Ton certificat d’enregistrement de résidence temporaire obtenir tu dois

Aaaaaaah, encore une fois j’ai légèrement fanfaronné en vous disant ici que j’étais enfin prête à affronter l’étape ultime pour mon residence permit. Mais non jeune padawanette, mais non ! Il ne fallait pas feindre le flegme du maître Jedi : prête tu n’étais pas, trop d’impatience, trop de colère je sens encore en toi. Facile est le chemin qui mène du côté obscur de la Force. Travailler ta résistance encore tu dois.

Donc, comme prévu, il me fallait donner quelques documents à notre secrétaire pour organiser la dernière étape (croyais-je) de mon parcours administratif, à savoir le fameux rendez-vous au saint des saint des residence permit pour obtenir mon dernier petit papier. Liste de documents réduite et raisonnable : mon passeport, mon contrat de travail, la licence de l’employeur, 5 photos d’identité, le compte-rendu de ma visite médicale et mon certificat de résidence temporaire. Même pas peur, même pas mal me dis-je : en dehors des photos d’identité j’ai déjà tout. J’ai donc fait faire des photos d’identité et j’ai crânement apporté le tout à la secrétaire, trop fière d’avoir enfin maîtrisé les arcanes administratives chinoises. Genre ceinture noire de paperasserie.

Tout allait bien quand quatre jours plus tard notre secrétaire me dit qu’en fait mon certificat d’enregistrement de résidence temporaire (obtenu il a à peine plus d’un mois lorsque nous avons déménagé, c’était déjà mon deuxième depuis notre arrivée ici) devait être renouvellé puisque j’étais sortie du territoire. OK, donc j’ai le même passeport, la même identité, strictement la même adresse, la seule chose qui a changé c’est qu’un visa Z est collé sur la page 10 du passeport mais il faut que je re-déclare mon adresse aux autorités. Le côté obscur de la force commençait déjà à m’appeler mais j’ai lutté : c’était là l’occasion de pratiquer mon chinois débutant en y allant moi-même et en voyant de mes yeux à quoi ça ressemblait pour vous raconter ça après.

Je partis donc samedi, pleine de confiance en moi et absolument certaine que je reviendrai avec le précieux papier. Au commissariat de notre rue, un policier me fait comprendre par gestes que je ne suis pas au bon endroit, je note la bonne adresse et arrête un taxi. J’énonce l’adresse en chinois (numéro de rue compris), il me comprend et m’y emmène sans coup férir. Je sens que la Force est avec moi, rien ne peut m’arrêter. Au commissariat, deux policiers fort serviables me montrent où je dois demander mon fameux certificat, c’est sûr : tout va bien se passer. Et voici ce qui se passa :

1. Première étape : prendre un numéro à la borne. Où tout est évidemment écrit en chinois. Je regarde autour de moi en montrant que je ne sais pas où appuyer et un gentil monsieur appuie pour moi sur la troisième case. Me voici munie du numéro 3002.

2. Je m’assois pour patienter. Je suis la seule occidentale mais personne n’a l’air de trouver bizarre que je sois là. Je tente de repérer comment sont organisées les choses. Guichet 1 : les numéros 1000 et quelques, guichet 3 : les numéros 2000 et quelques, et au guichet 4 probablement les numéros 3000.

3. Quinze minutes plus tard : les numéros 1000 avancent assez vite, au rythme d’environ une personne toutes les cinq minutes. C’est plus lent pour les 2000, environ une personne toutes les 7 à 8 minutes. Quant au 3000, ça fait 15 mn qu’un monsieur patiente au guichet, ça a l’air compliqué.

4. Cela fait maintenant 30 mn que j’attends, j’ai évidemment oublié de prendre un livre avec moi, et le monsieur du guichet 4 n’a pas bougé d’un iota. Je me demande ce qu’il peut bien lui demander à la dame…

5. Je m’ennuie tellement que je me mets à jouer à Angry Birds Star Wars que j’avais téléchargé il y a deux mois sur mon téléphone. C’est un peu bêbête mais je m’ennuie un peu moins. Je commence aussi à décrire par WeChat ce qui se passe à MMM qui lui est au lit en train de faire une sieste (le veinard !).

6. Cela fait 45 mn que j’attends. Dix-sept personnes sont passées au guichet 1, onze ou douze au guichet 3 et le monsieur du guichet 4 n’a toujours pas bougé. Le doute m’étreint : et si finalement j’avais un ticket pour le mauvais guichet ?

7. La dame du guichet 1 est libre depuis deux minutes, je profite de l’occasion pour aller la voir et lui demander par geste si mon ticket est le bon et si c’est bien au guichet 4 que je dois attendre. Elle m’expédie rapidement en me faisant signe que c’est bien sur sa gauche (et donc en direction du guichet 4) que je dois patienter. Je l’ai visiblement dérangée et le sourire ne semble pas une option envisageable. Je retourne m’asseoir un peu rassurée.

