Se faire avaler sa carte par un distributeur en Chine… et y survivre

Sans être tout à fait des vieux de la vieille de la Chine, nous faisons partie maintenant de la frange expérimentée des étrangers installés ici. Ce qui veux dire que nous jonglons maintenant avec quasi maestria entre tous les petits pièges du quotidien, notamment bancaires : les virements bancaires effectués en caractères chinois ne nous font plus peur, pas plus que le e-banking diabolique de notre banque ou que les distributeurs retors qui refusent de nous parler anglais. D’autant que nous avons appris à nous servir de tous les moyens de paiement électroniques alternatifs locaux type Alipay et autre porte-monnaies wechat. Bref, nous surfons sur la vague avec un détachement flegmatique des plus télégéniques, brushing de surfeur californien inclus. Pour un peu on serait fiers de nous. Et c’est là qu’il ne faut pas relâcher sa surveillance car survient le faux-pas. Un jour on est trop fatigué, trop distrait, trop sûr de soi ou c’est juste pas de bol et on oublie bêtement sa carte dans le distributeur. Et là c’est retour à la case départ et bienvenue dans le monde ubuesque des banques chinoises.

Pour commencer, à moins de maîtriser parfaitement le mandarin, mieux vaut trouver un collègue ou ami chinois qui va appeler la banque pour vous car s’il existe bien un service de renseignement ou d’opposition bancaire en anglais, l’opérateur n’a pas exactement fait ses études d’anglais à Oxford. Donc vous faites appeler, on explique votre problème et c’est ensuite que les choses se gâtent. En France, vous attendriez tranquillement le lendemain pour aller chercher votre carte à l’agence dont dépend le distributeur incriminé, mais cette simplicité vulgaire n’est pas de mise en Chine. Oh non, en Chine, on a recours au raffinement, surtout dans la torture mentale. Donc vous apprenez que vous pourrez récupérer votre carte à partir du 5ème jour suivant le jour où elle a été avalée. Comment vous survivez entre-temps si vous n’avez pas une réserve de cash ou une autre carte bancaire qui traîne n’est évidemment pas le problème de la banque, vous n’aviez qu’à faire attention à vos affaires. Là où ça devient drôle, c’est que votre carte n’est disponible que pendant trois jours à compter de ce 5ème jour. Si comme MonMeilleurMari vous décidez bêtement d’être en voyage d’affaires à ce moment-là non la banque ne peut rien pour vous, la procédure c’est la procédure. Et puis vous n’aviez qu’à faire attention à vos affaires.

Bon, vous ne pouvez pas être là au bon moment, la banque vous propose quand même une solution : émettre une nouvelle carte. Ah, une solution, voilà qui est constructif. Et c’est possible dans les 24h, comme c’est bon cette efficacité. Alors il faut passer deux heures à la banque et signer l’habituelle brassée de 300 pages de formulaires en chinois pour ce faire mais vous êtes là depuis deux ans, vous en avez vu d’autres même pas mal et vous avez une nouvelle carte. Vous avez une nouvelle carte oui, mais vous ne pouvez pas l’utiliser car elle n’est pas reliée à votre compte bancaire, puisque c’est votre ancienne carte (celle qui est bloquée dans le distributeur) qui y est reliée. Et qu’il faut attendre sept jour pour pouvoir annuler l’ancienne carte et relier la nouvelle à votre compte. Vous commencez à moins rigoler pas vrai ? A la guerre comme à la guerre, puisque c’est comme ça qu’il faut faire, allons-y, vous faites appel à toute la compréhension transculturelle qu’il vous reste à ce stade.

Sept jours plus tard (voire encore plus tard si vous passez votre vie entre deux avions, mais vous ne faites vraiment aucun effort, surtout pour quelqu’un qui ne fait pas attention à ses affaires), vous retournez à la banque pour activer votre nouvelle carte. Car non, ça ne peut pas se faire automatiquement, ce serait simple et vulgaire comme en occident, ici c’est la Chine, c’est raffiné on vous dit. Donc vous retournez à la banque, muni des documents qu’on vous a demandé de ramener c’est à dire votre passeport et votre nouvelle carte à activer. Et votre collègue qui parle chinois bien sûr sinon vous êtes mort. Et là vous êtes à point pour le début de la vraie torture mentale : le préposé au guichet refuse d’activer votre carte parce que vous n’avez pas ramené les 300 papiers que vous avez signés sept jours plus tôt. Mais que surtout personne ne vous a demandé de ramener, ruse. Vous pestez, il reste de marbre : non, il n’activera pas votre carte. Et puis de toute façon il ne fera rien du tout parce que finalement il faut que vous alliez dans l’autre agence, celle où vous aviez signé les fameux papiers. Vous vous demandez pourquoi ce refus, peut-être qu’il a badminton ou ping pong, ce n’est pas clair. Finalement vous apprenez que c’est le traitement de faveur pour les étrangers, si vous étiez chinois votre carte aurait été activée dans n’importe quelle agence. Mais pas là, désolé. Donc vous retournez à la première agence mais un autre jour (puisqu’il faut entre temps que vous récupériez les 300 papiers signés qui sont chez vous), toujours avec votre collègue chinois qui est vraiment très patient, vous passez à nouveau une ou deux heures à resigner des trucs et à observer l’employé bancaire faire des milliers de manip’ informatiques sous vos yeux ébahis et là ça y est : votre carte est activée, reliée à votre compte, et vous pouvez reprendre une vie quasi normale.

