S’étonner au Rockbund Art Museum

Des semaines sans rien vous faire découvrir des musées de Shanghai, n’était-ce pas un peu cruel ? Vous sevrer ainsi brutalement d’idées et de compte-rendus de visites pour vous livrer mes atermoiements intérieurs, quel insupportable accès de nombrilisme de ma part. Fort heureusement, en ce week-end de Dragon Boat Festival mes bonnes résolutions culturelles sont à nouveau au beau fixe et nous avons donc découvert ce matin le Rockbund Art Museum de Shanghai, lequel expose des oeuvres d’art contemporain régulièrement renouvelées. Un musée à la pointe de la création artistique (du moins je crois) lové dans un bel exemple d’architecture art nouveau à deux pas du Bund.

Disons le tout de go : cette visite a été diversement appréciée des membres de notre petite tribu. MonMeilleurMari a été consterné et renforcé dans son idée qu’avec l’art contemporain, vraiment on le prend pour un imbécile. Moi qui d’ordinaire partage assez cet avis (ce qui ne m’a pas empêché de proposer la visite, voyez comme je suis ouverte d’esprit), je me suis plutôt amusée et j’ai apprécié ce que j’ai vu. Nous discuterons plus tard du fait que l’amusement n’est probablement pas l’effet recherché par l’artiste… Beauté Brune s’est intéressé à tout, sans extase excessive mais sans moquerie, et Beauté Blonde voulait courir partout et toucher à tout, surtout à l’hélice en mouvement des deux barques entremêlées. Des quatre, je suis donc celle qui a le plus aimé, au point que je suis toute prête à y revenir même si je n’ai pas compris grand-chose – pour ne pas dire rien – à ce que j’ai vu.

L’artiste exposé en ce moment et jusqu’au 7 octobre prochain, Chen Zhen, est reconnu comme l’un des artistes chinois les plus important des vingt dernières années et s’est inspiré de ses séjours à Paris pour un certain nombre des oeuvres exposées. N’ayant aucune connaissance préalable de l’artiste, ni de connaissance en général sur l’art contemporain, j’ai au moins abordé l’ensemble éclectique des oeuvres réunies avec un oeil frais et sans a priori. J’ai spontanément aimé certaines choses, notamment la sculpture lumineuse abstraite exposée au 2ème étage. Je me suis amusée et étonnée d’autres, comme les latrines façon chalet suisse au fond tapissé de pièces de monnaie de tous les pays ou la pièce aux objets recouverts de boue séchée. Mais une oeuvre a tenu une place toute particulière pour moi aujourd’hui : Premature Birth, longue sculpture en chambre à air et à forme de dragon suspendue au plafond du 5ème étage.

Me voyant prendre des photos, un jeune chinois parfaitement anglophone est venu m’expliquer très sérieusement que cette oeuvre avait été inspirée d’un séjour à Paris, où les embouteillages avaient marqué Chen Zhen. De retour à Shanghai, devant les publicités pour automobile il avait entrevu un avenir envahi de voitures et de pollution insupportable pour le pays et voulu le figurer dans cette oeuvre. Ce long tunnel de chambres à air figure donc une sorte de long tunnel de naissance (il n’a pas dit vagin mais j’ai compris ça), à l’entrée duquel se trouve un amas de vélos figurant le trop plein de voitures, le renflement central du « tunnel de naissance » (de la femme ou de la société) figurant l’engorgement et le blocage par le trop plein des voitures produites. Lorsqu’on se rapproche de l’oeuvre en se promenant sur la coursive qui l’entoure, on peut d’ailleurs remarquer que les chambres à air du « tunnel » sont ornées de petites voitures en plastique noir et que le ventre du renflement est lui aussi constitué d’un amas de petites voitures, comme un alien automobile sortant du ventre du dragon (là c’est moi qui le dit, vous voyez, je commence déjà à comprendre l’oeuvre).

Si je peux trouver intéressant de connaître la source d’inspiration de l’artiste, j’avoue que sa matérialisation concrète dans l’oeuvre me laisse quelque peu perplexe. De même que la nécessité absolue de connaître la genèse de l’oeuvre pour pouvoir commencer à l’apprécier et s’en approprier quelque chose. N’est-ce pas Kant qui disait que le Beau est ce qui s’apprécie immédiatement et sans concept ? Chen Zhen n’aurait jamais lu Kant que ça ne m’étonnerait pas. Mais je crains fort que le Beau soit totalement démodé dans l’art, et moi avec. Tant pis. Je n’ai ni fui ni ri, ce qui est déjà un premier pas dans mon éducation à l’art contemporain. Je me demande si je ne devrais pas essayer une sorte de visite guidée la prochaine fois…

 

Quoi qu’il en soit, même si vous n’aimez que modérément l’art contemporain, cette visite présente plusieurs avantages qui devraient ne pas l’exclure de vos plans :

  1. elle est courte : en moins d’une heure vous aurez tout vu, ça peut permettre de passer le temps et de découvrir des choses surprenantes si vous êtes coincé dans le quartier un jour de grosse pluie,
  2. le musée est à deux pas de Nanjing Dong Lu, vous pouvez donc vous livrer à une razzia de shopping après-coup pour vous remettre,
  3. l’endroit, l’espace lui-même est très agréable et permet en cas de mal aigu du pays de retrouver l’architecture art nouveau bien comme chez nous,
  4. le dernier étage est occupé par un café assez cosy, doté d’une terrasse donnant sur le fleuve et le quartier de Pudong, dont la vue (et le calme : il n’y a personne) vaut à elle seule de venir s’y poser un moment.

Bref, le Rockbund Art Museum, c’est bon même quand on n’est pas fou d’art contemporain, mangez-en !

 

Rockbund Art Museum :  20 Huqiu Lu (proche de Beijing Dong Lu), métro Nanjing East Road (L2). Site du musée.

GrandBondMilieu_Rockbund-Art-Museum

5 Comments

  1. Mouais….! Même si l’endroit est très sympa, je continue a être réfractaire a cet forme « d’art », ou ce que l’on essaye de nous faire passer pour de l’art, et dont la seule force est le délire intellectuel sans queue ni tete d’un esprit torture qui exploite le besoin de « boboitude » d’un certain nombre de personne qui s’extasient devant n’importe quoi sous prétexte qu’on leur présente cela comme de l’art… Je continue de dire qu’on se moque de nous, de notre intelligence et de notre sens de l’ esthétique!
    Oui je suis consterne qu’un « artiste » soit obliger d’inventer un discours intellectuelo-déconnant pour faire croire que son oeuvre a un sens très profond et justifier de son art… Je suis plus sensible aux oeuvres qui parlent d’elles même et qui touche MON sens de l’esthétisme.

    Ceci dit, pour affirmer que l’on n’aime pas il faut goûter!!! et l’endroit est très beau….

  2. J’ai la même impression que ton MMM : certaines expos ressemblent fort à des foutages de gueule avec commentaires pseudo- intellectuello-psycho-masturbateurs … Et si on n’aime pas, on est forcément ringards, rétro, rigides, ou intellectuellement sous développés ….
    Belle terrasse en effet !!!!!

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