Bangkok chinoise, Bangkok thaï

La mémoire est sélective et pleine de trous, elle se rappelle de ce qu’elle veut bien et jamais, ô grand jamais, des choses exactement telles qu’elles sont. Ce qui fait que lorsqu’on revient des années après sur des lieux déjà vus, on se voit obligé de faire coller comme on peut les choses dont on se rappelait avec toutes celles qu’on avait oubliées, et ça met parfois la tête un peu de guingois.

Bangkok n’a pas fait exception à la règle, et pourtant il ne m’avait pas semblé que mon dernier séjour datait de l’an mille… A peine dix ans. Enfin douze, ou treize, on ne va pas chipoter. De toute façon pas assez longtemps pour justifier par un début d’Alzheimer d’avoir totalement évacué de mes souvenirs les traces pourtant très visibles de l’influence et de la culture chinoise dans la ville. C’est en visitant le Wat Pho que cela m’a brutalement frappée : ce temple bouddhique ne fait pas qu’abriter l’un des plus grands bouddhas couchés du monde, il recèle aussi un nombre conséquent de sculptures de personnages chinois en pierre pour orner ses cours et ses portes. On ne peut pas faire trois pas sans avoir l’une d’elle sous les yeux. En les regardant attentivement cette fois, une faible lueur a éclairé mon fouillis de souvenirs : « aaaaaaaaaah, mais oui, ça me dit quelque chose maintenant, mais qu’est-ce qu’elles font au milieu de ce temple thaï ces statues au fait ? » Je ne vois qu’une explication : c’est la faute à mes structures neurologiques qui ont chassé (sans que je leur demande) les intrus de mes souvenirs à grands coups de balai. Mes neurones aiment que les choses soient bien rangées, alors tout ce ne rentre pas dans les cases logiques : couic ! Du coup, exit les statues chinoises (de mes souvenirs mais pas de mes photos), et plein feux sur le style thaï flamboyant à l’exclusion de tout le reste. Et après je m’étonne d’avoir la tête de guingois…

En tout cas le troisième voyage aura été le bon : cette fois j’ai enfin vu et compris, Bangkok n’est pas que thaï, elle est aussi en partie chinoise. C’est qu’elle a accueilli plusieurs vagues importantes d’immigration chinoise entre la fin du XIXème et le milieu du XXème siècle. Rien qu’entre 1918 et 1931 ce sont 1,3 millions de chinois qui se sont installés en Thaïlande, rejoignant les centaines de milliers de chinois installés avant eux. Cette communauté est si importante à Bangkok qu’il se dit que la moitié des habitants y a une ascendance d’origine chinoise.

Nous n’avons pas manqué de faire un tour dans le China Town de Bangkok, histoire de ne pas totalement nous déshabituer de la Chine durant nos vacances. On y trouve évidemment des temples confucéens et taoïstes tout ce qu’il y a de plus chinois, des lampions de nouvel an, des idéogrammes sur toutes les devantures et évidemment de quoi manger (et fort bien) chinois. Ce quartier typique est aussi est celui d’un commerce florissant, qui alimente même le grand marché bangkokien du week-end (Chatuchak). Les chinois ont la bosse du commerce partout où ils vont, qu’on se le dise. En tout cas cette China Town vaut un détour, et même pour le visiteur qui n’a pas peur d’oublier la Chine sous le soleil thaïlandais. Ne serait-ce que pour visiter le temple Wat Traimit, qui abrite le plus grand bouddha en or massif du monde (5,5 tonnes d’or), ainsi que l’intéressant musée Yaorawat China Town Heritage Center au premier étage. De quoi en découvrir plus sur l’histoire de cette importante communauté pour les parents, et pour Beauté Brune de montrer à sa Jolie Brunette toutes les chinoiseries qu’il connaissait déjà.

Bon, cette fois c’est bon les neurones ? Tout est bien rangé à sa place ? Vous n’allez pas me redécapiter les statues chinoises ? Allez, que je ne vous y reprenne plus.

3 Comments

  1. Très occupés en ce moment et un peu avares de commentaires et de nouvelles, bien que lecteurs aussi assidus que fidèles de ton blog…mais nous n’en pensons pas moins.
    Ravi que les retrouvailles avec Jolie Brunette se soit bien passée…et que le retour sur Shanghai ait été bien accepté par Beauté Brune.

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