Mission Impossible 5 : Banking in China

 

Warner Bros. Pictures is proud to present the last movie by John Woo and Jean-Jacques Annaud, starring Tom MMM Cruise and Uma Tara Thurman : Mission Impossible 5 – Banking in China.

A-ha-ha, j’ai fait ma maline il y a quelques semaines en vous annonçant toute contente de moi que nous avions réussi à ouvrir des comptes en banque en un tour de main avec l’aide de nos bienveillants baby-sitters de l’agence de relocation. J’ai annoncé ici-même que ça avait été rapide et facile. Et c’était vrai. Mais ce qui était vrai aussi c’est qu’on a ouvert un compte bancaire mais aucune des options qui allaient avec, et en particulier pas le e-banking. Oui, le e-banking, le nom très chic de ce que vous utilisez certainement tous les jours : l’accès internet sécurisé à votre compte bancaire et toutes les opérations bien pratiques qui vont avec, du type faire un virement ou consulter son solde. En France cela fait partie du service bancaire de base, mais apparemment pas en Chine. Ici l’utilisation normale d’un compte semble se limiter à toucher son salaire, faire des retraits au distributeur et tout payer en liquide ou presque. Faire un virement, et pire encore un virement international semble relever ici d’une forme de finance-fiction réservé à quelques élus.

Or petits français que nous sommes, nous avons l’habitude de gérer tous nos comptes par internet, et nous espérions pouvoir continuer à le faire pour contourner l’anglais approximatif des guichetiers. Conclusion : il fallait retourner à la banque pour demander l’ouverture du e-banking. Et bien croyez le ou non, c’est plus compliqué d’ouvrir le e-banking que le compte lui-même. (re)Photocopie du passeport, signature d’un nombre impressionnant de papiers tout en chinois (dont la fonction est restée mystérieuse), photo numérique du passeport posé à côté des papiers signés, remise d’un petit boitier qui génère des mots de passe, nouvelle photo du passeport à côté du boitier, entrée de plusieurs codes secrets, l’e-banking en Chine c’est une histoire sérieuse et qui nécessite du temps. On ne rigole pas avec la consultation de son solde à domicile.

Alors c’est déjà assez sérieux à la banque, mais quand on se retrouve chez soi devant son écran et qu’on essaye de l’utiliser, on comprend enfin dans quel guêpier on est venus se fourrer.  L’e-banking ça se mérite. L’e-banking c’est pour l’élite de l’élite, celle qui aura su surmonter toutes les difficultés que la banque a dressé entre nous et l’ordre de virement. L’e-banking à la chinoise est garanti 100% totalement sécurisé vis à vis des utilisations frauduleuses de votre compte, mais aussi garanti 99% totalement sécurisé vis à vis de l’utilisation licite et anodine de votre propre compte. Il n’y a pas un hacker sur terre qui sera assez fou pour essayer d’utiliser votre e-banking chinois pour détourner l’argent de votre compte. Seul vous serez assez motivé pour tenter d’aller au bout de cette longue et épique quête. C’est là le premier maillon de sécurité du système : compter sur l’effet psychologique.

Première étape : réussir à se connecter. Et bien rien que ça n’est pas donné à tout le monde. Après avoir laissé MMM s’échiner et jurer pendant trois quart d’heure le premier soir en essayant diverses configurations, nous avons tiré notre première leçon : pour se connecter il nous faut 1) un PC (ne riez pas, quand je dis un PC je veux dire PAS un mac, avec un mac ça ne marche pas), 2) internet explorer (et je veux dire UNIQUEMENT internet explorer, ça ne fonctionne ni avec Mozilla ni avec Google Chrome). Cette simple étape prend du temps car comment imaginer qu’une entreprise propose encore en 2014 un service internet qui n’est pas compatible avec toutes les configurations matérielles et logicielles de ses clients ? Et bien maintenant nous le savons, la réponse est : notre banque chinoise.

