Shanghai / Bangkok : le match

Au commencement était notre envie d’ailleurs. Et lorsque l’envie était libre, elle musardait en Asie du sud-est et se serait fort bien vu atterrir en Thaïlande. Et l’entreprise de MMM lui fit une proposition pour le Brésil. Nous nous renseignâmes, nous discutâmes, nous réfléchîmes intensément, et finalement nous refusâmes le Brésil. Il y eut un soir, il y eut un matin, premier round. Il y eut l’évocation de l’Inde et un veto immédiat et sans appel de MMM. L’Inde ce ne serait pas. Il y eut un soir, il y eut un matin, deuxième round. Enfin il y eut une proposition pour la Chine, il y eut réflexion conjointe et il y eut un oui pas très rassuré. Il y eut un soir, il y eut un matin, troisième round. Au quatrième round nous avions rangé nos envies d’Asie du sud-est avec à peine quelques demi-regrets, au septième rounds nous nous sentions prêts pour la Chine et nous vîmes que cela était bon.

Alors après une telle genèse nous exposer pour nos premières vacances hors de Chine à la Thaïlande, n’était-ce pas un peu présomptueux ? N’allait-ce pas raviver des regrets, des envies que nous ne pourrions pas assouvir, voire m’exposer au risque d’une petite déprime post-vacances ? Pour conclure ici l’épisode de nos vacances thaï, et parce que la comparaison entre les deux villes a (très) souvent fait incursion dans nos réflexions là-bas, je vais me livrer à l’exercice d’un match Shanghai / Bangkok.

1. Architecture et urbanisme

Ce qui m’a immédiatement frappée à Bangkok, et qui s’est confirmé au fil des jours, c’est qu’elle ne ressemble en rien à Shanghai et qu’il est plus facile d’en avoir une bonne première (et deuxième, et troisième) impression. Ses immeubles sont moins hauts, plus espacés, et surtout infiniment moins laids que ceux de notre perle orientale. L’architecture y est nettement plus moderne, reléguant les immeubles shanghaiens anguleux, carrelés, mal entretenus et hérissés de verrues climatisantes en troisième ou quatrième division d’urbanisme.

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La végétation est aussi beaucoup plus présente (et évidemment luxuriante) à Bangkok qu’ici, que ce soit dans les rues plantées d’arbres ou les parcs et espaces verts qu’on croise régulièrement : on respire. Les platanes de l’ancienne concession française ne peuvent pas vraiment rivaliser avec tous ces bananiers et ces palmiers, même au printemps. Sans compter qu’avec certains quartiers construits sur l’eau où la circulation se fait exclusivement en bateau sur des canaux (khlongs), on peut croiser une plantation d’orchidées et avoir l’impression qu’on a quitté la ville. Alors il y a bien quelques quartiers d’eau à Shanghai, mais rien qui puisse faire oublier à ce point la ville et sa forêt d’immeubles.

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Sur le plan de l’urbanisme, je dis donc sans hésiter : Bangkok 1 – Shanghai 0.

2. Météo

Là, ça va dépendre des goûts. A Bangkok c’est facile : il fait chaud ou très chaud en fonction des « saisons » (sèche ou humide). Avantage : il suffit d’un short, d’un t-shirt et d’une paire de tongs pour être prêt à sortir. Inconvénient : c’est plus difficile de porter votre cuir ou votre doudoune préférée sans vous retrouver cuit en papillote.

A Shanghai, le climat est tempéré avec des saisons tout à fait marquées. L’hiver n’a rien à envier en température à Paris, mais le ciel y est beaucoup moins bas et lourd. L’été est chaud et humide et n’a rien à envier à celui de Bangkok. En restant ici on reste donc mieux acclimaté à la France, mais évidemment à l’heure où je vous écrit il fait encore bien froid. On ne peut pas tout avoir.

Comme j’ai naturellement tendance à m’adapter à mon environnement et à m’en satisfaire, je dirais Shanghai 1 – Bangkok 0 (et ce serait peut-être le contraire si je vivais à Bangkok).

3. Pollution

Là, je n’ai même pas besoin d’argumenter : Bangkok 1 – Shanghai 0.

A défaut de pouvoir faire un saut en Suisse pour respirer le bon air des Alpes, Bangkok était parfaite pour ma bronchite convalescente.

