Hong Kong : un bouddha, des buildings

La mémoire est une traîtresse. Elle met bout à bout des bribes de vécu pour en faire un fil cohérent mais souvent menteur, et c’est en revenant sur ses pas quelques années plus tard qu’on découvre le pot au rose.

Ce matin je me suis rendue sur l’île de Lantau, la plus grande île du territoire de Hong Kong, en vue de visiter le monastère bouddhique de Po Lin et de voir le monumental Bouddha Tian Tan. En me renseignant sur la manière de m’y rendre je vis qu’il suffisait de prendre la ligne de métro de Tung Chung jusqu’à son terminal puis de prendre le téléphérique jusqu’au monastère. Très bien : je prends donc le métro puis le téléphérique sans sourciller, très contente même de voir que la ballade en cabine promet d’être longue. Et au bout de cinq minutes de trajet que je me rends brutalement compte que j’ai déjà pris ce téléphérique, et que je me rappelle même parfaitement avoir survolé ces reliefs montagneux couverts de jungle. Sauf que dans mon souvenir il permettait de se rendre à l’Ocean Park de Hong Kong, sorte de parc d’attraction marin avec spectacle d’orques et magnifique aquarium, et pas du tout au grand Bouddha Tian Tan que j’avais déplacé – allez savoir pourquoi – à Taïwan.

Moi qui m’enorgueillis de ma bonne mémoire, voilà qui m’a ramené à plus d’humilité en recollant dans le bon sens de tous ces petits bouts de souvenir. Et aussi de relever ce qui n’existait pas il y a trente ans, à commencer par le nouvel aéroport qui s’étend maintenant au pied du téléphérique. Lors de ma première visite, l’atterrissage à Hong Kong était un exercice à sensations qui faisait littéralement frôler les immeubles d’habitation où la mer selon l’angle d’approche. Quelque chose qui vous vrillait les tympans dans une descente trop rapide et vous faisait croire que votre dernière heure était venue. Avec cette nouvelle île artificielle, l’atterrissage à Hong Kong n’est plus réservé aux vieux briscards de l’aviation, c’est plus confortable et (mais ?) nettement moins sensationnel. Quant au faux village de restaurants et boutiques de souvenir que l’on doit traverser avant d’accéder au monastère, il n’existait pas non plus. Au milieu de ces nouveautés, le Bouddha lui n’a pas changé. Tout au plus s’est-il patiné un peu. Toujours aussi colossal, impassible et beau il attire surtout les touristes, les pratiquants concentrant plutôt leurs offrandes et prières dans le monastère lui-même. De quoi se réconcilier avec la spiritualité hongkongaise, bien vivante ici.

Pour cette dernière journée de visite je m’étais programmé un thème « un bouddha, des bouddhas », avec une après-midi prévue au temple des mille bouddhas de Kowloon. Elle s’est transformée contre mon gré en « un bouddha, des buildings », pluriel irrégulier tenant mieux compte d’une contrainte de changement de billet d’avion (toujours mon optimisme : j’espère pouvoir rentrer plus tôt à la maison). Le temple des mille bouddhas sera donc pour une prochaine fois, et j’ai profité à la place d’une traversée de nuit en ferry pour aller assister au spectacle son et lumière de la skyline. La musique de la bande son est un peu datée mais cette vue de nuit est VRAIMENT magique…

Et nous voilà déjà au matin du quatrième jour : je dépose donc ma casquette de touriste pour reprendre celle de demandeuse de visa. Je suis censée récupérer mon passeport d’ici une heure, et une petite angoisse fait mine de repointer le bout de son nez. Allons, think positive (Saint Coué venez à moi, NDT) : d’ici une heure une nouvelle vie de travailleuse s’offrira à moi !

 

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6 Comments

  1. Et oui, la mémoire est faillible…moi, vois tu, j’ai bien le souvenir d’un demi journée à Lantau, mais aucun du Boudha monumental.
    Bisous, ton prochain post sera probablement rédigé dans la salle d’attente de l’aéroport

  2. Et pour cause…il a été construit en 1990-1993, soit bien postérieurement à notre séjour la bas ( Noël 1983, je crois…)

    Rebisous

    • Ah ben zut alors, le Bouddha géant dont je me souviens serait vraiment à Taïwan ? Il va falloir que je mène l’enquête… 🙂

      • Non, mais je crois me souvenir qu’il y en avait un ressemblant en Corée, sur la côte Est avant d’arriver à Gangneung, sur la route de Sorak Mountain.

      • Je viens de regarder les photos du bouddha de Soerak Mountain, il est très beau mais ça ne ressemble pas du tout à ce que j’avais dans mon souvenir… Voilà ce que c’est que d’aller voir trop de bouddhas, après on n’y retrouve plus ses petits 🙂

  3. Que c’est bon de pouvoir rêver sur ces belles photos. J’aime particulièrement la vue des trois élégantes porteuses d’offrandes.
    Votre bel appétit touristique est auusi rafraîchissant que potentiellement contagieux !
    Sié sié (On m’a dit un jour que cela veut dire merci en chinois)

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