Bébé en Chine : coutumes du premier mois

J’ai fait un bébé en Chine. Conçu, couvé et sorti élégamment 100% en Chine. Et à part le décor et une chambre d’hôpital de dingue, c’était presque tout pareil qu’en France. Jusqu’à ce que je sorte de la maternité. Première excentricité pour commencer : je suis sortie de la maternité, à J+48h. J’allais bien, Petite Mandarine aussi, tout était normal. En tout cas pour une occidentale. Parce que mes consoeurs parturientes chinoises elles ne sont pas sorties le même jour que moi. Elles ont même dû sortir 28 jours après, parce que la tradition chinoise veut que la mère et le bébé ne mettent pas le nez dehors pendant le mois qui suit la naissance. Littéralement pas le nez dehors : certains hôpitaux de standing comme le mien disposent donc d’un étage dédié aux chambres où les jeunes accouchées vont rester enfermées pendant trente jours, avec leur bébé et l’ayi qui va s’occuper de leur merveille 24h sur 24. Les mères n’ont pas le droit de se doucher (une toilette de chat tout au plus) ni de se laver les dents pendant un mois, elles ne se lèvent de leur lit que pour faire leurs besoins et on leur apporte leur bébé pour le mettre au sein quand il a besoin. La petite histoire ne dit pas quel est le taux de dépression du post-partum chez ces jeunes chinoises. Si on m’infligeait ça j’invoquerais immédiatement la charte des droits de l’Homme ou je m’immolerai dans la cour de l’hôpital en signe de protestation. Les chinoises qui veulent respecter la tradition le supportent et rien que ça force le respect (ou l’incrédulité). Les plus rebelles refusent d’en passer par là, elles ont mon support plein et entier.

Tout cela n’est pas bien grave me direz vous puisque personne ne m’a obligée à ne pas me laver pendant un mois ni à me transformer en prisonnière volontaire. Certes, mais le corollaire de cette tradition est que lorsque vous vous retrouvez dehors avec un bébé de moins d’un mois vous vous exposez à quelques situations cocasses.

Cela a commencé au consulat de France. Qui dit bébé né ici, dit déclaration de naissance, et dit aussi nécessité de faire faire un passeport sur lequel apposer son permis de résidence. La demande de permis de résidence devant intervenir dans le mois qui suit la naissance, vous devez venir avec votre bébé tout neuf au consulat au moins une fois (c’est obligatoire pour établir le passeport : ils doivent voir le bébé en vrai dès fois que vous vous seriez amusés à prendre en photo celui du voisin et à trafiquer un acte de naissance chinois dans votre garage). Dans l’ascenseur quelques chinois s’intéressent à notre Beauté Mandarine et me demandent naturellement « elle a un mois ? » Je réponds la vérité, c’est à dire qu’elle a cinq jours : exclamation horrifiée du gentil chinois, « mais vous devriez être chez vous avec votre bébé ! » Rien de méchant mais un vrai cri du coeur. On leur explique que tout va bien, que dans notre pays on sort les bébés même très petits et qu’il ne leur arrive rien de grave. Air sceptique du chinois : ils sont fous ces laowai.

Mais cela ne s’arrête pas là. Ma maman étant venue nous rendre visite quelques jours après la naissance, nous nous sommes évidemment beaucoup promenés en ville avec notre Petite Mandarine dans sa poussette. Curiosité attendrie des chinois qui adorent les enfants en général et les bébés en particulier, et qui évidemment nous demandaient l’âge de cette merveille. 5 jours, 6 jours, 7 jours, ils étaient estomaqués de notre réponse, avec deux réactions possibles. Le plus souvent ils rameutaient tout le quartier en criant à qui mieux mieux « regardez, un bébé de x jours » et tout le quartier s’agglutinait, fasciné autour de notre Beauté. Sourires, photos, exclamations, nous étions l’attraction du coin. Parfois aussi ils nous jetaient – à moi en particulier – un air de dégoût non dissimulé ponctué d’un « bu hao » (pas bien) cinglant. Nul doute qu’ils voyaient en moi une mère particulièrement indigne et inconsciente des risques que je faisais prendre à Beauté Mandarine. Ils n’auraient pas été plus horrifiés de me voir gifler mon bébé de quelques jours. Et encore ai-je la chance d’être de toute évidence étrangère : une amie française d’origine asiatique s’est elle carrément fait insulter par une vieille chinoise dans des circonstances similaires, folle qu’elle était de sortir son nourrisson au grand air. Les vieille coutumes ont la vie dure par ici.

Au bout de quelques jours je me suis lassée de ce petit jeu et j’ai fini par délibérément mentir à leurs questions. Ce n’est d’ailleurs pas difficile : ils voient tellement peu de petits bébés que certains m’ont même demandé si elle avait six mois. Je répondais oui, oui, elle a six mois (ou un, ou deux, ça dépendait de mon humeur). C’est un peu moche, mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour être tranquille pendant son premier mois avec bébé en Chine…

 

28 Comments

    • S’il n’y avait que les dents, à la rigueur… Mais le tout moi c’est clair que je me défenestre avant la fin des trente jours…

  1. Je savais que maman et bébé chinois ne sortent pas le premier mois et aussi que la douche est interdite pendant ce temps, mais je ne savais pas pour les dents….. et je ne vois même pas ce qu’ils peuvent donner comme raison!! quand on pense que chez nous on dit que les grossesses abiment les dents…. alors si en plus on ne les lave pas c’est le dentiste qui doit être content!!

