nous n’y comprenions goutte nous n’avions pas fait attention (et réciproquement). En revenant sur nos pas nous étions curieusement peu nombreux – nous nous félicitions donc d’être à contre-courant et d’éviter la foule, vive nous ! -, et certaines portes précédemment ouvertes étaient désormais fermées, ce qui aurait pu nous mettre la puce à l’oreille. C’est en arrivant dans la troisième grande cour que nous avons compris : une horde de gardes étaient là, refermant chaque porte derrière nous et nous poussant gentiment mais fermement vers la sortie.

Avec Beauté Blonde qui commençait à traîner la patte de fatigue, nous étions bons derniers et avons retraversé le reste de la Cité quasiment seuls, escortés par notre garde d’honneur personnelle, le reste des visiteurs ayant déjà retrouvé la sortie. A chaque passage dans une nouvelle cour les gardes refermaient les immenses portes cloutées derrière nous, nous offrant l’expérience la plus inattendue et extraordinaire – au sens littéral – de notre séjour. Je riais de bon coeur de cette espèce d’évacuation militaire mais bonhomme des lieux, profitant de tous mes yeux de ces cours immenses presque entièrement vides. Alors si vous voulez mon avis, la Cité Interdite le jour du nouvel an chinois c’est vraiment l’expérience de l’année !

 

GrandBondMilieu_Cite_Interdite_Pekin

11 Comments

  1. Il y a des endroits du monde qui sont incomparables. La Cité interdite en est un assurément. Je suis définitivement fan de tes reportages. Merci et bonne année 😉

    • Merci pour ton côté fan, et clairement la Cité Interdite fait partie des incomparables (et le pire, c’est que j’ai pas fini avec mes reportages, la suite est splendide aussi… On n’a pas eu la neige, mais on a eu des lacs gelés, et c’est magique…).

    • Merci, bonne année à toi, et pour être honnête le ciel n’est pas souvent si bleu, surtout à Pékin qui détient des records de pollution, mais cette semaine les dieux de la météo sont définitivement avec nous !

  2. Oui c’est la meilleure période !
    Quand j’y suis allée pour la première fois en 1979, il n’y avait que des « hutongs » les maisons basses, avec des tas de choux devant les portes. Et la population tous en « bleus de chauffe » et casquettes Mao, le même costume pantalon bleu, pour hommes comme pour femmes … . Les deux seuls bâtiments hauts étaient  » le Magasin de l’Amitié » (réservés aux seuls étrangers), et l’Hôtel de l’Amitié….! Imagine ma stupéfaction quand j’y suis retournée en 1997 : que des gratte-ciel !!!
    Etes-vous allés dans le Nord Ouest de pékin, il y a encore des quartiers de hutongs qui ont été préservés des bulldozers. S’ils sont encore là ! On peut s’y perdre, c’est sympa, populaire et tellement réel. Car le peuple est là, le vrai Pékin.

  3. Avec ton billet sur la cité interdite, je reviens sur ma déception du nouvel an chinois ici au Kenya. On est dans le pays du made in China par excellence, jusqu’à la construction de nos routes… mais pour laa fête, rien! La. Cité interdite me fait rêver, c’est peut être à cause des romans de François Cheng ou Shan Sa. Merci pour la visite enthousiaste.

    • Ils construisent peut-être des routes mais pas une communauté assez nombreuse ou forte pour fêter le nouvel an chinois comme il se doit 😉 Il ne reste plus qu’à venir en Chine !

      • Aïe, ne me tente pas trop! Je viens d’apprendre que ma nièce parisienne effectue son prochain semestre à Shanghai! Si seulement la Chine n’était pas si loin de l’Afrique de l’Est…

        • Mais que voici une occasion en or pour la rejoindre et venir faire un tour par ici… Et puis loin, loin, c’est très relatif, tout au plus quelques heures d’avion, pas pire que de Paris quoi 😉

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