4. Transports

Je vous ai déjà vanté la facilité avec laquelle on peut se déplacer à Shanghai, et à des prix tout à fait raisonnables. Comparé à Bangkok, nous l’apprécions d’autant mieux. Car autant l’aspect de la ville, les températures clémentes et la gentillesse des gens pouvaient nous faire penser qu’on aimerait bien y vivre, autant les transports nous ont parfois exaspérés. Le trafic routier est épouvantable, les embouteillages quotidiens et bien pires qu’à Shanghai. Les taxis y sont aussi moins nombreux, et très peu enclins à mettre le compteur : ils vous demandent des sommes ridiculement élevées, car c’est bien connu le touriste est riche. Du coup, chercher un taxi avec deux enfants fatigués sous une chaleur écrasante devient un exercice de sainteté. Seules alternatives : les motos-taxis qui pullulent, ou les tuk-tuk qui vous demanderont une fois et demi le prix des taxis.

Heureusement, Bangkok est aussi dotée d’un métro, et même de deux métros climatisés : l’un souterrain, l’autre aérien, malheureusement pas interconnectés et tarifés différemment. Et surtout ils ne vont pas jusqu’au centre historique où se trouvent les plus grands sites touristiques et où vous vous retrouvez à la merci des taxis. Après ce bref test de quelques jours, le score est donc sans appel pour les transports : Shanghai 1 – Bangkok 0.

5. Gastronomie

Alors là, mon coeur balance. Il y a six mois, j’aurais dit sans même y réfléchir que la gastronomie thaï l’emportait haut la main. Mais ça c’était au temps où je n’avais pas encore goûté la vraie cuisine chinoise (ou plutôt les vraies). Les chinois en sont persuadés : leur cuisine est la meilleure du monde et rien ne s’y compare. S’ils admettent que la nôtre est également excellente c’est un peu par courtoisie, car sur leur podium il n’y a qu’eux. Je ne me suis pas encore sinisée à ce point et je mettrai la cuisine thaï dans le trio de tête des grandes cuisines, parce que leurs épices et leurs currys sont incomparables. Je vais donc accorder un Shanghai 1 – Bangkok 1, ce qui en dit long sur l’évolution de mes goûts culinaires depuis mon arrivée en Chine. C’est MMM qui va être content.

6. Sites d’intérêt et escapades

Vous avez remarqué ? J’aime les temples. Et aussi les églises, les mosquées, les synagogues et tous les lieux de culte et les vieux bâtiments en général. Je ne me suis pas privée d’en visiter à Shanghai, mais de ce point de vue là Bangkok remporte quand même la victoire haut la main. Grands, dorés, brillants, couverts de céramique, peints, avec des Bouddhas debouts, couchés, assis, grands, petits, dorés, noirs, recouverts de feuille d’or ou non, Bangkok est une sorte d’El Dorado de la visite de temples. Et malgré toute la tendresse que je commence à avoir pour Shanghai, elle fait assez pâle figure à côté. Côté musées en revanche, Shanghai tire bien son épingle du jeu, avec des musées nombreux, variés et de grande qualité.

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Pour ce qui est des escapades hors de la ville, Shanghai a beau être au bord de la mer de Chine, elle ne peut malheureusement pas rivaliser avec les plages de rêve que l’on trouve à quelques heures de Bangkok. Pour un petit bol de nature, on peut compter sur une escapade à Hangzhou peut-être ? Joli et bucolique mais comment lutter contre les cocotiers ?

Alors je suis d’accord, le quotidien d’un expat’ ce n’est ni de vivre dans les lieux touristiques ni de faire un tour à la plage. En revanche, pour ce qui est d’attirer chez soi nos proches, il faut bien dire que « j’habite à Bangkok, youhou, venez ! » ça attire spontanément un peu plus que « j’habite à Shanghai, si, si, je vous assure, il y a des trucs sympas à voir, allez, venez quoi ! »

Donc évidemment : Bangkok 1 – Shanghai 0

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Et au moment de conclure et de faire le bilan, je me rends compte que je n’ai pas envie de faire un total exact des points. Est-ce qu’on pourrait s’installer à Bangkok si la question se posait ? Probablement, certainement même, mais avec une vision moins idéalisée que lorsque je le fantasmais dans mon salon à Paris. Et est-ce que j’ai pleuré à l’idée de rentrer à Shanghai en quittant cette jolie cité tropicale ? Non, même si le retour dans cette mégapole bétonnée et polluée n’évoque pas exactement le paradis. Comme toutes les villes où on habite, comme Paris, on en voit les bons comme les mauvais côtés et on fait avec. Et assez bien je crois.

Credit photo (photo de Hangzhou) : China Mike

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2 Comments

  1. Il y eut plusieurs soirs et il y eut plusieurs matins et Tarapamuk découvrit que l’âme de sa tribu était excellente pour rencontrer et boire l’âme de tous les pays où le Grand Prototropic l’envoyait.
    C’est beau un match où l’on a plus envie à la fin de compter les points !

    • C’est que finalement je crois que compter les points ne sert à rien (à part écrire un billet 😉 ) : nous sommes bien où nous sommes, le reste ne compte pas vraiment n’est-ce pas ?

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