Au printemps les magnolias fleurissent et les dents tombent

Juste au moment où je commençais à me lasser du froid et de l’hiver, le printemps fait de timides poussées pour nous laisser entrevoir enfin un changement de saison. L’hiver a été beau, pas trop pluvieux, un peu venteux, beaucoup moins gris qu’à Paris. Mais trois mois pleins de froid me suffisent amplement, j’ai envie de changement. Depuis janvier les jours rallongeaient, la lumière était moins froide, plus douce et je trépignais d’impatience, et vendredi dernier nous avons eu notre première vraie journée de printemps. Elle nous a pris par surprise, alors que la veille nous étions encore en plein hiver, et d’un seul coup : grand beau et températures clémentes, m’obligeant à ôter une à une toutes mes couches de laine (les mêmes que la veille, devenues brutalement caduques). Une seule hirondelle ne faisant pas le printemps même en Chine, le lendemain ce fut retour à la normale et aux emmitouflages.

Peu importe ces légères variations, un mois après le festival de printemps je crois que la saison nouvelle est enfin en train de nous arriver. Et a priori avec le printemps nous viennent les magnolias en fleur et les bancs de brume dense qui ont transporté notre appartement au milieu des nuages depuis des jours. Un jour sur deux ce sont même des nuages pluvieux. On se lève le matin, on regarde par la fenêtre et « ah tiens, ce matin les tours ont disparu ». « Nos » trois tours de Lujiazui dont les sommets naviguent entre 300 et 600 m de haut à environ 200m à vol d’oiseau de chez nous, hop, englouties dans la brume. A peine en distingue-t-on encore un peu les premiers étages. Si le printemps n’est que brume et brouillard je vais peut-être vite regretter l’hiver, mais pour l’instant l’envie de tenues plus légères est la plus forte.

Au niveau du sol, sous les nuages, les magnolias fleurissent partout dans la ville, et à ce qu’il semble les magnolias ces ont LES fleurs de Shanghai au printemps. On tombe dessus presque à chaque coin de rue, sur ce qui semblait n’être qu’un triste trottoir bétonné. Pour un peu je chanterais du Claude François mais je me retiens, j’ai ma fierté. En revanche si ce peu de pollen suffit à déclencher mon rhume des foins je ne réponds plus de rien et j’entonnerai peut-être un « des magnoliaaaaaaas, par centai-ai-ai-neuh » vengeur jusqu’à ce qu’on me glisse un anti-histaminique entre les dents.

Du côté de nos jeunes pousses familiales, on décompte deux dents en moins (les incisives du haut) chez le grand, et des tas de mots en plus chez le petit. Avec ses dents du bas qui n’ont pas encore vraiment repoussées, Beauté Brune arbore maintenant un sourire en créneau de château fort dont il est super fier mais qui risque de l’handicaper quelques semaines pour manger des pommes. Le mystère de la petite souris reste entier : est-elle française, chinoise ou mi-française mi-chinoise ? Il y a des caractères sur la boite de jouet donc elle est sûrement à moitié chinoise, non ? Sûrement. Mais comment elle fait pour transporter une boite plus grosse qu’elle et la poser sous l’oreiller ? Elle a une force surhumaine comme les fourmis et peut porter plusieurs fois son poids. Et puis quand on a réussi à obtenir la double nationalité souris, on peut sûrement transporter une boite de puzzle-mappemonde sans sourciller, et maintenant laisse moi boire mon thé tranquille.

Quant à Beauté Blonde, son français progresse à vitesse grand V, mais il faut dire qu’il s’entraîne du matin au soir. Encore un pour qui on a oublié de commander le bouton off au moment de la conception. On s’était pourtant bien juré de le cocher deux fois sur la commande après Beauté Brune, mais encore raté. Et puis je voudrais qu’on m’explique ce que c’est que cette nouvelle manie de courir dans l’appartement en criant « mamaaaaan, ti où ? » et de continuer en boucle même quand j’ai répondu plusieurs fois crescendo « je suis là » ? Et pourquoi c’est jamais « papaaaaaaa, ti où ? » d’abord ? Il y a pourtant des chanteurs à la mode qui en font de (mauvaises) chansons de « papaaaaa, ti où », suis un peu l’actualité musicale mon fils : t’es tout neuf, profites en pour être in.

Aller, c’est le printemps, tout repart à zéro, il y a peu c’était la journée de la femme, alors moi je vais peut-être entamer une grève de « je suis là » pour profiter de mon air au pollen et de mes refrains des années soixante-dix en toute quiétude. Des magnoooo-liaaaaaaaaas, par centai-ai-ai-neuh, des magnolias, comme autre-fois…

 

Crédit photo : Synotrip

GrandBondMilieu_Printemps

3 Comments

  1. Pour ce qui est du pollen, je crois qu’il faut blâmer nos prédécesseurs. Ceux-ci ont en effet eu la bonne idée de ramener des platanes de France pour orner leur concession, ce qui fait de fantastiques allées ombragées. Mais cela signifie qu’ils ont aussi ramené de France les allergènes dont nous nous passerions si bien.

  2. Les fleurs de magnolia font partie de mes fleurs préférées (désolée pour le pollen !). Te souviens tu des deux grands magnolias qui ornaient notre jardin à Séoul dans notre première maison ? L’un blanc rosé et l’autre violacé : une merveille ! Les rues de Shanghai doivent être féeriques …
    Question : les masques filtrent ils les pollens ?
    Les lutins : les dents tombent pour l’un et les mots poussent pour l’autre ! Bravo ils grandissent bien!
    Le printemps s’installe chez nous aussi avec beau temps, belle lumière, fleurs partout, oiseaux qui chantent… vrai cliché mais ça booste le moral !
    Il y a une éclipse de soleil exceptionnelle aujourd’hui et la marée du siècle demain (Normandie et Bretagne). Les suivantes sont prévues respectivement en 2030 et 2080 …

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