Bien accoucher à Shanghai

Oser aborder un sujet pareil juste après ce que je vous ai raconté de mon accouchement, je suis désopilante. Ceci dit, je considère que j’ai très bien accouché – auto-satisfecit bien mérité après tous les efforts que ça m’a coûté – et je choisis de considérer comme quantité quasi négligeable mes excentricités contractiles. Ce qui me permet de rester en bons termes avec mon utérus, j’aime autant parce qu’allez savoir ce qu’il pourrait me réserver comme mauvaise surprise s’il se fâchait. Bref, là n’était pas mon propos, la question est : comment être bien accompagnée pendant sa grossesse et bien accoucher ici ? Car certes, Shanghai ce n’est pas exactement la pampa, mais ça vaut tout de même quelques bons conseils.

(bien) Choisir son médecin et son hôpital

Premier conseil (je me répète sans doute) : vous évitez l’hôpital chinois. Deuxième conseil découlant directement du premier : vous préparez votre porte monnaie (ou celui de votre très très bonne assurance santé) parce que les tarifs des maternités internationales sont stratosphériques sous nos latitudes. Ma vocation (frustrée) de journaliste d’investigation est en mesure de vous livrer ce scoop : quand vous êtes enceinte en Chine, votre suivi de grossesse et votre accouchement vont vous coûter à peu près la moitié d’une épouse de député. Et si par malchance vous avez besoin d’une péridurale, ou pire d’une césarienne, vous rajoutez un enfant de député et vous faites le total. Corollaire : si vous n’avez ni bonne assurance ni fortune personnelle (ou ami fortuné), je vous recommande (conseil numéro trois) l’abstinence ou un mix pilule-stérilet, c’est vous qui voyez.

Si vous êtes tout de même enceinte et que vous allez accoucher à Shanghai, vous pouvez – première option – vous laisser porter par la rumeur publique pour choisir votre médecin. Ma tête à couper qu’on vous recommandera le Dr F., super-star gynécologique locale. Tout le monde m’a demandé si j’accouchais avec elle, et je sentais bien la déception voire l’incompréhension quand je disais que j’avais choisi un autre médecin. Vous pouvez aussi – deuxième option – demander conseil à quelqu’un qui connait bien les gynéco de Shanghai mais qui n’est pas affilié à leurs établissements privés et donne donc des conseils indépendants, à savoir Sarah-la-sage-femme-française-merveilleuse. La morale est toujours sauve : je n’ai pas progressé en marketing depuis la semaine dernière, elle ignore que je vais parler d’elle. D’ailleurs elle ignore même que j’écris ici, je suis vraiment la reine de l’auto-promo.

Aller la voir c’est mon conseil en or parce qu’elle va vous recommander 1) l’hôpital qu’il vous faut en fonction de votre budget ou assurance (et ça compte rudement, sans mauvais jeu de mot), 2) le médecin qu’il vous faut en fonction de ce que vous cherchez. Dans mon cas: il me fallait absolument quelqu’un qui soit à l’écoute, capable de supporter que je refuse certaines propositions (d’échographies, consultations et tests en tout genres) et qui ne cherche pas à m’imposer brutalement son autorité. Raisons pour lesquelles on avait convenu que le Dr F. n’était pas la meilleure option pour moi.

Alors pour tout ça il est déjà indispensable d’aller voir cette sage-femme. Et je ne vous parle pas d’accoucher avec elle et du confort extraordinaire d’être encouragé dans votre langue dans un tel moment. Ni de ses excellents cours de prépa à l’accouchement (c’est pas parce qu’on en est à son troisième qu’on n’a pas besoin de réviser), ni de sa rééducation du périnée (que mes copines m’ont déjà vanté). Bref, mon amour des sage-femmes n’est pas prêt de se démentir, ici encore plus qu’ailleurs.

Faire son birth-plan

En France j’ai toujours eu l’impression qu’écrire un projet de naissance ne servait à rien. J’avais entièrement confiance en la sage-femme qui me suivait, et vaguement la prescience que de toute façon je ferai bien comme je pourrais le moment venu. A Shanghai, il me semble prudent de changer son fusil d’épaule, et pas seulement pour parler de son goût pour le patchouli ou le chant des bols tibétains pendant l’accouchement.

