Enfin chez nous…

Je n’avais pas réellement de doute quant à notre capacité à surmonter un second déménagement, mais ce n’est pas une raison pour ne pas m’accorder un auto-satisfecit : nous l’avons fait, et nous l’avons bien fait.

Nous voici donc dans notre home sweet home des deux prochaines années (sauf envie pressante de bouger avant, brouille définitive entre la France et la Chine ou guerre thermo-nucléaire locale). Et ensuite tout dépendra du bon vouloir — surtout financier — de notre bailleur mais tout cela est encore bien loin… Une nouvelle ère s’ouvre donc aujourd’hui pour nous : celle de notre véritable installation en Chine.

Le premier révélateur de ce changement d’ère et d’air est ce que nous avons sur nos murs. Dans notre appart’ hotel, la déco neutre et volontairement européenne fleurait encore bon Paris. Dans notre nouveau logement, la déco est tout aussi volontairement sino-ethnico-chic, et c’est d’ailleurs en grande partie ce qui nous a plu. Volontairement, le tic de langage incontournable et urticant des émissions de déco. J’attends avec un espoir toujours frais qu’un jour un propriétaire ou un architecte d’intérieur venant de mettre des dizaines (des centaines ?) de milliers d’euro dans une rénovation réponde à Stéphane Thébaud : « cette mezzanine en béton brut (ou ces meubles XVIIIème, ou cette ambiance « bord de mer », ou cette grande sculpture dans le hall) ? Ben il nous restait de l’argent et on n’avait plus du tout d’idée alors bon, on a fait ça au hasard ». Involontairement quoi. Mais rien de tout cela chez nous, la règle du volontairement a bien été respectée et ce faux Andy Warhol (le moins chic de tout l’appartement) trône désormais au dessus de mon bureau. Caïn était dans la tombe et l’oeil regardait Caïn et il dût écrire dans la ligne de l’oeil à compter de ce jour…

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Les cartons étant partis l’avant-veille en camion, les valises une heure auparavant avec MMM et l’agent immobilier, j’ai testé pour vous une expérience inédite : déménager à pied. A pied avec les enfants, la poussette, l’ayi et les quelques petits sacs qui nous restaient à prendre. Quelques minutes de marche et nous étions arrivés. Pour un peu j’aurais presque cru qu’il ne s’agissait pas du tout d’un déménagement, c’est à dire un déménagement parfait. A l’arrivée il fallût tout de même sortir rapidement des valises le premier nécessaire de survie tout en surveillant que nos Beautés d’amour ne se plantent pas une écharde métallique ou un clou dans le pied.

C’est qu’ici la réactivité n’est pas un vain mot, en tout cas pour certaines choses : nous nous sommes réveillés samedi après-midi pour demander une connexion internet, elle était en place lundi à notre arrivée et les installateurs de la télévision satellite étaient encore à l’oeuvre. Enfin quand je dis « à l’oeuvre » c’est à prendre au sens tout à fait figuré. Pour passer un câble partant du salon jusqu’à notre chambre (où trône une énorme télévision que nous n’allons probablement jamais regarder) ils ont percé le cadre d’une première fenêtre alu, passé le câble à l’extérieur du bâtiment, percé une deuxième fenêtre puis un cadre de porte en bois, tendu le câble gris en travers de notre plafond blanc et cloué le tout sur tout le trajet. Un peu affolés de voir ce câble tendu à l’extérieur comme un perchoir à oiseaux, nous avons demandé au management de la résidence ce qu’il en était : « Ah oui, effectivement le câble ne devrait pas être tendu comme ça, ils auraient dû le fixer sur le mur ». « Sur le mur extérieur vous voulez dire ? » « Oui, on va les rappeler pour qu’ils fassent ça ». D’accord, donc percer des huisseries n’est pas un problème, passer un câble télé à l’extérieur d’un bâtiment n’est pas un problème, ni massacrer le plafond, c’est juste qu’il ne faut pas que les oiseaux se perchent dessus. Le tout c’est d’avoir des repères sur les normes locales, après ça va tout seul…

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Foin de ce choc culturel franco-chinois, je me suis attelée le soir-même au puzzle géant d’allumettes suédoises pour assurer à ma Beauté Brune qu’il dormirai le lendemain dans son nouveau lit. En avant donc pour le lit Kura. Kura : ne vous fiez pas à ce petit nom bucolique et prononçable, Kura est le plus retors de tous les lits suédois. Nous l’avions appris à nos dépens il y a trois ans puisque Beauté Brune a le même à Paris et que nous avions déjà passé quelques heures difficiles avec MMM à monter le premier exemplaire. Pour le deuxième MMM n’a même pas voulu essayer, probablement immunisé à vie contre Kura. Invoquant Mère Courage, je me suis donc lancée seule dans l’aventure. Une bonne heure et demie plus tard, toute fière d’avoir réussi à monter les deux tiers de la structure je réponds sûre de moi à MMM : « ne t’inquiète pas, j’ai pas oublié qu’il faut inverser la place de l’échelle par rapport au plan, pour l’instant je ne suis pas encore arrivée à cette partie là ». Au bout de deux minutes je me rendais compte qu’en fait si, j’étais arrivée à cette partie là et que ce que j’avais si laborieusement monté était donc à l’envers. Je démonte, je remonte dans l’autre sens. En théorie il ne restait que les barreaux à placer et… je vois que deux montants sont inversés et qu’il faut tout re-démonter (à nouveau). Fin du premier acte, jetage d’éponge et nuit bien méritée.

Il y eut une nuit, il y eut un matin. Deuxième jour : je recommence avec comme assistant un Beauté Brune ultra-motivé. Tentative d’inversion des montants et prise de conscience que sur cette version 2014 de Kura il est impossible de changer la place de l’échelle. Ô rage, ô désespoir, ô tenons ennemis, que n’ai-je tant vécu que pour cette perfidie ? Donc je re-redémonte le tout pour revenir à la version de la notice et à ce que j’avais fait la première fois. Heureusement que Beauté Brune me scandait « ne te décourage pas maman » parce qu’à ce stade là Brecht ne suffisait plus depuis longtemps. Et après une heure supplémentaire d’efforts nous avons pu poser le matelas sur le lit et obtenir un chaton aux anges. Il y dort en ce moment même, ce qui réjouit mon coeur de mère mais ne comptez pas sur moi pour un troisième Kura : le choc culturel franco-suédois c’est trop fort pour moi.

 

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2 Comments

  1. Bon, alors pour le mois de Mai, on prévoit de monter nous même notre lit puzzle kura (Line est une spécialiste), ou on amène des matelas pneumatique?…

    Blague dans le coin, voila une bonne chose de faite. Proverbe occidental: ce qui est fait n’est plus à faire.

    Bisous

    • Pas besoin de diabolique lit Kura pour vous, vous avez un grand lit douillet qui vous attend dans notre chambre d’ami. Mais si vous tenez à faire un petit puzzle en mai on peut vous en trouver un chinois d’ici là 😉

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