    • Aucune idée. La tradition veut aussi que pendant tout ce temps là on couvre la mère de couvertures et de couettes pour qu’elle ait bien chaud, et ce quelle que soit la saison… De nombreuses mères sont mortes d’hyperthermie à cause de cette coutume censée aider son corps à récupérer de l’énergie… 🙁

  2. Et encore dit toi que ton mari et ta belle famille sont françaises. Imagine si ton mari était chinois et que tu étais obligé de le faire !
    Je trouve soit dit en passant que.les chinois font des choses bien pires avec leur bébé…

    • Personne n’est à proprement parler « obligé » de le faire, et de ce que je connais des couples mixtes ici aucune femme française mariée à un chinois n’a jamais été « obligée » par sa belle-famille de se conformer à cet usage. Si les chinoises sont capables de résister à leur famille je crois que c’est sans problème pour les occidentales. Les chinois sont parfaitement conscients que les étrangers n’adoptent pas toutes leurs coutumes (sauf pour ce qui est de sortir le bébé dehors apparemment) 😉

  3. Elles ne se lavent pas !?!?! C’est dégueulasse… Paraît que le bébé reconnaît l’odeur chaleureuse de sa maman, non ? C’est fou ces traditions… en gros tu es un peu la Rabenmutter d’Allemagne ;)… celles qui reprennent le boulot 6 mois après la naissance du bébé !!! Moi je dis que tu fais bien, elle a besoin d’air Petite Mandarine ! Et d’autant plus qu’elle profite du printemps avant les autres ;).

    • Ne pas se laver, surtout après un accouchement qui est quand même un léger effort physique tout plein de fluides, est effectivement assez cracra. Note que ce que le bébé reconnait dans l’odeur de sa maman c’est celui de son téton, qui est parait-il proche de celui du liquide amniotique. Et un bébé n’a pas encore construit l’idée de « bonnes » ou « mauvaises » odeurs (aussi incroyable que ça puisse paraître c’est une notion culturellement construite), donc lui ça ne doit pas le gêner. La maman en revanche…

      • je dormirai moins bête ce soir ;). Au moins cela n’incommode pas le bébé. J’ai envoyé ton article à mes amies nouvellement maman pour voir :). Elles étaient enchantées de vivre en France ahahah

  4. Ecolo ces chinois… pas de toilette, pas de consommation d’eau ! C’est très bien pour la planète, surtout qu’ils font plus de bébés qu’avant. Nous, on n’est pas à côté pour les odeurs donc …. mais as-tu senti quelque chose, toi, en rentrant (ou sortant) de la clinique ? Je blaaaague. Par contre, dans certains cas, je trouve pas si mal que les femmes restent un peu tranquilles, éloignées de leurs maris peut-être pas toujours très « délicats » dans ces périodes là, elles sont comme qui dirait un peu protégées. Bon, j’ai pas dit « étouffées sous les couvertures », là c’est un autre problème.

    • C’était donc ça : le côté écolo qui m’avait échappé 😉 Et je ne sais à quel point on est « protégée » et de quoi quand on est enfermé comme ça pendant un mois, c’est à dire totalement à la merci de ceux qui font le lien pour nous à l’extérieur. Ça me donne l’impression que ça ne peut que rendre les choses plus terribles (type l’enfer c’est les autres), mais je suis peut-être pessimiste…

  5. Wow c’est fou ! Rester un mois à l’intérieur je peux encore comprendre (ça ne me surprenne pas que des gens aient pu autrefois penser que ça ferait du mal au bébé de sortir en étant si petit ahah) mais ne pas se doucher ni se laver les dents pendant un mois ?? Qui a eu cette idée saugrenue ? Et pourquoi ?
    Félicitations à toi, et profitez bien de votre petit bout de chou 🙂 ! Bisous

    • Aucune idée en fait de l’origine de cette coutume, il faudrait que je cherche pour en comprendre le sens effectivement…
      A bientôt !

  6. Oh, ca me rend nostalgique de vous lire… ca me rappelle bien des souvenirs!… Je suis devenue tellement chinoise, d’ailleurs, que je culpabilise chaque fois que je sors avec un nourrisson, que j’essaie de le dissimuler de la vue les passants, et que j’ai pris l’habitude de mentir sur l’age, pour plus de surete.
    L’avantage de nos beaux bebes occidentaux, tout de meme, c’est qu’ils font vite beaucoup moins freluquets que les petits Chinois, et sont donc difficiles a « dater » pour les locaux.
    Allez vous feter les cent jours de Beaute Mandarine?

