Pékin #3 : La Grande Muraille en famille à Mùtiányù

Venir en Chine et ne pas voir la Grande Muraille, ce n’est pas possible. Ce n’est même pas pensable. Imaginez : la Grande Muraille, merveille du monde moderne, fortification unique dont on prétend qu’elle est la seule construction humaine visible depuis la lune (archi-faux mais qu’est-ce que la véracité scientifique face au mythe ?), s’étendant sur 4000 km de long, unifiée sous l’empereur Qin Shi Huang (celui qui s’est fait enterré avec la fameuse armée de terre cuite) pour défendre la Chine contre les invasions des barbares du nord, mongols, huns et autres mandchous. Avec un relatif succès, puisque la plupart des dynasties chinoises sont restées Han, avec deux ratés notables tout de même : la dynastie des Jin postérieurs (17ème siècle) et la dynastie Qing, dernière à avoir régné avant l’avènement de la république… C’est qu’une muraille, aussi puissante et imprenable soit-elle, n’est jamais plus solide que le plus faible de ses défenseurs et que certains gardes se seraient avérés suffisamment corruptibles pour laisser passer les hordes du nord. Bref, la Grande Muraille. Il fallait absolument y aller, mais comment concilier fortification érigée sur des crêtes escarpées et petites jambes fatigables de rejeton en bas âge ? Tout simplement en allant à Mùtiányù, section touristique (mais pas trop) de la muraille à quelques 90 km au nord de Pékin.

Et autant vous dire que pour cette sortie la pression était forte. En partant pour Pékin Beauté Brune nous a gratifié d’un « on a trop de chance d’aller à Pékin ! Moi je suis le seul dans ma classe à aller à Pékin, tous les autres ils vont à la plage ». Il ne l’a pas explicitement rajouté parce qu’on essaye de l’élever correctement mais son ton impliquait clairement quelque chose du genre « les gros loosers, ils préfèrent aller sur les plages de sable fin quand nous on va aller marcher sur la GRANDE MURAILLE ! » Bref, la Grande Muraille c’était le must absolu, le clou de notre voyage pour nos têtes brune et blonde, aucun droit à l’erreur sous peine de crise dantesque. Et nous avons été à la hauteur des attentes. Enfin, nous et la muraille.

Première excellente décision : nous y sommes allés le jour même du nouvel an chinois. Riche idée puisque que les chinois étaient occupés la veille à faire sauter pétards et feu d’artifices jusqu’à 1h30 du matin, ce qui fait qu’à 7h30 heure de notre départ ils étaient au lit sans aucune intention d’aller se geler les fesses sur un mur en altitude. Deuxième bénéfice : cela nous a permis de fuir la pollution de la ville liée aux-dits pétards et feux d’artifices (indice de pollution la veille : 40, le jour J : 594 à 7h30 (oui, j’ai bien écrit 5-9-4), et à nouveau 60 à 11h du matin, juste le temps que le vent dissipe les particules). Nous étions à pied d’oeuvre sur le site de Mùtiányù à 8h30 (personne sur la route, béni soit le nouvel an chinois), personne aux caisses pour les tickets, personne aux navettes pour aller jusqu’au pied de la muraille elle-même. Deuxième excellente décision : choisir de monter en télécabine (oui, comme au ski), plutôt qu’à pied comme les courageux et les puristes. Les petites jambes de nos enfants nous remercient, on ne serait peut-être jamais arrivés en haut sans cela, en tout cas pas sains d’esprit. Et à 9h10, après une dernière petite montée à pied (doublé d’une rampe entièrement accessible aux fauteuils roulants) nous foulions enfin du pied les dalles de pierre de la Grande Muraille. Avec à peine quelques familles chinoises égarées, et quelques touristes français comme nous. Le tout étalé sur une section de 3 km de long émaillée de quelques 26 tours de guet : nous n’avons eu besoin d’aucun d’effort pour prendre des photos sans personne dessus, et avec quelques restes de neige sur les pentes de la montagne et le soleil d’hiver c’était franchement magique.

 

On a beau avoir vu et revu des photos de cette muraille mille fois, être réellement dessus, marcher sur son chemin de ronde, monter aux tourelles, regarder ce paysage montagneux, imaginer les assaillants du nord, le tout sous un ciel d’azur, ça fait tout de même sacrément quelque chose. Au point que Beauté Brune a été ressaisi par son « vertige », restant tétanisé de longues minutes avant de progressivement se détendre et se trouver à sa place sur ce monument de puissance militaire et architecturale. 4000 km de briques, pierres et mortier et 2000 ans d’histoire, ça a de quoi vous paralyser un petit garçon. Et puis nous avons marché, grimpé, sauté, fait des photos bêtes et drôles, couru, regardé le paysage, profité du soleil qui nous chauffait doucement, comme si tout cela était là pour nous et rien que pour nous. Un petit tour de quelques heures et puis s’en va, des souvenirs rayonnants plein la tête.

Et vous savez quoi ? Lorsqu’on lui demande ce qu’il a préféré de toute notre semaine à Pékin, et bien Beauté Brune répond sans hésiter : la Grande Muraille !

 

En pratique : Mùtiányù est accessible en bus ou car depuis Pékin, mais nous avons choisi l’option « tout confort » en louant une voiture avec chauffeur pour la journée. Accès à la muraille : 45 yuans / adulte, AR en téléphérique : 80 yuans / adulte, moitié prix pour les enfants. A la belle saison une piste de luge d’été est également accessible à la descente pour le plaisir des petits et des grands (60 yuans / adulte).

