Mariage Frères, embarquement immédiat pour l’Asie coloniale

Je n’aime pas le café. En tout cas pas à boire (pour les pâtisseries je ne dis pas non). Du coup je suis une adepte du thé depuis de maintenant nombreuses années (je ne dis pas combien, ça me vieillit). Au début je n’en buvais qu’en alternative au café, juste une boisson chaude sociale qui finit le repas ou qui permet de faire une pause avec ses collègues autour de la machine à café. A cette époque lointaine mon palais de novice avalait à peu près n’importe quoi, essentiellement des thés aromatisés Lipton ou Twinings. Enfin pas totalement n’importe quoi tout de même parce que le Lipton Yellow par exemple, ça n’a jamais été possible. Lipton Yellow : le plus mauvais thé du monde en vente partout dans le monde, où la normalisation internationale portée à l’apogée de la médiocrité.

Pour varier les plaisirs j’en ai goûté de différentes sortes et assez rapidement j’ai eu des préférences : Darjeeling, et surtout Earl Grey. Pour les puristes c’est un thé d’après-midi, mais moi je le bois du matin au soir, et au bout de nombreuses années (non, je ne dis toujours pas combien) je ne m’en suis toujours pas lassée. Je crois que le Earl Grey et son parfum de bergamote est définitivement MON thé de base, celui que je boirais jusque dans ma maison de retraite (et s’ils osent me servir du Lipton Yellow je fais la grève de la soif, mes enfants sont prévenus !).

Un beau jour, mon amie Marie, également grande amatrice de thé et de papotage autour d’une théière, m’a fait goûter du Thé de Pâques. Sans le savoir je buvais là ma première (mais pas dernière) tasse de thé Mariage Frères. Et quand on aime le thé, boire du Mariage c’est un peu mettre un doigt dans l’engrenage en sentant d’emblée qu’on n’en sortira pas (et qu’on n’a pas envie d’en sortir). Mariage Frères ou la drogue dure des théiophiles, et ça dure depuis 1854. Après le Thé de Pâques, j’en ai goûté d’autre au fil des années : Thé à l’Opéra, Marco Polo, Casablanca, Thé sur le Nil. Rien qu’avec les noms on a envie de prendre un bateau et de partir explorer le monde, rien qu’avec l’odeur on se croit déjà sur la route de la soie. Et je crois que je n’aurai pas assez d’une vie (et peut-être d’un compte en banque) pour goûter tous ceux dont les noms me font voyager : thé au Tibet, Puits du Dragon Impérial, thé des Maharajahs, Rosée de la Montagne Meng, thé des Prières, la Route du Temps, Pleine Lune, Neige de Jasmin, Iskandar, thé de l’Aube, thé des Légendes, Fils du Ciel, Montagne de Jade, Bouddha Bleu, etc., etc. Et je viens de m’apercevoir qu’il y en a même un qui s’appelle Sweet Shanghai (celui-là je l’achète aux prochaines emplettes !).

Jusqu’au mois dernier j’avais toujours fait mes achats de thé Mariage dans des petites boutiques de thé indépendantes ou les comptoirs Mariage des grands magasins. Mais jamais je n’étais allée dans une de leurs boutiques. Voilà qui est réparé, et franchement je REGRETTE de ne pas l’avoir fait avant. Il y règne une délicieuse ambiance coloniale avec ces grandes bonbonnes de thé laquées en noir, les comptoirs en bois, les vendeurs en costume de lin clair, les caissiers isolés dans leur petite guérite vitrée à l’entrée et la politesse désuète de rigueur. C’est beau, ça sent bon, on se croirait à Shanghai dans la concession française dans les années 20. Bref, un voyage à peu de frais qui fleure bon la nostalgie et le luxe. J’ai envie d’y retourner rien que pour la boutique, sans même y prendre 100g de quoi que ce soit. Ils sont vraiment redoutables chez Mariage, leurs boutiques sont aussi (sinon plus) addictives que leurs thés.

mariagefreres_enseignePlusieurs idées se sont associées dans mon esprit : marque de luxe, et même de luxe français, chinois raides dingues des marques de luxe françaises… peut-être auront-ils une boutique à Shanghai ? Hélas, cruelle déception : Mariage a des boutiques en France (plein), à Londres, en Allemagne, au Japon (plein aussi) mais pas une seule en Chine. Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Franchement, une boutique dans la concession française ce serait pas magnifique ? Une sorte de pélerinage sur les traces de Marco Polo, un coup marketing d’enfer, sans compter la possibilité pour moi d’avoir l’impression de me retrouver transportée au 17 Place de la Madeleine en une seconde. Ce serait comme une téléportation mais en restant sur place, un couloir spatio-temporel entre vous et moi qui fonctionnerait via les boutiques Mariage. Et bien non, il faudra que je me débrouille pour trouver une boutique de thé chinoise, qui à tous les coups ne sera pas connectée au réseau de téléportation Mariage.

Oooooh mais je vous entend d’ici : des boutiques de thé en Chine je vais en trouver plein, et même des mieux, et du thé très bon, et il faut pas s’accrocher à ses petites habitudes, et patati et patata. Et bien oui, sûrement, mais me sevrer comme ça, brutalement, des thés Mariage (et surtout de l’idée que je pourrai en acheter), c’est trop duuuuur !

Mais à chaque problème sa solution : j’instaure ici et maintenant une nouvelle taxe applicable à tous ceux qui viendront nous voir. N’ayez pas peur, c’est une toute petite taxe : juste un paquet de thé Mariage glissé dans les valises. Cause I’m the taxman, yea-eah I’m the taxmaa-an…

 

Crédits photos : Fleur de Menthe et Daily Photo Stream.  

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2 Comments

  1. Hummm … ça me donne trop envie de retourner faire un p’tit tour chez Mariage Frères, tiens
    Marie (« la » Marie ?!)
    🙂

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