Dictionnaire amoureux de la Chine

Voilà une éternité que je ne vous ai pas parlé d’une lecture. D’abord parce que je lis beaucoup moins depuis notre arrivée ici que je ne l’ai fait à Paris. Un peu parce que je n’ai plus huit à dix heures de transport en commun par semaine, ce qui était une excellente occasion de lire. Un peu parce que l’urgence à essayer d’appréhender la Chine par tous les moyens s’est nettement apaisée maintenant que j’y suis. Un peu parce que j’ai aussi envie de lire sur d’autres sujets que la Chine, comme par exemple le dernier Fred Vargas que je suis en train de grignoter avec délice. Et Fred Vargas c’est formidable, mais ça n’a pas grand chose à faire ici, rapport à mes petites névroses où il faut que tout soit bien cohérent et que cet opus se passe en Islande et pas en Chine (si un jour le commissaire Adamsberg vient en Chine, même deux minutes, même par erreur, je vous jure que je vous en fait un billet).

Malgré tout ça, j’ai tout de même réussi à venir à bout de l’excellent Dictionnaire amoureux de la Chine de José Frèches, et il serait vraiment dommage que vous passiez à côté. Alors oui ce livre est gros (1055 pages dans sa version papier, et là je comprends mieux pourquoi il m’a fallu un peu de temps pour le finir). Oui c’est un dictionnaire et qui dit dictionnaire dit « ouh, mais ça va être très très ennuyeux ce truc » (surtout que c’est gros donc). Et oui il est possible que vous n’ayez jamais entendu parlé de José Frèches et que vous vous demandiez si ce n’est pas un sombre universitaire payé à écrire au kilo des trucs savants dont tout le monde se fiche à part d’autres universitaires. Et bien vous auriez tort de vous abriter derrière toutes ces raisons pour ne pas essayer, au moins un petit bout, de ce dictionnaire amoureux qui porte si bien son nom.

D’abord, et j’ai été la première à l’apprendre, José Frèches n’est pas un universitaire à proprement parler, mais l’ancien conservateur du Musée Guimet à Paris, et un excellent connaisseur de la Chine. Rien que cette carte de visite lui ouvrait immédiatement les portes de ma plus haute sympathie, Guimet figurant de longue date parmi mes musées fétiches. Mais si ça ne suffit tout à fait encore à lui ouvrir les portes de votre sympathie, sachez qu’au-delà de son érudition, José Frèches est aussi quelqu’un qui sait écrire, c’est à dire qui sait donner du plaisir à son lecteur de par la manière dont il écrit les choses. J’ai d’ailleurs bien envie de m’aventurer dans quelques uns de ses romans fleuves ayant la Chine pour toile de fond, mais je m’éloigne du sujet. Mieux encore, il sait écrire en mêlant l’histoire et l’érudition avec ses anecdotes et ressentis personnels pour dresser un tableau extrêmement vivant (souvent drôle et truculent) de la Chine. Et des anecdotes, il en a beaucoup à raconter lui qui a voyagé en Chine depuis plus de trente ans et a été spectateur des changements opérés de l’ère Mao à aujourd’hui.

Pour tout vous dire, j’ai trouvé ça tellement formidable, tellement intéressant et plaisant que j’en ai lu l’intégralité, de A à Z littéralement, sans sauter une seule entrée. C’est à dire pas tant comme un dictionnaire que comme un livre comme un autre, presque comme un roman. Son objectif avoué est de faire connaître et aimer la Chine (car on aime bien que ce qu’on connait nous rappelle-t-il), et je dirais qu’il y réussit fort bien. Si l’énormité de la tâche vous rebute, vous pouvez aussi le lire en choisissant de ci de là une rubrique qui vous attire, l’essentiel est de mettre le doigt dedans après on a envie d’en savoir plus et d’aller plus loin.

Dans ce dictionnaire, il y a des entrées faciles, qu’on lit par curiosité presque comme on lirait Voici ou Gala : par exemple lorsqu’il décrit de l’intérieur les visites officielles de Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac en Chine, qu’il a accompagnés à chaque fois avec un aréopages d’entrepreneurs et qui donnent lieu à des anecdotes insolites ou drôles. Il y a des entrées surréalistes, comme sa visite à la célèbre Académie des Beaux Arts de Hangzhou, où un directeur évidemment nommé par le Parti pour des qualités de conformité politique plus que de créativité artistique essaye à demi-mots de le convaincre d’emmener quelques unes de ses croûtes en Europe pour participer à une exposition internationale d’art contemporain. Il y a des entrées plus érudites, où vous apprendrez tout ou presque sur les principes de l’acuponcture, la théorie des cinq éléments ou le calendrier chinois. Il y a des entrées plus critiques et politiques sur Ai Weiwei où sur la Révolution Culturelle. Il y a des entrées surprenantes, sur la bureaucratie où on apprend que pour les chinois elle peut-être céleste (oui, céleste !). Il y a des entrées littéraires, sur les grands romans classiques ou la poésie chinoise. Et il y a mille autres choses encore qui me donnent envie d’y retourner rien qu’à parcourir le sommaire. Et partout, à chaque entrée, presque à chaque ligne, il y a l’amour de José Frèches pour cette Chine qu’il connait, dont il sait les qualités autant que les défauts et qu’il aime pour les unes autant qu’avec les autres.

Alors si vous avez envie d’en savoir plus sur la Chine vivante et vécue, courrez acheter ce livre et n’oubliez pas de venir m’en dire un mot.

 

A lire absolument : Dictionnaire amoureux de la Chine, José Frèches, éditions Plon.

Crédit photo : blog Truffe et Compagnie

 GrandBondMilieu_Dictionnaire_Amoureux_Chine

7 Comments

  1. moi en ce moment c’est le dictionnaire amoureux de la Bretagne ( uniquement 780 pages) par Yann Queffelec c’est aussi une découverte
    je m’attaquerai à celui de la Chine après pour me rappeler mon voyage en Chine en l’an 2000
    a plus tard

    • Ah oui, il avait l’air pas mal non plus dans le genre… Je crois que c’est une collection qui gagne à être connue (et qui occupe les longues soirées d’hiver). Bises

    • Je la vois très bien, je suis passée cent fois devant (et dedans), une belle librairie comme on les aime, courrez-y !

  2. Quel enthousiasme ! tu donnes envie de le lire tout de suite. Un petit intéressement sur les ventes ??? tu mériterais !!!!
    Depuis l’expo récente sur les Han, je me suis penchée sur les dynasties chinoises, des Xia aux Qing. Il y en a vraiment beaucoup, dont certaines ne sont pas connues du moins en Europe (en dehors de la niche des vrais spécialistes !).

    • Et le pire c’est que je ne touche absolument aucun intéressement sur les ventes, mes compétences commerciales ont dramatiquement chuté ces dernières années 🙂 Pour les dynasties chinoises, il va falloir que je me penche dessus à un moment, grâce au dictionnaire je suis déjà beaucoup plus au clair sur les grandes périodes (royaumes combattants, Ming et Qing) et les grands rois (Qin Xihuangdi en tête) mais il y a encore une bonne marge de progression…

      • J’ai déjà beaucoup de mal à mémoriser les dynasties, je te laisse le nom des rois et empereurs …. je connais juste le nom et l’histoire du « dernier empereur » grâce au très beau film du même nom. :+)

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