Expat’, année 2 : le risque de l’ennui ?

Pour faire écho à un précédent billet où j’expliquais avec soulagement que la deuxième année d’expatriation était tout de même beaucoup plus simple, facile, fluide, tranquille que la première, l’honnêteté m’oblige quelques mois plus tard à vous révéler la face obscure de cette deuxième année. Et sa face cachée, qui nous attend tapie dans l’ombre, c’est le risque de l’ennui. Expatriée fraîchement arrivée ici, découvrant avec enthousiasme mon nouvel environnement, j’avais bien entendu des « anciens » expliquer qu’à partir de la deuxième année, le gouffre d’un ennui abyssal s’ouvrirai sous mes pieds et m’engloutirai dans une irrépressible envie de quitter Shanghai. Écoutant de manière générale assez peu les oiseaux de mauvais augure, et répugnant à me laisser contaminer par le pessimisme ou la négativité des autres, j’ai préféré tabler sur le maintien de mon enthousiasme et ma capacité à toujours trouver un petit quelque chose à découvrir. C’est ce qu’on appelle l’esprit battant du nouvel arrivant.

Un an trois-quart après notre arrivée, je dois pourtant le reconnaître : le risque de l’ennui de la deuxième année existe (un peu). Et ce d’autant qu’après une première année intense en efforts d’adaptation, en apprentissages divers et variés, en soutien d’enfants bouleversés et en découvertes quasi quotidiennes, le calme qui suit la tempête peut apparaître par contraste comme une morne plaine. Agréablement reposante au début, mais légèrement monotone au bout d’un temps. Notez qu’il n’y a rien là qui ne diffère vraiment de la vie dans notre pays d’origine : au bout d’un certain temps, le quotidien reprend ses droits et la vie est tout aussi banale qu’ailleurs. S’occuper des enfants, travailler, faire les courses, prendre le métro, faire à manger, rien en soi de particulièrement excitant. Et il faut bien l’avouer, le Syndicat d’Initiative familial que je suis commence à s’essouffler légèrement et à peiner à trouver de nouvelles idées.

Il faut dire que nous avons déjà visité bon nombre de musées de la ville – en moyenne 3 voire 4 fois chacun -, de sites d’intérêts ou de temples, de quartiers, de parcs, sans compter les incontournables aquarium et musée des Sciences et de la Technologie qui n’ont – hélas, trois fois hélas – plus aucun secret pour nous. Ayant éclusé la quasi totalité des sites et visites mentionnées dans nos guides touristiques de Shanghai (et pourtant il y en a), ll nous faut maintenant creuser un peu pour trouver de nouvelles idées sortant des sentiers battus, tout en bravant le froid, la pluie et la tentation de rester tranquillement à la maison. Comme toujours, la routine est mère potentielle d’ennui, en Chine comme ailleurs. Heureusement qu’il nous reste les expo (j’ai Giacometti dans mon viseur, je vous en reparle vite), parce que sinon il ne me resterait que la possibilité de noyer mon ennui dans l’alcool, de me mettre au pole dance et de devenir l’un de ces piliers de bars hype dont la ville regorge tout en me faisant croire que je m’amuse. Je préfère rester rat d’exposition car même si le ridicule ne tue pas complètement quelque chose – l’instinct sans doute – me retient de me lancer à corps perdu dans le pole dance.

Donc oui, si on n’y prend pas garde il est possible de trouver Shanghai – ou n’importe quelle autre ville d’ailleurs – ennuyeuse au bout d’un temps (notez que certains arrivent à expérimenter ce sentiment au bout de quelques mois, voire moins, que ce soit à Hong Kong ou la Motte-Beuvron). Mais est-ce une raison pour baisser les bras et se laisser aller à l’ennui mortel ? Et bien non, j’affirme haut et fort que s’ennuyer n’est pas une fatalité, même au bout de deux ans, voire trois ou même plus, d’expatriation dans le même pays. Notez bien qu’heureusement sinon les retours dans la mère patrie qu’on connait par coeur rimeraient immanquablement avec idées noires, surtout si on doit s’en retourner à la Motte-Beuvron. Bref, on peut continuer à ne pas s’ennuyer de son pays d’accueil au bout de deux ans, encore faut-il décider d’aller trouver ce qui nous intéresse là où ça se trouve, de cultiver sa curiosité et de choisir d’avoir constamment un oeil étonné plutôt que désabusé et avide d’une prochaine destination forcément plus excitante.

Il se pourrait bien qu’en définitive on nous ait menti : la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut. Moi en tout cas j’ai choisi mon camp. Et vous ?

 

Source image : site Supertalls

GrandBondMilieu_expat-ennui

21 Comments

  1. Qu’est ce que j’adore tes articles d’expatriée ! Je les trouve tellement bien tournés et je sais pas pourquoi ils me rassurent…Je pense que bien sûr la monotonie commence à s’installer mais c’est bien de pouvoir rester positive et de pas tourner dans la négativité comme tu le fais. J’espère, quand j’arriverais à Beijing (je ne sais quand) pouvoir avoir le même positivisme.

    • Moi je dis : tout n’est pas dans la tête, mais beaucoup quand même, et je refuse d’être contaminée par les gens qui râlent sans arrêt sur la Chine 😉

  2. Après bientôt 8 ans à Shanghai, je peux pourtant dire que j’en découvre encore tous les jours. J’ai même envie de dire que c’est là, après être resté quelques années, que les choses deviennent vraiment intéressantes, quand on passe outre le plus flashy et évident. Quand on croit en avoir découvert les moindres recoins, et et qu’on en découvre encore.