Deuxième étape : réussir à y retrouver ses petits. Là, oubliez tout de suite vos vieilles habitudes d’interface user-friendly ou de navigation intuitive, d’organisation simple ou d’intitulés explicites. Si vous voulez consulter le solde de votre compte, il va falloir vous décarcasser un peu. Comptez une bonne demi-heure pour commencer à pénétrer la logique martienne d’informaticiens chinois et cliquer sur le bon enchaînement avant d’arriver à voir réellement combien vous avez d’argent sur votre compte (non, ça n’apparaît pas quand vous arrivez sur la rubrique « votre compte », ce serait trop simple).

Troisième étape : faire un virement. Je crois que de toute ce fut notre préférée. Je pense que j’ai failli perdre MMM qui jurait de plus belle et s’entêtait devant l’écran. Rappelons que nous avons demandé à bénéficier du e-banking en anglais. C’est le cas : les intitulés des rubriques sont bien en anglais. En revanche, si vous voulez faire un virement il faut rentrer les coordonnées de la banque de votre bénéficiaire en caractères chinois. Et quand je dis rentrer il faut SELECTIONNER les coordonnées en caractères dans une très loooooooooooooongue liste de possibilités (parce qu’un copier-coller ça aurait été trop simple, on aurait pu trouver un moyen de s’en sortir). Nous voilà donc penchés avec MMM sur les coordonnées de la banque du kindergarden de Beauté Blonde, en train de faire des aller-retours entre le papier et l’écran en luttant pour reconnaître les bons caractères. Première rubrique OK, c’était la Bank of China, quatre caractères seulement, trop facile. Etape deux : on rajoute la région de la banque. Deux caractères de plus, on y arrive encore (enfin, on le croit). Etape trois : on rajoute le nom de l’agence. Et là ça devient l’enfer. Parce que la liste qu’ils nous propose contient des centaines de noms, avec des caractères écrits tout petit, et à l’écran ça fait vite très mal aux yeux.

Moi : « tu crois pas que ça pourrait être celui là ? » MMM : « non, j’ai l’impression qu’il n’y a pas le bon nombre de carrés dans le 7ème caractère ». Moi : « je crois que t’a raison mais ça ressemble quand même pas mal non ? » MMM : « non, continue, regarde ce qu’il y a d’autre ». Moi : « il y a combien de caractères en tout dans le nom ?  » MMM : « neuf ». Moi : « Ah ben là il n’y en a que huit, donc c’est pas ça », et on continue jusqu’à ce que réussite s’ensuive. Dix minutes et une presbytie débutante plus tard, nous avions réussi à identifier la bonne chaîne de caractères. Et je peux vous dire qu’on n’était pas peu fiers tous les deux.

Mais c’était pas encore fini. Car après tout ça, il faut encore rentrer les codes de sécurité, les fameux codes donnés par le petit boitier qui a été photographié avec nos passeports. Et là il faut se débrouiller avec un mode d’emploi entièrement en chinois et nos souvenirs des explications rudimentaires données par la guichetière trois jours avant. Plusieurs bordées de « p… mais c’est quoi ce système de m… ! » plus loin, nous avons réussi à faire fonctionner les codes et à émettre le virement. Aaaaaaaaaaah ce qu’on était fiers de nous : nous avions vaincu l’Everest bancaire chinois.

Et vous croyez que ça finit bien ? Et bien non : le virement a été rejeté le lendemain. Pas parce que nous nous étions trompés dans la reconnaissance des caractères ou dans les numéros de compte, non. Parce qu’il fallait rentrer l’intitulé du compte à la virgule et la majuscule près tel qu’indiqué sur le papier sinon ça ne concorde pas EXACTEMENT et ils rejettent le tout.

La deuxième fois MMM a réussi à faire le virement en moins de 10 mn. Tom, mon héros !