8. Bon sang, ça fait une heure que je patiente, le monsieur du guichet 4  est toujours en train d’attendre derrière la vitre et aucun numéro 3000 n’a été appelé. Je commence à bouillir. Peut-être devrais-je aller prendre un autre numéro au cas où ?

9. OH MON DIEU ! Ils ont appelé le n°2057 et c’est le monsieur du guichet 4 qui a répondu à l’appel. Il n’était pas du tout monsieur n°3001, et encore pire : il n’y a personne derrière le guichet 4. Ça fait une heure que j’attends avec un numéro qui n’est pas valable, ha haaa haaaaaaaaaa ! J’ai envie de me rouler par terre en hurlant, mais je me retiens pour garder la face.

10. OK, gardons notre calme et essayons d’obtenir quand même cette cochonnerie de papier. Je me lève et retourne prendre un numéro, j’essaie la deuxième touche au hasard : n°2074. Il reste du monde devant moi mais cette fois c’est certain : j’attends pour le bon guichet. Je discute de plus belle avec MMM sur WeChat, ressort Angry Birds, le re-range, ça m’énerve, ça m’énerve, ça m’éneeeeeeeeeeeeeeeerve d’être là !

11. Les numéros passent finalement relativement vite, d’autant que bon nombre de chinois se sont découragés et sont partis. Il n’y a pas que moi qui suis tentée par le côté obscur de la Force…

12. La rapidité du processus reste toute relative : 30 mn plus tard il reste encore 11 personnes devant moi. La nuit commence à tomber, et j’angoisse à l’idée qu’ils vont me fermer le guichet sous le nez juste lorsque viendra mon tour.

13. Quinze minute plus tard une chinoise anglophone s’assoit auprès de moi et me demande quelques renseignements sur les papiers à fournir. Née en Chine mais de nationalité britannique, elle aussi se plier à la déclaration de résidence. C’est une petite distraction bienvenue où nous ironisons de concert sur les complications administratives en Chine. Rendue à ce point je perds toute objectivité et oublie que dans nos pays d’origine les étrangers sont bien plus maltraités qu’ici, mais qu’importe la vérité quand on s’apprête à basculer du côté obscur…

14. 2071, 2072, 2073. 2073 ? Personne, vraiment ? 2074 : c’est mon tour !! Je tends mes documents à la préposée qui regarde ça d’un air soupçonneux. « Is it a copy ? » me demande-t-elle à propos du bail ? Euh non, pas que je sache. Elle regarde le nom de MMM sur le document : « wo de xiansheng » (mon mari) lui dis-je toute fière, oubliant au passage sujet et verbe. Elle ne dit rien et continue. Elle cherche et ne trouve pas la licence d’enregistrement du bailleur, et pour cause : je ne l’ai pas. Elle part imprimer un document, me le ramène, entoure au stylo que je dois amener la licence du bailleur, appuie sur son bouton sans me jeter un regard. Je reste médusée sur place, le n°2075 me pousse pour prendre ma place et c’est fini.

15. Je n’ai pas mon certificat, je viens de passer mon samedi après-midi au commissariat et je vais ressortir bredouille. Je me mets à pleurer en rangeant mes papiers, et pendant un bref mais intense instant j’ai détesté la Chine. C’est un peu mieux que de massacrer tout le monde au sabre laser mais pas encore tout à fait digne d’un Jedi…

Après tout ça, MMM et moi avons décidé de nous faire aider par un chinois pour ne pas réitérer cette galère le lendemain. Une des employées de notre résidence avait gentiment accepté d’aller faire cette démarche pour moi le lundi suivant. Et lundi après-midi, coup de fil : euh, désolée, mais en fait il faut que vous y alliez en personne parce que vous avez déjà été enregistrée une fois et donc il faut que ce soit soit vous qui fassiez le renouvellement, je suis vraiment désolée mais ils ne veulent rien entendre. Vous voulez dire qu’il faut que je retourne dans cet endroit qui rend fou ? Oui, encore désolée, il faut que vous y alliez en personne. Alors ? Basculera, basculera pas du côté obscur ?

Bon, et bien à la guerre comme à la guerre, c’est reparti mon kiki. Taxi, énoncé de l’adresse et en route. Ah, ben c’est marrant mais ça ne ressemble pas au trajet de la dernière fois. Ah, c’est sûrement parce qu’il m’a amenée Yushan Lu et pas Rushan Lu (« R » se prononçant « J » mais dents serrées et langue au palais, essayez un peu pour voir, vous m’en direz des nouvelles). Au bout de cinq ou six tentatives de prononciation infructueuse je sors du taxi et j’en arrête un autre. Deuxième taxi, deuxième énoncé de l’adresse et il me conduit au bon endroit : youpi (heureusement, ce n’était pas loin). Retour dans la salle des enregistrements. Je contrôle ma respiration, cette fois j’ai emmené de la lecture, je suis préparée au pire.

