L’expat’ est un oiseau migrateur

L’expat’ est une espèce à part. Et comme toute espèce animale, son évolution et sa sélection naturelle est déterminée par l’environnement. Grâce à des moyens adaptatifs hors du commun, l’espèce a connu en quelques dizaines d’années des changements zoologiques radicaux.

Autrefois regroupés en petites hordes, l’expat’ vivait en tribus isolées tout au long de l’année. Bien que bénéficiant d’un habitat souvent vaste, l’expat’ aimait alors se regrouper dans des événements sociaux d’autant plus importants que le groupe était petit et que la communication avec le groupe d’origine était difficile. Dans ces temps quasi préhistoriques, l’espèce ne communiquait par des moyens archaïques : courrier postal, téléphones fixes à cadran, et pour les besoins urgents du travail par un moyen ultra moderne, le télex. Chaque signe provenant du groupe d’origine était ainsi un événement, et chaque communication téléphonique internationale marquée de l’urgence à raccrocher rapidement. L’expat’ descendait en droite ligne du colon mais s’en distinguait déjà par une ouverture d’esprit supérieure et une condescendance moindre chez la plupart des spécimens, ainsi que par une propension à s’approprier de nouveaux outils. L’avion en particulier était préféré aux paquebots pour la migration estivale annuelle et le retour dans le pays d’origine.

Au fil des décennies, l’espèce expat’ s’est progressivement développée, passant de petites hordes éparses à de grands groupes installés et plus sédentaires. Ce fait est d’autant plus remarquable que ce n’est pas à une natalité hors du commun qu’est due cette croissance démographique mais à un développement spontané de l’espèce. Par un mécanisme encore mal connu, de plus en plus de non-expats se transforment ainsi en expats, et les scientifiques observent une accélération rapide du phénomène ces dernières années. Une hypothèse avance que ce sont les changements d’environnement, et en particulier le développement des moyens de transport et de communication, qui favorisent la mutation des non-expats en expats. D’autres hasardent que le durcissement des conditions d’existence dans le milieu d’origine pourrait également favoriser cette mutation. Ces hypothèses nécessiteront cependant d’être dûment validée et complétées avant de pouvoir conclure sur le phénomène.

L’une des caractéristiques qui a certainement le plus évolué dans l’espèce est son caractère migratoire. Autrefois limité à un grand mouvement par an vers le pays d’origine, la migration voyait les groupes d’expat’ quitter les zones tropicales où ils hivernaient pour retrouver le pays d’origine en zone tempérée. La nidification reconstituait temporairement le groupe familial d’origine avant le départ pour un nouvel hivernage. Or cette caractéristique migratoire a évolué au point de se déconnecter totalement des besoins originels de l’espèce et d’en constituer un attribut indépendant. Désormais, l’expat’ migre également en hiver, et parfois à destination des zones froides. La migration de Noël est ainsi devenue massive, dépeuplant les zones habitées et les écoles au profit des régions d’origine. Seuls les primo-expats et quelques spécimens isolés semblent échapper à cette migration de décembre. En Chine, on observe une deuxième migration au moment du nouvel an chinois, les expats semblant fuir alors la migration massive des populations chinoises vers leur ville d’origine. Ainsi, une migration locale déclenche en réponse la migration du groupe rapporté. Ce mouvement de population du nouvel an ne serait pas observée dans tous les groupes d’expats en Asie mais uniquement en Chine ce qui tendrait à accréditer l’hypothèse du poids des facteurs environnementaux locaux.

De nouveaux travaux ethologiques devraient certainement nous apporter dans les années à venir un nouvel éclairage sur cette espèce ou sous-espèce particulière et nous permettre de mieux comprendre ses comportements spécifiques. Souhaitons en tous cas une heureuse et pas trop épuisante migration d’hiver à tous.

 

Source photo : Le Vif.be

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