Signer un contrat de travail chinois, vraiment ?

Le Grand Bond c’est pas encore maintenant mais c’est tout de même rudement bientôt. MMM est donc en train de finaliser un certain nombre de « petits » détails, dont la signature de son contrat de travail avec la filiale chinoise de son entreprise. Ben oui, son contrat de travail, le truc qui fait qu’on est tous en train de se préparer depuis des mois à partir à l’autre bout du monde et que j’ai démissionné de mon boulot il y a déjà quelques mois. Un très léger détail à finaliser donc.

D’ailleurs, quand je dis finaliser son contrat, disons plutôt que MMM vient juste de commencer à en discuter avec eux et qu’ils semblent souhaiter lui faire signer lors de son premier jour de travail. Le premier septembre donc, alors que nous serons à Shanghai depuis une semaine et que Beauté Brune aura déjà commencé l’école (et oui, cette année les enfants rentrent avant les papas, ça change). Ils ont l’air paisibles en Chine, ils ne semblent pas  craindre de ne pas tomber d’accord avec MMM (il faut dire que le plus crucial est déjà négocié et validé : son salaire). Ceci dit, ils ont raison de se sentir tranquilles vu que MMM va devoir signer un contrat rédigé en chinois, et qu’ils lui feraient signer une notice d’appareil ménager ou la liste des artistes de l’Opéra de Pékin qu’il n’y verrai que du feu. Alors contrairement à de vieilles idées reçues, les chinois ne sont pas si cruels et ils ont bien voulu lui faire parvenir une version du contrat en anglais. Excellente occasion d’en apprendre un peu plus sur le droit du travail chinois. Au milieu de ce document aussi ennuyeux qu’attendu, quelques petites choses sortent tout de même de l’ordinaire et valent que je vous les expose.

Ça commence dès la deuxième page, article 2.3 : « durant la durée du contrat, l’employé devra dédier la totalité de son temps, de son énergie et de ses capacités aux devoirs établis par ce contrat ». La totalité de son temps et de son énergie à son travail. Il n’y aurait pas un tout petit peu de place là-dedans pour sa famille, ses loisirs, un peu de repos ? Ils précisent tout de même juste après que l’employé ne devra pas travailler en même temps pour un autre employeur. On espère donc un temps que le fait de dédier tout son temps à son travail est une simple formulation pour indiquer qu’on ne doit pas dédier son temps à un autre employeur. Mais à la page 8 (la 9 étant celle dédiée aux signatures), ils remettent ça avec l’article 10.3, avec une légère variante : « durant la durée du contrat, l’employé devra dédier la totalité de son temps, de son énergie et de ses capacités aux devoirs établis par ce contrat et devra travailler pour l’entreprise avec loyauté, diligence et les plus grands efforts ». Là je crois que c’est clair : ils attendent un dévouement total de MMM. Ce qui par association me fait penser qu’il y aurait environ 600 000 morts par an liés au travail excessif en Chine. Et que ce n’est pas vu par les autorités comme un problème de santé publique mais comme une preuve d’héroïsme au travail. A votre avis, je commence à avoir peur tout de suite ou on attend d’y être ?

Bon, continuons tout de même notre lecture et familiarisons nous avec les us et coutumes chinoises parfois bien éloignées de notre bon vieux Code du Travail. Par exemple, l’article 8 nous apprend que l’employeur peut mettre fin au contrat de son salarié sans indemnités ni préavis dans un certain nombre de cas. Notamment si durant la période du contrat son employé a donné naissance à un enfant en violation de la politique de contrôle des naissance, ou encore s’il s’est rendu coupable d’activités criminelles. Faut vraiment pas rigoler avec la loi en Chine, sinon c’est double peine tout de suite. Condamné par la Cour, condamné par l’entreprise, et plus que ses yeux pour pleurer.

Mais il y a aussi des choses bien dans le droit du travail chinois : on ne peut pas licencier un employé malade en cours de traitement (mais à la fin de son traitement oui), ni une femme enceinte, en congé maternité ou en congé d’allaitement, ni un employé qui est à moins de 5 ans de sa retraite s’il travaille depuis au moins 15 ans pour l’entreprise (voilà qui hérisserait le poil d’un certain nombre de patrons du CAC 40…). Un employé a également le droit de quitter son travail sans contrepartie si son employeur exerce sur lui des violences ou des moyens de coercition pour le faire travailler (que ce soit explicitement stipulé  dit-il quelque chose des conditions habituelles des travailleurs chinois ?). Aller, je préfère croire que les chinois aiment surtout que les choses soient bien claires. Ils précisent par exemple que le contrat de travail se termine automatiquement dans le cas où l’entreprise fait faillite ou est dissoute, et aussi dans le cas où l’employé est mort. Il vaut effectivement mieux le préciser au cas où une jeune veuve éplorée irait réclamer à l’entreprise de continuer à lui verser le salaire de son mari… Ils sont prévoyants ces chinois…

Quoi qu’il en soit, tout ceci n’est pas bien grave puisque de toute façon MMM va signer un document qu’il sera incapable de lire (et surtout qu’il restera lié contractuellement à la filiale française, ce qui constitue un super filet de sécurité). Aller, halte au travail et place aux vacances ! Je m’attelle  de ce pas aux valises puisqu’on fait ce soir une répétition générale du Grand Bond : un vol de nuit de 12h avec Beauté Blonde sur les genoux pour partir au soleil. Après ça le Paris-Shanghai ne sera qu’une amusante formalité.

 

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