L’école est un privilège

Comme vous le savez, MMM et moi avons deux rejetons : Beauté Brune, quatre ans et demi et Beauté Blonde, 16 mois. Beauté Brune fréquente depuis bientôt deux ans l’école maternelle publique du coin de la rue (ou plutôt de la place) avec bonheur.

Au moment de l’inscrire en petite section, nous avions l’embarras du choix, et nous avons eu un petit doute : valait-il mieux l’inscrire en public ou en privé, quelle serait la qualité de l’enseignement, serait-il heureux dans sa future école ? En tant que fille d’expats j’avais connu les écoles françaises de l’étranger, privées donc, mais j’étais très attachée à l’idée de l’école publique, laïque et républicaine. MMM ayant quant à lui fréquenté longuement une école privée en Suisse (oui, ça fait très chic) se demandait quant à lui si on ne lui offrirait pas de meilleures chances et un meilleur environnement en l’inscrivant dans le privé.

Finalement, ayant considéré que la petite section de maternelle n’était pas exactement l’année du bac nous l’avons inscrit à l’école publique de secteur, tout en nous disant « si ça ne va pas, on pourra toujours le changer d’école. » Et ça s’est très bien passé : équipe pédagogique très investie, activités culturelles fréquentes et diverses, maîtresse super (ferme mais compréhensive avec notre terreur de cour d’école). Bref, nous étions ravis et habitués à ce luxe de l’école gratuite et à deux pas de la maison.

Avec la perspective de Shanghaï, je me suis bien sûr ruée sur internet pour faire un tour d’horizon des écoles françaises sur place (enseignement français, j’y tiens, pour que les enfants puissent réintégrer un cursus classique de retour en France). Sur le papier, pas de soucis, il y a pas mal d’écoles ou de sections françaises : le Lycée Français, le Petit Lotus Bleu, l’école Phoenix, les Petits Ecoliers et Peekaboo. Je me suis dit : super, nous pourrons choisir ce qui nous parait le mieux, surtout en s’y prenant en février pour la rentrée de septembre. J’ai vite compris que c’était la naïveté béate de la débutante qui me faisait parler là. Il y a beaucoup d’écoles c’est vrai, mais il y a surtout beaucoup de français à Shanghaï, et les places sont chères (à tous les sens du terme).

Rapidement le Petit Lotus Bleu (qui était notre premier choix) nous a informé qu’à moins d’un miracle il ne fallait pas compter sur eux (avec notre dossier de préinscription au 15 février, Beauté Brune était déjà 21ème sur leur liste d’attente de grande section avec seulement une ou deux places libérables à la rentrée). Les autres écoles du centre ville n’étant pas agréées par l’Education Nationale, nous nos posons de légitimes questions sur leur pédagogie et leur vocation (enseigner ou faire un bon business très rémunérateur en surfant sur la vague des expats en manque d’inscription ?). Cela fait partie des points à explorer sur place (J-10 avant notre petit saut à Shanghaï).

Au Lycée Français de Shanghaï nous avons fait un dossier d’inscription (sans choix du campus où inscrire Beauté Brune, celui de Qinpu (rive ouest) étant déjà pris d’assaut). Et dans Lycée Français, il y a Français, et il y a aussi visiblement cette inévitable petite maladie administrative qu’est la paperassophilie. Pour une pré-inscription, il faut donc fournir une liste de documents longue comme le bras (qui sera complétée par une seconde liste tout aussi longue au cas où nous aurions la chance d’avoir une place), dont par exemple la copie du carnet scolaire de l’enfant (qui est en moyenne section de maternelle, rappelons le). Subitement l’angoisse de la performance m’étreint : le dossier Beauté Brune risquerait-il d’être écarté s’il ne sait pas encore compter jusqu’à 50 ou 100 ? Ne pensons pas à ça, c’est déjà assez stressant de chercher une école…

J’ai une amie qui a une intolérance au gluten, moi ‘est une intolérance à la collectionnite paperassière de l’administration. Devoir remplir des pages et de pages de fiches d’informations et constituer des paquets de photocopies diverses et variées me met littéralement en transe. Mais puisqu’il s’agissait de l’avenir de mon fils j’ai pris sur moi, et j’avoue en avoir été récompensée puisque la secrétaire qui a réceptionné mon dossier m’a remercié pour mes « excellents documents » . Jamais encore aucune administration ne m’avait remerciée pour mes excellents documents (alors que j’atteste ici que j’ai toujours fourni d’excellentes photocopies, quel que soit le document absurde qu’on m’ait demandé). Je propose donc à nos gouvernants 1) de procéder rapidement au choc de simplification promis (oh oui, ça va leur faire un gros choc dans les administrations) et 2) de rendre obligatoire le remerciement pour les excellents dossiers fournis par les administrés. Je suis certaine que cela contribuera à renforcer l’amour que les français portent à leurs administrations.

Passons maintenant à l’autre sujet qui fâche : les frais de scolarité. Car oui, nous nous sommes habitués à l’école gratuite. Enfin, à l’école incluse dans le prix de nos impôts. Mais à l’étranger, l’école n’est pas gratuite ET ça se voit. Prenons l’exemple du Lycée Français : pour une année de maternelle, en additionnant les frais de pré-inscription, de première inscription, les frais de scolarité et une caution récupérable lorsque l’enfant quitte l’école, le total s’élève à 118 950 RMB (RMB = Renminbi, littéralement la monnaie du peuple, mieux connue sous le nom de Yuan).

Alors si la monnaie est du peuple, les tarifs eux ne le sont pas : 118 950 RMB correspondent à 13 928 €. Oui, vous avez bien lu : 13 928 €, et pas pour une première année à HEC hein, pour une année de maternelle (c’est plus cher pour le collège et le lycée). Juste pour satisfaire ma curiosité et la vôtre, à titre de comparaison le coût d’une année de maternelle en France est de 4 900 € environ (5 500 € en moyenne dans les pays de l’OCDE). Alors je reconnais tout de suite que leurs locaux semblent en bien meilleur état que ceux de notre école de quartier, leurs installations plus modernes, les salaires de leurs professeurs certainement plus corrects et que si Beauté Brune va là-bas, il aura des cours d’anglais et de chinois qu’il n’aurait pas eu à Paris. Mais tout de même, j’espère que pour le prix ce sera vraiment très très très TRES bien et qu’ils s’engagent à ce que notre fils intègre ensuite rapidement l’X ou l’ENA pour assurer les vieux jours de ses parents.

Alors heureusement pour nous, ces frais seront remboursés par l’entreprise de MMM. Remboursés mais pas avancés, ce qui nécessite tout de même que nous ayons une trésorerie bien à flot. D’où l’adage injustement méconnu : qui veut partir en Chine ménage son porte-monnaie.

Tout ça pour dire que nous étions déjà convaincu que l’accès à une école et un enseignement de qualité était un luxe à l’échelle du monde, mais là, ça va devenir un véritable privilège. Ah ça ira, ça ira, ça ira…

 

Crédit photo : Mychele Daniau/AFP

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