    Rappelle-moi par example pour le prochain dîner des blogueuses de vous emmener au restaurant russe, dans 1933 . Je crois t’en avoir déjà parlé, mais je n’ai pas souvenir de l’avoir vu mentionné ici.

    Bref, en ce qui me concerne, j’ai plein d’idées mais pas assez de temps pour tout.

    Et puis, ça veut dire que c’est aussi le moment de partir explorer les environs de Shanghai, supers sympa !

    Donc si tu manques d’idées, demande moi ! Je n’y mentionne malheureusement pas un centième sur mon blog, par manque de temps…

    • Pour l’instant on s’en sort pas mal, on nous avait promis une deuxième année morne, pour l’instant on s’en tire et je crois qu’on va trouver de la ressource pour la troisième année… En revanche je veux bien deux trois tuyaux pour les environs la prochaine fois qu’on se verra.
      Et tope-là pour le resto russe !

  3. A Pudong Est, l’ennui démarre bien plus tôt. Preuve en est : au bout de 8 mois d’expatriation, j’ai déjà songé à m’inscrire à ton cours de peinture ou aller faire la cantine scolaire. C’est grave.

    • C’est l’effet barrière naturelle du Huangpu ça, il faut oser aller à Puxi pour découvrir deux trois trucs. Et franchement je te conseille mon cours de peinture, on se marre vraiment bien et c’est quand même plus classe à raconter à ta famille quand tu rentreras cet été 😉 Chiche ?

      • Heu, 1/2 chiche….. j’ai besoin que l’ennui envahisse tout mon être pour sauter le pas. Encore une semaine comme celle que je viens de passer et je suis bonne pour la zumba, le mahjong ou ton cours. Je te redis ça très vite :-))

  4. On aa les mêmes références ennui, la Motte-B est une blague récurrente dans ma famille 🙂
    Pour le reste, si tu trouves la solution, je veux bien !

    • Ah ben je ne savais pas que c’était une référence, ça m’est juste venu comme ça, spontanément. J’aurais pu parler de Vierzon ou Vesoul aussi 😉 Pardon au motte-beuvranais de passage dans le coin…

  5. Je partage l’avis de la Renarde (faute de pouvoir partager le restaurant russe!). Je pense qu’il y a un cap à passer et que les aspects touristiques classiques (même de qualité et approfondis) peuvent être dépassés par d’autres merveilleuses choses à découvrir. Tu ne parles jamais de tes contacts avec les Chinois, je veux dire dans de VRAIES rencontres. J’ai zappé quelque chose ou bien c’est difficile à réaliser ?

    • Ah oui, les contacts avec les chinois j’en ai de manière superficielle, mais pour se faire des amis chinois il faut 1) dépasser la barrière de la langue (ce qui n’est pas près d’être fait en ce qui me concerne) et 2) dépasser la barrière culturelle qui existe entre nous (genre grande muraille). Même ceux qui vivent ici depuis de longues années et qui parlent couramment mandarin, voire qui sont mariés à un ou une chinoise disent à quel point c’est difficile de vraiment entrer en contact avec eux… Il y a sûrement des pays où c’est plus facile à réaliser qu’ici…

  6. Ah ah les théories sur les phases de l’expatriation ! Faut dire qu’il y a tout de même du vrai dedans 🙂 Perso, je trouve que c’est pas mal d’avoir l’occasion de s’ennuyer un peu parfois, ça donne envie de repartir à l’aventure ! Nous on bouge trop vite, au bout d’un an / un an et demie à chaque fois, pile quand on commençait enfin à avoir des repères, des petites habitudes, des amis.. Ce serait chouette de pouvoir en profiter un tout petit peu plus longtemps avant de tout recommencer ailleurs !

    • Ah oui, un an – un an et demi ça ne laisse pas du tout assez le temps de s’ennuyer et de se poser vraiment dans une nouvelle routine 😉 J’ai fait ça toute mon enfance et c’est beaucoup trop fatiguant, je suis ravie de pouvoir passer plus de temps par ici, quitte à avoir quelques week-ends d’ennui…

  7. Je ne suis jamais restée plus d´un an, mais cette fois la deuxième année se profile à Hong Kong… Mais je pense aussi que c´est une question d´état d´esprit !

    • Et bien tu nous diras si la deuxième année à HK c’est le début de l’ennui ou au contraire la possibilité de pouvoir profiter enfin sereinement de son environnement 😉

  8. Je te conseille vivement l’expo Giacometti, elle vaut vraiment le coup ! Bonjour de Pékin où nous nous régalons ! (Nous n’avons pas eu droit à la Cité Interdite vide mais à la Grande Muraille juste pour nous, oui !!!! Fantastique !)

  9. Que j’aime tes articles! Tes mots sont toujours bien choisis et tes phrases bien tournées!
    Même si je ne suis pas expat’, ton article me parle! C’est fou …

    En attendant, choisir le camp de la curiosité, c’est déjà la fin de l’ennui et tu nous le montres bien!

    Continue ainsi!

    Des bisous et un peu de bave de Mademoiselle Bébé !

    • Ca te parle en dehors de l’expat ? Tu vis à Lamotte Beuvron ? 😉 Désolée, fallait que je la fasse… Bises pas trop baveuses à vous deux.

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