Vivent les mariés !

Ça y est, ça y est ! On l’a fait ! Il y a quelques jours nous nous sommes dit OUI, sans hésiter, sans nous tromper et (presque) sans pleurer. Je peux donc enfin appeler MMM Monsieur Mon Mari sans vous induire en erreur sur notre statut matrimonial. Oui, oui, oui : MMM est désormais Monsieur Mon Mari. Mieux encore, il est Mon Meilleur Mari pour reprendre l’interprétation personnelle d’une amie à qui la signification ésotérique du sigle MMM avait visiblement échappé (je la réinviterai à mes éventuels prochains mariages parce qu’avec une copine comme ça, c’est rigolade assurée). Et finalement elle a raison, MMM est Mon Meilleur Mari. Et non, pas uniquement parce que c’est le seul.

Alors honnêtement, pour moi qui ne rêvait pas de me marier depuis toute petite, qui n’ai jamais collectionné les catalogues de robes de mariée, jamais fantasmé de me noyer dans les dentelles froufroutantes, qui ai longtemps trouvé que le mariage était une manière inepte de jeter son argent par les fenêtres (tout ça pour divorcer quelques années plus tard), bref, pour la désabusée (voire l’hostile) au mariage que j’étais, je dois avouer ici que le jour où je suis devenue Mme MMM était une journée magnifiquement formidable. Totalement absolument formidablement formidable. Je ne céderai pas aux sirènes des clichés éculés en disant que c’était le plus beau jour de ma vie, mais un des plus intenses et émouvants sans aucun doute. Oui, oui et re-oui !

Contre toute attente les dieux de la météo étaient avec nous ce jour-là, et vu les effets combinés du réchauffement climatique et des lancements anarchiques de spoutniks c’était un peu comme gagner au loto. Après deux ans de printemps pourri, après des semaines de temps froid, pluvieux et venteux, je m’attendais philosophiquement à du froid, de la pluie, du vent, de la grêle, des nuées de sauterelles voire des pluies de météorites. Nous tentions d’en rire avec MMM en chantonnant let my people go… tout en nous demandant si les moonboots et la doudoune iraient vraiment bien avec ma robe. Et le jour J , miracle : grand beau temps, petite brise agréable m’évitant d’avoir chaud sous mes couches de soie, bref météo PAR-FAITE. Bon, on n’a pas eu les sauterelles mais pour nous divertir on a tout de même eu la varicelle. Enfin quand je dis « on » a eu la varicelle, c’est surtout Beauté Brune qui l’a eue. Comme ça on ne risque pas d’oublier la date de sa première maladie infantile, c’est pratique. Et un miracle ne venant jamais seul, nous n’avons eu à déplorer aucun couac, aucune fausse note parmi nos invités (enfin parmi ceux qui sont venus, là non plus on ne peut pas tout avoir), et même de très jolis moments d’échanges et d’émotion entre des gens qui ne s’étaient pas parlé depuis des années. De quoi me réconcilier à vie avec le mariage.

Me voici donc enfin auréolée de l’aura discrète de la femme respectable que je n’étais pas encore. Si, si, pas tout à fait respectable, je vous assure. Tenez, un exemple au hasard : aux yeux de l’administration chinoise il semblerait que ce fameux statut matrimonial soit encore un sésame difficilement remplaçable. Officiellement un certificat de concubinage est censé être suffisant pour obtenir un visa S1 de conjoint d’expat’ en Chine (si vous avez manqué la description des seize catégories de visas pour entrer en Chine : résumé des épisodes précédents). En pratique, lorsqu’on parcourt les forums d’expatriés en Chine le nombre de messages angoissés de futurs expats dont le conjoint « illégitime » galère pour obtenir son visa indique plutôt que l’union libre n’a pas la cote auprès de l’ambassade de Chine. Pour un visa S1 mieux vaut donc être PACSé ou marié et pouvoir brandir un beau papier officiel adéquatement tamponné.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : ce n’est pas pour des histoires de visas que nous nous sommes mariés puisque nous avions déjà de longue date sacrifié au rite administrativo-républicain (et remarquablement tue l’amour) du PACS. Qui n’a pas pris rendez-vous une fois dans sa vie avec l’huissier du tribunal d’instance pour relire un acte de PACS et se retrouver cinq minutes après dans un couloir de tribunal sordide et vide en osant à peine s’embrasser ne sait encore rien des capacités de l’administration à tuer les élans amoureux. Si votre amour résiste au PACS c’est que vous êtes prêt pour le mariage. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas pour des raisons pratiques que nous nous sommes mariés, même si nous étions conscients que cela pourrait nous faciliter la vie.