1. Je prends un ticket en appuyant sur le deuxième bouton : n°2086 pour le guichet 2. Il n’y a pas eu tant de demandes que ça depuis mon 2074 du samedi…

2. Une américaine et une chinoise sont en train de discuter en attendant leur tour. Elles ont un numéro 3000 et quelques. Je reprends un deuxième numéro tout de suite, j’apprends de mes précédentes erreurs. Donc deuxième chance au tirage : n°3023.

3. Trois minutes après, le guichet 2 appelle le 2086. Le monsieur m’explique fort gentiment et en anglais que je ne suis pas au bon guichet. Je lui montre mon deuxième ticket, il prend le temps de le regarder et me dit que oui, c’est bien celui-là qu’il me faut. Je retourne m’asseoir et tiens MMM au courant par WeChat. Je me tiens prête à aller chercher un troisième ticket si besoin (le guichet 5 pour les 4000 est ouvert aujourd’hui).

4. Réflexion subsidiaire : le monsieur de samedi qui m’a aidé à obtenir le n°3002 ne me voulait pas de mal : il avait choisi la bonne rubrique pour moi, ce n’est pas sa faute s’il n’y avait personne au guichet. Ça rassure un peu sur la nature humaine.

5. Quatre minutes plus tard l’américaine n°3022 est partie et c’est à nouveau mon tour. Je donne tous les papiers à la dame, qui me fait remplir un formulaire. Elle remplit elle-même en chinois tous les éléments qui sont dans les papiers que je lui ai tendus, me fait signer un autre formulaire et me tend enfin mon (troisième) certificat d’enregistrement de résidence temporaire dûment tamponné (en rouge évidemment).

6. Je me rassois le temps d’envoyer la nouvelle à MMM. Je suis presque sonnée d’avoir entre les mains mon (nouveau nouveau) certificat.

Du coup prochaine étape : le fameux residence permit, et c’est demain après-midi que ça se passe. Et il faut que ça se passe bien parce que demain est la date limite pour déposer ma demande sans quoi à partir de mercredi je serai hors la loi sur le territoire chinois. Et au vu de ce qui précède personne, surtout pas moi, n’a envie de savoir ce que ça donne.

Et ensuite vous croyez que ce sera fini ? Et bien figurez-vous qu’après tout ça il faudra que je me fasse à nouveau enregistrer au commissariat (4ème fois en trois mois donc) parce que j’aurai changé de statut pour devenir résidente. Ensuite je serais censée être tranquille jusqu’à l’année prochaine. Sauf que, sauf que mon passeport n’est valable que jusqu’en juin et que je commence à pressentir que le faire renouveler tout en mettant les bons permis, certificats, tampons et tutti quanti aux bons endroits ça risque de ne pas être si simple… J’aurais pas un genre de malédiction karmique avec l’administration moi ?

Bon, et maintenant Maître Yoda : ma ceinture jaune avoir je peux ? Parce que encourager les padawans toujours il faut…

 

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5 Comments

  1. On s’y croirait..
    Le hasard veut que nous ayons vu, au JT de 13h aujourd’hui, un petit reportage sur les très très nombreux chinois (140 000 je crois) qui sont venus travailler en France pendant la guerre 14-18 (je l’ignorait). Bien que notre administration soit il est vrai un peu compliquée (il est toujours possible de simplifier, surtout vu de l’extérieur), je doute qu’ils aient eu autant de mal que toi pour régulariser leur situation. Leurs descendants n’ont-ils pas osé faire part de l’expérience en la matière de leurs vénérables aïeux ?
    En tout état de cause – et si ce n’est déjà fait – il faudrait suggérer à Marie (TCMMGA = ta chère maman ma grande amie) de proposer au Ministre l’affichage d’informations en Chinois dans tous les guichets publics autres que ceux des musées bien sûr… et ce de toute urgence avant son départ à la retraite !!!

    • Honnêtement, si j’en crois mes anciens collègues hospitaliers et néanmoins ressortissants étrangers, je crois vraiment que nous traitons « nos » étrangers beaucoup plus mal que ça.

      Certes toutes ces démarches sont longues, énervantes et frustrantes, mais je n’ai pas eu à faire le pied de grue dehors au milieu de l’hiver dès 5h du matin pour espérer peut-être déposer mon dossier à 16h devant un fonctionnaire insultant. Notre pays (oui, la France, ce grand et beau pays du G8) a été épinglé à plusieurs reprises par des ONG internationales pour les conditions indignes dans lesquelles nous « accueillons » et traitons administrativement les ressortissants étrangers sur notre territoire. Et pas que de soit-disant affreux clandestins venus profiter de notre argent public, non des gens qui travaillent honnêtement et légalement depuis des années (et qui font tourner nos hôpitaux par exemple).

      La Chine c’est pas si pire finalement 🙂 Ca oblige juste à développer un peu la patience…

  2. Oui, je sais : « je l’ignorais » se conjugue avec un s à la première personne mais la relecture n’est pas mon fort, tu l’avais compris.

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