    • Je ne sais pas si c’est le côté joufflu des nôtres qui jouent (les bébés chinois n’ont souvent rien à envier aux nôtres de ce côté là), mais mentir m’a semblé plus sûr et surtout plus reposant 😉

  7. (Est-ce que vous choisissez le niveau des questions mathematiques?… j’ai l’impression que le niveau augmente… Malheureusement, je dois vous prevenir que si l’on arrive dans les equations a deux inconnues, je ne garantis pas de pouvoir encore laisser de commentaires…)

  8. Bonjour, intéressant votre témoignage de naissance en Chine. A la lecture des différents commentaires j’y appose le mien celui d’une grand-mère, trois petits enfants de maman chinoise et papa français. Deux cultures qui se rencontrent et depuis une quinzaine d’années vivent en toute harmonie. D’une part pour la dernière naissance en octobre 2016, ma belle fille est restée 5 jours à l’hôpital (une moyenne en France) public donc, pas de « grand standing ». D’ailleurs je me pose la question pour votre « prise en charge » sachant que dans ce pays tout y est payant même les soins! Peut-être faites vous partie d’une « communauté française » ceux qui s’expatrient pour une grande firme mais qui bénéficient de beaucoup d’avantages, non négligeables…
    Elle est donc revenue à la maison au terme de ces 5 jours, elle a pris des douches, elle s’est brossée les dents, elle est sortie pour le contrôle du bébé à l’hôpital…soit, elle n’est peut être pas sortie beaucoup le premier mois, à Xi’an, il y fait froid à cette période… Juste cette petite mise au point afin de démontrer que les jeunes chinoises n’appliquent pas « à la lettre » les traditions, l’ouverture de la Chine est bien réelle, même s’il reste encore quelques préjugés bien ancrés. Bonne journée.

    • Bonjour Nadine, vous avez bien entendu raison : je décris là la tradition classique, et aujourd’hui fort heureusement pour elles peu de chinoises l’appliquent à la lettre. Mais cela revient tout de même en force pour les classes sociales les plus élevées (d’où l’hôpital de standing dont je parlais et où je n’ose imaginer leur facture vu la nôtre pour à peine trois jours). Une sorte d’effet de mode peut-être, ou de signe extérieur de richesse puisqu’en Chine il est bien vu de montrer sa richesse lorsqu’on en a…
      Quant à ma propre situation, je n’ai jamais caché ici que nous avions la chance d’avoir une très bonne mutuelle qui avait pris en charge les coûts de mon hospitalisation (très important ici vu les coûts des soins même pour une simple consultation de généraliste), sans quoi je pense que j’aurais envisagé de rentrer pour accoucher en France. Mais à chacun ses propres limites et tolérances médicales.
      Bonne journée

      • Merci Tara de ces éclaircissements, je sais qu’en Chine les signes extérieurs de richesse y sont prisés alors que pour nous, on a tendance à cacher ce dont on possède! Sans faire allusion bien sûr à la « grande » évasion fiscale (entre-autre) mise au grand jour depuis le « trop long » élan électoral, la plupart d’entre nous ne dévoile pas ce qu’il gagne mensuellement, sujet tabou!
        D’ailleurs vous qui êtes sur place, dans une ville où il y a beaucoup d’échanges financiers internationaux, quels regards ont-ils sur notre campagne présidentielle? et font-ils des pronostics? et vous, loin de votre pays y portez-vous un quelconque intérêt, où cela vous indiffère?
        Ici l’incertitude demeure… Je fais fi des sondages et voterai en mon « âme et conscience » dans l’isoloir… Bien à vous. Nadine.

  9. Ça ne donne pas envie d’accoucher en Chine!
    Bravo pour ton esprit de génitrice rebelle! Ce n’est qu’un mensonge gentillet, non? Et si on vous fout la paix comme cela, la fin justifie les moyens 😉

  10. Héhé, ce premier mois est ce qu’on appelle la période de « confinement », supposée protéger le bébé, mais avant tout la maman 🙂
    Une croyance/medecine traditionnelle/business raconte que après l’accouchement, les pores (points d’énergie) s’ouvrent chez la Maman, laissant entrer « le vent » qui « refroidit » le corps et reste dans les os, causant des problèmes osseux et de l’arthrose pendant la vieillesse de la personne.
    Du coup la solution En plus de ne pas sortir, est de manger des plats à base gingembre qui « réchauffent » le corps et aide à évacuer le vent et le mauvais sang 🙂

    Voilà pour ce qui se passe dans leur têtes 😉

  11. c’est dommage d’en faire un article sans avoir creusé le pourquoi du comment.
    certains vous répondront que c’est pour respecter la tradition, pour faire bien.
    je me demande s’il n’y a pas une raison immunologique cachée par l’histoire …
    allez, bien à vous =)

    • C’est toute la différence entre un article (écrit par un journaliste, un expert, quelqu’un qui cherche à approfondir un sujet et le faire partager) et un billet de blog qui ne vise qu’à partager un moment, une expérience, un vécu, ou même juste une pointe de mauvaise foi. C’est sûr que si vous avez cru que le Grand Bond Au Milieu était la version web des Cahiers de l’Orient vous avez toutes les raisons d’être déçu…
      Allez, bien à vous.

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