 

GrandBondMilieu_Grande_Muraille

15 Comments

    • Wouaaaaaah, dormi dessus, ça devait être incroyable le matin au lever du soleil ! Et pour le ciel bleu, c’est clair : on a eu une chance de fous côté météo…

    • Oui, je ne sais pas si ça se sent suffisamment mais on est revenus vraiment éblouis et enthousiastes de cette semaine à Pékin, et la météo n’y était pas pour rien : tout est tellement plus riant sous un ciel bleu 😉

  1. Souvenirs souvenirs, quand j’y suis allée pour la première fois, en 1979, c’était à peine restauré et il n’y avait rien de tout ce que tu dis (téléphérique etc). C’était aussi l’hiver, ciel bleu profond, et il y faisait un froid de galérien !
    Pas un chat, donc gratuit bien sûr 🙂
    Il paraît que dans le terre – plein central, entre les deux murs, il y aurait des centaines de cadavres de tous les malheureux qui l’ont édifiée …
    Avez-vous visité le Tombeau des Ming ? C’est sur la même route, et il est établi selon les règles du Feng Shui …

    • Evidemment, les souvenirs d’il y a 35 doivent avoir du mal à se superposer avec la réalité d’aujourd’hui… 😉 Pour les ossements des ouvriers, difficile de dire s’il s’agit de la réalité ou de la légende. Il n’est pas impossible qu’ils aient effectivement perdu les corps de deux ou trois d’entre eux dans la bataille, quand on travaille à si grande échelle on n’est pas à ça près n’est-ce pas ?
      Et pour les tombeaux Ming nous avons fait l’impasse : les loulous commençaient à être bien cuits. Mais on les a achevés au Temple du Ciel l’après-midi, c’était bien aussi 🙂 Bises !

  2. Un téléphérique, la chance, je crois qu’il n’existait pas à l’époque où j’habitais à Pékin. Et si ma mémoire ne me fait pas faux bond, il y a(vait) plus de 1000 marches pour arriver en haut…

    • Si j’en crois le Lonely Planet, Mutianyu est le seul site « proche » de Pékin à disposer d’un téléphérique. J’avoue qu’avec les enfants ça sauve la vie (1000 marches, je n’ose même pas y penser !!) mais faire l’effort de la montée pour finalement découvrir le paysage d’en haut doit aussi avoir une saveur particulière…

  3. « la seule construction humaine visible depuis la lune (archi-faux mais qu’est-ce que la véracité scientifique face au mythe ? »
    Exact, archifaux si l’on précise « à l »oeuil nu » (ce qui équivaudrait pouvoir discerner un cheveu de 0,00000001 mm d’épaisseur à 3 mètres de distance…bonjour l’acuité visuelle!! ) Mais il est vrai qu’elle est visible sur des clichés satellite avec les optiques qui vont bien…mais à 36 km d’altitude seulement… d’où la légende)
    Je ne suis pas sur, mais je crois bien que c’est la portion que nous avons avalée lors de notre dernière étape du trail 2015. Toutes les portions de muraille se ressemblent, mais si le téléphérique est seul dans son genre, ce ne peut être que celui là que nous empruntâmes ( Et toc, circonflexe de résistance…), mais à la redescente (laquelle c’est bien connue, est presque plus tuante que la montée)

    Bravo les pt’its loups, bienvenu au club des compagnons de la muraille

    Bisous à tous les quatre

    • Aaaaaaaaah, et bien si c’est le cas je suis bien contente d’avoir foulé une portion de mur que vous-mêmes foulâtes (avec le même circonflexe de circonstances) 😉 Il y a effectivement une portion bien raide dotée de marches où je vous aurait bien vus faire votre photo de groupe du finish (mais rien ne ressemble plus à une portion de mur qu’une autre portion de mur n’est-ce pas ?). Inoubliable quoi qu’il en soit (et en marchant dessus en vrai je me rends compte à quel point vous avez été VRAIMENT dingues de courir là-dessus…). Bises !

  4. Bon moi j’aimerais bien la fouler cette muraille, j’ai les chaussures, le sac à dos et les bâtons (…circonflexe non conjugué mais « flexe » quand même !), je veux juste savoir où me procurer le topo guide (pour connaître – zut, encore un « flexe », ça équivaut à une conjugaison lorsqu’il y en a 2 ? – les dénivelés-en-tous-genres-ravitaillements-et-tout-le toutim) ?
    Ah oui, j’oubliâte (ah bon? vous êtes sûrs que ce n’est pas correct ?), je suis encore avec béquilles et interdiction de poser de talon pendant encore quelques semaines pour cause de calcaneum sérieusement endommagé (peuh! y’a même pas de « flexe » aux noms latins!) donc vous avez encore un peu de temps pour m’envoyer le topo guide, je vous rassure, no stress…
    Bîîîîses.

    • Là je confirme, la grande randonneuse qui est en toi ne pourrait que se régaler de cette marche. Je ne me suis pas renseignée pour savoir s’il y avait un topo guide, mais en même temps la muraille c’est un peu toujours tout droit (une fois qu’on est dessus en tout cas). Prends bien soin de ton calcaneum, même sans circonflexe. Bîîîîîses…

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