Car il y a deux ou trois petites choses qui valent vraiment la peine d’être mentionnées, voire contractualisées avec son hôpital. Des choses qui touchent l’accouchement, comme la gestion de la péridurale. A savoir absolument : si vous demandez la péridurale en Chine, ils vous la poseront. MAIS, et c’est un très gros MAIS, ici la pratique « normale » est de la couper pour l’expulsion. Alors c’est soit disant parce qu’avec la péridurale on pousse plus longtemps que sans, et que c’est pas bien. Moi il faut qu’on m’explique comment le fait d’être coupé en deux par la douleur te fais mieux pousser, mais évidemment je n’y connais rien, je n’ai expulsé que trois enfants. J’avais donc noté en rouge et en gras que je refusais qu’on me coupe la péridurale, ce qui vous en conviendrez me donnait deux fois plus de droit à insulter l’anesthésiste quand elle m’a servi son lénifiant laïus sur « mais non, c’est pas la peine, le bébé sera bientôt là ».

Autre point important : les soins au bébé. Dans ces établissements de luxe, il y a beaucoup de personnel. Une infirmière par patiente en suite de couches dans mon cas. Oui, une infirmière pour moi toute seule et ma petite Mandarine. Quand on sonne elle arrive très vite, c’est très pratique. Mais, petite différence culturelle : en Chine il est de bon ton de tout faire à la place des jeunes mères, pour les aider. Et elles ont vraiment envie de vous aider ces infirmières. Donc si vous ne les empêchez pas elles vont laver votre bébé pour vous, l’habiller pour vous, le nourrir pour vous, etc. Si vous êtes parfaitement intégrées en Chine laissez faire, si vous avez envie de donner le premier bain vous même écrivez le, c’est plus sûr.

Vous pouvez aussi mentionner tout un tas d’autres choses. Comme votre refus que le pédiatre s’assoie en face de votre vulve avec son assistante pour passer le temps pendant vous poussez, ou celui de faire vacciner votre bébé à 24h de vie, ou celui qu’on lui donne de la vitamine K produite en Chine, ou celui d’une épisiotomie si vous préférez laisser faire les choses. Bref, le birth plan c’est le moment où jamais d’écrire ce que vous voulez pour que les choses ne vous échappent pas (trop) le jour J.

Bon, et bien après tout ça vous êtes parée, il ne vous reste plus qu’à fermer les yeux et y aller.

 

Photo : ma chambre de maternité et Petite Mandarine dans son berceau. Quand je vous dis que les chambres sont de luxe par ici…

8 Comments

  1. Ah ! J’attendais ton article avec impatience et je suis pas déçue ! Rhoo la photo de la chambre ! Chapeau d’avoir glané toutes les infos AVANT et pour avoir si bien accouché ! J’aime bcp cette nouvelle unité monétaire d’ épouse de député, c’est très parlant !!!

    • Oui, la chambre plait beaucoup (je pense que je vais finir par vous mettre le petit film que j’avais fait pour montrer à ma famille, il vaut son pesant de cacahuètes…)
      Pour ce qui est de glaner les infos avant, je n’ai presque aucun mérite (à part d’avoir absolument voulu voir une sage-femme avant de m’inscrire dans quelque mater que ce soit) : c’est elle qui m’a conseillée sur tout. Donc en fait ce sont ses conseils un peu remoulinés à ma sauce

  2. Ca me fait penser que je dois faire le mien …. Histoire en effet que je ne passe pas complètement à côté de mon accouchement à cause des procédures asiatiques qui diffèrent tellement de celles en France !

  3. J’aime bcp le concept d’arrêter la péri avant l’expulsion 😉
    A se demander pourquoi on n’y a pas encore pensé ici ? (en France)
    Bon OK, je sors ….

    Bisous
    Marie :)))

    • J’étais sûre que ça te plairait ça 🙂 Quel est le grand sadique qui a pensé à ce truc, on s’interroge encore, mais ils semblent y croire dur comme fer… 🙁

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