Tu sais que tu es un expat’ quand…

Quelques jours après notre premier retour au pays, je dois avouer que beaucoup de petits détails me font réaliser qu’après à peine une année à l’étranger nous ne sommes déjà plus tout à fait comme avant. A l’instant t je ne peut pas encore affirmer avec certitude si nous avons changé en mieux ou en pire. Je n’exclus pas que nous soyons revenus légèrement plus zinzins, ce qui n’est sans doute pas une amélioration, mais nous sommes maintenant un peu plus polyglottes ce qui doit compenser un peu. Quelle que soit la valence finale de notre changement, je peux aujourd’hui dire que tu sais que tu es un expat’ quand :

– ton fils de bientôt six ans te demande s’il va manger de la raclette au petit déjeuner le jour de son arrivée en France (tu auras atterri à cinq heures du matin), et se met à pleurer quand tu lui dis que non.

– tu trouves tout à fait exotique que le commandant de bord et la chef de cabine s’adressent aux passagers en français avant de tout traduire en anglais.

– de retour chez toi tes enfants ne s’essuient pas les pieds sur le paillasson mais ôtent directement leurs chaussures pour entrer pieds nus dans l’appartement.

– ton appartement à incroyablement rétréci depuis la dernière fois que tu y as habité.

– tu ne sais plus dans quel placard tu ranges tes assiettes. Ni te servir de la télécommande de ta télévision. Heureusement tu sais encore où sont les verres.

– tu réprimes un haut-le-corps à chaque fois que tu remplis un verre ou une casserole directement au robinet. Les amibes ! L’hépatite B ! Le mercure ! Les polluants ! Toutes les cochonneries qu’il y a dedans et dont tu ne connais même pas le nom !

– tu redécouvres le bonheur de faire la vaisselle, la lessive et le pliage du linge toi-même et tu es contente de le faire. Vraiment.

– la première fois que tu veux sortir de chez toi, ton ascenseur s’arrête à un étage où personne ne monte et tu te demandes bien pourquoi il ne repart pas tout seul pour le rez-de-chaussée. Puis tu te rends compte que tu as appuyé sur le bouton « 1 » et pas sur « RdC ». Les fois d’après tu es obligée de réfléchir à chaque fois avant d’appuyer : le bouton « RdC » c’est tellement français.

– tu bouscules légèrement quelqu’un dans le métro pour t’asseoir et la première chose qui te sors de la bouche c’est « sorry ! ». Tes enfants prennent congé de la dame du manège en lui disant « zaijian ».

– tu trouves que Paris est une ville paisible, peu dense et incroyablement verte et silencieuse. Et des tas de petites choses ne te semblent plus vraiment familières.

– tu déjeunes au restaurant japonais, tu entends les serveurs parler entre eux en chinois (aujourd’hui tu es sûre que c’est du chinois) et tu ricanes avec ton mari en te demandant si tu ne vas pas leur demander l’addition en disant : « fuwuyuan, maidan ! ». Juste pour voir leur tête.

– les pièces de ton porte-monnaie ne te disent plus grand-chose et certains billets ont changé de couleur depuis l’été dernier.

– tu as évidemment promis à ton fils qu’il mangera de la raclette le soir même de son arrivée en France pour qu’il arrête de pleurer, et tu tiens ta promesse. La raclette est très injustement sous-consommée en juillet.

– tu as vu plus de gens que tu aimes en 48h qu’en plusieurs mois en Chine.

– les amis de tes amis qui envisagent l’expatriation mais hésitent encore t’écoutent parler de ton expérience à l’étranger comme si tu étais devenu un gourou charismatique à la sagesse millénaire.

Et évidemment tu es hyper, hyper, hyper contente d’être de retour dans ton pays, et tu ne sais plus exactement pourquoi tu ne supportais plus Paris avant de partir alors que c’est – à l’évidence – la plus belle ville du monde…

 

GrandBondMilieu_retour_expat-France

 

 

12 Comments

    • Non, à part qu’il n’y a personne dedans et que c’est plus sale ici qu’à Shanghai, mais c’est une des choses que je n’ai pas trouvées trop dépaysantes 😉

  1. Très vrai mais pour les expats qui reviennent en France mais pas à Paris le choc est encore pire!!!

    Tu es aussi un expat quand:

    – Tu restes 2 heures à observer la vue de ton balcon en te disant que c’est fou quand même, on voit super loin du 2ème étage.

    – Tu te réveilles le dimanche matin avec une longue liste de choses à faire et que quand tu relis la 1ère tache et que tu vois « faire les courses », tu réalises pas tout de suite qu’il y a un problème.

    – Tu as une envie irrésistible de cuisine grecque pendant ta pause déjeuner (ou brésilienne ou quoi que ce soit d’original) et tu réalises que dans ta ville il n’y en a qu’un (si tu es chanceuse) et que bien sur il est fermé le midi et que de toute façon, il livrait pas.

    – Tu sors avec des potes un soir et le barman te tend un tickets déprimant pour 2 sex on the beach de 20cl et qu’il rigole pas du tout à ta blague du « c’est pas gratuit pour les filles le mercredi? » servie poutant avec un magnifique sourire.

    Bref, tout plein de choses qui changent!!!!

  2. Bienvenue chez toi et je te soutiens à 100% pour la raclette : ce n’est pas normal cette sous-consommation en juillet !! Et stp, ne parle pas trop de Paris dans tes prochains billets, j’ai le mal de la ville et je sens que ça va me piquer… 😉

    • Entièrement d’accord, la raclette, la fondue et le cassoulet de Castelnaudary sont très mésestimés dès qu’il fait plus de 25°… Et pas de Paris pour les prochains billets : on part à la campagne dans deux jours 😉 Bon été sur ton île…

  3. J’aime beaucoup le ton et l’humour de ton article 🙂
    La sous-estimation de raclette m’a bien fait rire ! (à Londres, on en trouve dans certains street food markets tout au long de l’année, au cas où tu veux y faire une escale !)

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