Fabienne Verdier, de la calligraphie à l’art contemporain

J’ai terminé ce matin le livre de Fabienne Verdier : Passagère du silence. Un livre prêté par une amie, sur une artiste dont je n’avais jamais entendu parlé avant et qui m’a transporté dans son incroyable parcours personnel et artistique. Comme son nom peut le laisser supposer Fabienne Verdier est française. Formée aux Beaux-Arts à Toulouse, elle s’intéresse alors à la calligraphie bien plus qu’à l’art contemporain tel qu’on le lui enseigne et est touchée au plus profond d’elle par la peinture traditionnelle chinoise. Elle se passionne pour cet art et n’a alors de cesse que de partir en Chine pour étudier auprès des maîtres. Elle finit par atterrir en 1984 à l’Institut des Beaux-Arts de Chongqing, capitale du Sichuan. Elle y est la seule étrangère et aucun professeur ne pense qu’elle tiendra plus de quelques semaines dans les conditions spartiates de la Chine d’alors.

A son propre étonnement et malgré la surveillance politique et l’ostracisation dont elle fait l’objet elle tient. Des mois, des années. Elle s’accroche et finit par se faire accepter dans cet environnement difficile, et par se trouver un maître : maître Huang Yuan, grand calligraphe non-réhabilité après la Révolution Culturelle et qui n’a plus le droit d’enseigner. A force de persévérance elle se fait accepter de lui comme élève, et lui demande et fini par obtenir l’autorisation de lui enseigner la technique du pinceau. Son initiation avec lui durera des années, aux conditions qu’il aura fixé : ce sera dix ans d’enseignement ou rien lui dit-il, elle accepte sans même réfléchir. Son enseignement tiendra de l’initiation, de l’ascèse tout autant que de la philosophie et opérera en elle une transformation intérieure bien plus qu’un apport technique.

Fabienne Verdier relate cet étonnant et passionnant parcours dans un style direct, sans fard, ne s’appesantissant jamais sur les duretés de ses conditions de vie, qui l’amèneront pourtant plusieurs fois à mettre sa santé en grand péril. Après six années passées dans le Sichuan, sans presque aucun contact avec sa famille, l’ambassade de France à Pékin lui demande de quitter le territoire en urgence : les événements de la place Tian An Men rendent la situation politique incertaine, elle pourrait bientôt ne plus pouvoir sortir de Chine. Elle part donc, et s’effondre moralement de découvrir la réalité et la brutalité des événements. Elle revient bientôt en Chine mais à Pékin, comme attachée culturelle de l’ambassade de France, où elle œuvrera à aider les artistes chinois et à rencontrer les derniers grands maîtres calligraphes. Tous ceux qui acceptent de voir son travail sont unanimes : ils voient en elle une grande artiste et l’encouragent à continuer dans cette voie.

Elle retombe une nouvelle fois gravement malade et cette fois son mari, rencontré à Pékin, l’enjoint de rentrer en France définitivement. Le livre s’achève là : à son retour en France au milieu des années 90. Ce qu’il ne dévoile pas c’est l’extraordinaire parcours artistique que Fabienne Verdier a accompli depuis. Non seulement elle est devenue une artiste mondialement reconnue, mais la puissance et l’expressivité de son trait peuvent parler au plus néophyte. Je suis pour ma part tombée en admiration devant les photos de ses oeuvres (visibles sur son site internet ou plus largement sur google), et j’espère aller l’admirer bientôt dans les collections du Centre Pompidou où ses oeuvres sont entrées en 2007.

 

De l’occident vers l’orient et retour, le parcours de Fabienne Verdier est le négatif de celui de tous ces artistes contemporains chinois qui partent de leur culture pour venir à la rencontre de notre tradition picturale. Et dans son cas le résultat est tout simplement brillant.

 

A lire : Passagère du Silence, Fabienne Verdier, Albin Michel ou Le livre de Poche.

A voir : site internet de Fabienne Verdier. 

7 Comments

  1. J’avoue que je suis très impressionnée par ce que tu racontes de son parcours, par son obstination et sa persévérance mais je suis désolée, perso je ne comprends pas grand chose à l’art de la calligraphie chinoise et encore moins quand cela devient de l’art contemporain…..

    • Et bien c’est l’occasion ou jamais : en lisant son livre j’ai eu l’impression d’en comprendre bien plus sur la calligraphie et sa démarche artistique. Ca ne me donne pas les clés de compréhension de tout (loin de là), mais cette manière de vouloir rendre le trait vivant et expressif est un parcours vraiment passionnant.

  2. Il existe un documentaire sur cette femme remarquable (que j’ai vu au moins 2 fois) qui est passé à la télévision française sur la 5 ou sur Arte. c’est très Impressionnant !!!!

    • Il faut que j’essaie de le trouver sur internet alors, il y a déjà pas mal de petits films disponibles sur Youtube, ça donne déjà une idée très intéressante de son travail…

  3. Bonjour,
    J’ai lu ce livre il y a quelques années et c’est une lecture que je n’ai pas regrettée. Elle a su rebondir sur les difficultés, agressions qu’elle a subi pour faire ce qu’il lui plait. Le passage où son enseignant en calligraphie la fait travailler des mois sur un trait est certainement l’un des passages qui m’ont le plus marquée.
    Quant à son art, j’y suis hermétique mais il en faut pour tous les goûts…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Soyez bons en calcul et validez votre commentaire :