 

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10 Comments

  1. Felicitations. Sur ce coup la je serai probablement devenu totalement fou.

    Ceci etant, il est amusant de constater que meme aux Etats-Unis, la maniere de presenter les donnees est parfois tres, tres confuse. Je ne suis toujours pas sur, par exemple. d’avoir compris la maniere dont me sont presentes les debits de carte bleue sur internet. Acune logique chronologique, ou autre d’ailleurs.

    Mais en ce qui vous concerne, l’episode suivant de cette mission impossible sera probablement intitule « Virement International. » Si mon intuition est correcte, en me basant sur mon experience au Bresil et an Argentine et sur ce que vous venez de vivre pour un virement local, mon conseil serait de vous deplacer au guichet le jour de votre premier virement international et de prendre des conseils chez vos amis expatries car je sens que gerer les delirs de Disney Legal a cote paraitrait une partie de plaisir. Ceci dit, on est si content et si fier lorsque l’on perce a jours ces mysteres 😉

    Felicitations, de nouveau: le Sphynx que vous venez de vaincre etait autrement plus coriace que ceux que j’ai rencontre a ce jour!

    (PS: Mission Impossible est distribue par Paramount / Sony et non pas Warner Bros. 😉 ce qui a du ajouter a la confusion de l’affaire 😉

    • Mais nous avons bien failli devenir fous nous aussi (enfin surtout MMM, moi je me tenais à distance respectueuse de la bête).
      Et pour les virements internationaux nous sommes de toute façons condamnés à aller au guichet parce que le RMB est officiellement une devise non convertible et qu’il faut montrer patte blanche et moult justificatifs officiels pour avoir le droit de faire sortir de l’argent de Chine. Une nouvelle étape réjouissante en perspective 😉

  2. Brrr … j’en ai des frissons !
    Moi, la poisseuse en chef pour toutes les questions administratives, comptables et ursaffiennes de la terre (oui parfaitement : « ursaffienne », de « URSSAF », mes amis pour la vie), je n’ose même pas imaginer par quoi vous êtes passés.
    Je crois qu’un bidon de 50 litres de Rescue en intraveineux direct ne m’aurait pas suffit à surmonter ça
    Chapeau bas !

    Au fait, vous vous inscrivez quand à Koh Lanta ?
    Non, paske là, tout le reste c’est du p’tit lait maintenant
    :)))

    Bisou
    Marie

    • Oh mais toi tu aurais renoncé tout de suite, tu serais allée au guichet le surlendemain pour qu’on le fasse pour toi 🙂 Seul Tom MMM Cruise a la force mentale pour aller au bout d’une telle aventure bancaire, mouhahahahaha !

  3. ah, mais vous avez fait mieux que Champollion devant la pierre de Rosette car vous n’aviez pas de texte en grec ancien à côté (bon je ne suis plus très sûre de la langue antique du texte qui, justaposé aux hierogliphes de la pierre, a permis à Champolion de s’en sortir).
    La liste en tout petits caractères chinois évoque la trame d’un tissu magique dont seuls ceux qui ont des yeux perçants et aguerris de dentellière pourront déchiffrer le mystérieux canevas. Voilà un supplice raffiné pour les pauvres myopes ou presbytes condamnés à râler sans pouvoir réaliser leurs biens numériques !

    • Nous n’avons pas tout à fait aussi bien que Champollion (qui de mémoire avait du grec ancien et de l’araméen à côté des hiéroglyphes) puisque nous n’avons pas su déchiffrer ce que nous sélectionnions, juste le reconnaître et c’était déjà pas mal 🙂
      Et je crois que c’est un supplice y compris pour ceux dont la vue est bonne, c’était vraiment vraiment écrit trop petit pour ne pas faire mal aux yeux !

  4. Prochaine étape, le dépôt de garantie de l’appart car évidemment ce superbe site internet (génie de technologie sécurisée à la Chinoise) n’a pas sauvegardé les coordonnées bancaires du proprio que j’avais mis 25 minutes à rentrer (et à retrouver dans la liste des hiéroglyphes Chinois ;-))

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