Nous en avons eu confirmation lorsque nous sommes allés à Shanghai en mars. Le charmant Nicholas qui nous accompagnait dans nos démarches avait un peu tiqué devant le fait que nous n’étions pas encore mariés. Nous avions bien essayé de lui expliquer ce qu’est un PACS mais il a semblé dubitatif (allez donc expliquer en langue étrangère un truc qui ressemble au mariage, qui ouvre presque les mêmes droits que le mariage mais qui n’est pas un mariage). S’adressant à moi il finit par conclure : « si vous vous mariez ce sera mieux pour votre visa, sinon vous n’avez aucune raison de venir en Chine ». Aucune raison de venir en Chine. C’est vrai que nous avons à peine deux enfants en bas âge, que nous tentons d’élever un peu (trop ?) classiquement avec leurs deux parents, je n’ai donc effectivement aucune vraie raison de suivre MMM en Chine si je ne suis pas mariée. Mes enfants eux en ont une puisque leurs actes de naissance leur donnent le droit de rejoindre leur père. Saisissant non ?

Alors franchement, qu’est-ce que c’est que cette idée d’exiger qu’on soit marié pour constituer officiellement un couple au regard de l’immigration chinoise ? Tout cela n’est il pas un peu bourgeois, voire réactionnaire ? Le communisme n’est décidemment plus tout à fait ce qu’il était… Mais n’oublions pas que la Chine n’est pas que communiste et qu’elle est surtout chinoise (Lapalisse n’aurait pas renié cette profonde affirmation). Or dans la Chine millénaire, le mariage est le fondement même de la société. Dans la mythologie, le premier Auguste ou Empereur Fu Xi (2852-2737 av. J.C., voilà qui est précis pour un empereur mythique mi-homme mi-serpent), a initié la fondation de la civilisation chinoise en édictant les règles du mariage. Avant même de poser les bases de l’enseignement, de la pêche, de la chasse, bien avant l’écriture créée par le troisième Auguste, bref avant toute chose, ce sont les règles du mariage qui ont été énoncées. Dans le culte des ancêtres, les principales obligations de la morale religieuse sont de se marier et d’avoir une descendance mâle et propre au culte. C’est dire si quelques décennies de communisme ne peuvent suffire à déboulonner la place du mariage en Chine.

Résultat : malgré la modernisation des grandes villes, malgré l’adoption de certains modes de vie (de consommation) occidentaux, la course au mariage reste de mise chez les jeunes gens et leurs parents. Il semble par exemple fréquent pour une jeune femme d’annoncer qu’elle se mariera l’année prochaine. Et si on lui demande avec qui, elle ne le sait pas encore, mais n’est-ce pas là un tout petit point de détail ? L’essentiel est de se marier, d’assurer son avenir et de faire des photos en robes de mariée (oui, robes au pluriel, des tas et des tas de robes différentes). Vous croyez que j’exagère ? Jetez donc un oeil à cet épisode de  Sexy Beijing Weddings gone wild

 

Quoi qu’il en soit, mariés ou non, l’essentiel est bien d’être heureux ici ou là-bas. Et touchons du bois, pour notre petite famille pour l’instant tout va bien…

 

Crédit photo : Dafne Starace.

 

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3 Comments

  1. Ah mais de parution en parution voilà que l’on s’attache vraiment à votre indigène tribu (du point de vue de vos futurs hôtes chinois). Et votre joyeux appétit de découverte est communicatif !
    la panne de l’écrivain n’est vraiment pas pour demain tant vous êtes alerte.
    Merci des bons moments passés à vous lire

  2. J’adore les gens qui disent que le mariage c’est qu’un bout de papier. Ces gens ne voyagent jamais et n’ont jamais voulu vivre partout dans le monde… 3/4 des pays du monde ne savent pas ce que c’est le concubinage.. donc quand ils arrivent en Chine… ils se marient… pour obtenir le visa, combien de cas je connais ? bah tous les couples non mariés que je connais en Chine. Je sais bien que la plupart de mariage il y a de l’amour mais vu comme ça c’est pas glamour, ça fait par dépit et non par amour. Mais c’est tellement classique et prévisible. Et le lieu administratif le truc où l’on se marie en Chine. Atrocement moche.

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