Quasi parce que tous les moyens de paiement électroniques alternatifs type Alipay sont encore reliés à votre ancienne carte et refusent obstinément que vous en changiez les coordonnées, et à ce stade vous n’êtes pas sûr de vouloir savoir pourquoi. Vous l’apprenez quand même : c’est parce que l’employé de banque n’a pas activé l’option e-banking sur votre nouvelle carte (elle était activée sur l’ancienne, mais à nouvelle carte…), et qu’il faudra donc retourner à la banque pour régler ça et signer de nouvelles tonnes de papiers que vous n’aviez pas signés les premières fois. De toute façon c’est votre collègue chinois qui va s’en occuper, vous vous partez en maison de repos pour vous en remettre.

Moralité : on n’oublie pas sa carte dans le distributeur en Chine. Jamais. JAMAIS. Voilà, c’est dit.

 

GrandBondMilieu_distributeur_billet_Chine

18 Comments

  1. Même pas mal…;-)
    Bon il faut dire aussi que sur Alipay quand on change de numéro de passeport environ au même moment que cette mésaventure ça n’aide pas…!!!

    • Mais vous avez bien fait, je l’ai écrit pour ça 😉 Autant que ça fasse rire les autres parce que franchement, sur le moment j’ai un peu craint pour la santé mentale de mon tendre et cher…

    • C’est là où on voit la cuirasse de l’expat’ quasi aguerri : si MMM a bien pesté, je dois dire qu’il s’est sorti de là tête remarquablement haute (moi je crois que j’aurais pleuré à un moment donné).

  2. Je dois dire que les larmes de désespoir restebt une arme de choix dans ce genre d’aventure… On peut également se munir d’un enfant en bas-âge. Si si , ça aide, ds 1 monent de faiblesse , l’interlocuteur peut avoir pitié…

    • Ah, peut-être que ça marche à Dubaï ou en Grèce, mais franchement en Chine c’est peine perdue. Tout au plus vont-il vous regarder d’un air dédaigneux parce que vraiment vous perdez la face en public en vous livrant à une telle démonstration publique… Bref, la seule option c’est résister du mieux qu’on peut en essayant de garder sa santé mentale. 🙂

  3. Je compatis ! Ça m’est arrivé aussi, le 1er mois de notre vie à Shanghai… Tu n’as pas dit que nous avions une bonne excuse: en France, on a l’habitude de retirer la carte AVANT l’argent. Là, tu prends l’argent et il faut ensuite faire une manip supplémentaire pour récupérer la carte…
    Bon, et puis moi j’ai eu la bonne idée de le faire PENDANT que mon cher et tendre était en déplacement donc le délai est bien tombé ! Mais il se souvient encore d’être retourné 3 fois à la banque pour encaisser un chèque américain (et d’avoir eu envie très fort d’étriper ceux à qui il a eu affaire), tout ça parce que ne figurait pas son 2e prénom comme il est mentionné sur le passeport… Pour devoir au final attendre un encaissement 70 jours plus tard… Oui, 70 jours….

    • Quand on passe au travers de tout ça, parfois je me demande comment Shanghai a pu devenir malgré tout une des premières places financières d’Asie… 😉

  4. D’accord, c’est probablement plus simple en France (ça ne m’est cependant jamais arrivé… je touche du bois) mais franchement, dernièrement Michel avait égaré la sienne, on a cherché pendant 4 jours (pour finalement la retrouver là où elle se trouvait en tout logique) tant on était anxieux d’avoir à refaire des démarches (et paiements dont tu ne parles pas) pour en avoir une autre. C’est beau le progrès ! (… disait la vieille).
    C’était peut-être ton dernier test d’expat ?

    • Dernier test d’expat’ je ne sais pas, je pense qu’on en aura d’autres au gré des circonstances… Mais pour info, j’ai déjà oublié la mienne plusieurs fois en France (c’était du temps où on ne te rendait pas ta carte AVANT tes billets), et coup de stress mis à part ça a toujours été très très simple et rapide. Bon, là je pense que c’est aussi le concours de circonstances qui a compliqué les choses : si MMM avait été là le bon jour il récupérait sa carte et c’était fini 😉

  5. Curieux. Je suis une spécialiste de l’oubli de ma carte dans le distributeur, et je n’ai jamais eu tous ces soucis, et sans limites de dates. La seule difficulté consistait en trouver dans quelle banque récupérer ma carte, voir parfois devoir demander un papier à ma banque prouvant que la carte était bien la mienne. Il fait croire que je suis chanceuse !

    • En vrai je pense que c’est surtout MMM qui a cumulé les manques de bols de son côté : distributeur pas du réseau de sa banque, pas rattaché à une agence, un passeport étranger, un voyage prévu à ce moment-là et hop, aller-simple pour l’enfer administratif 🙂 Je crois effectivement qu’ordinairement c’est pas aussi pire…

  6. Wow Tara! Ils sont gratinés tes chinois! A côté, mes kenyans sont des enfants de coeur.
    Ici nous avons un super système, apparemment un des premiers au monde (comment ça, le Kenya aurait inventé quelque chose d’intelligent???), de paiement par téléphone appelé « Mpesa ». C’est un pur bonheur qui nous a sauvés plus d’une fois! Mais avant cela, il nous a fallu un compte en banque… Dans mes souvenirs d’installation à Nairobi (de ceux qu’on a envie d’oublier vite) il nous avait fallu un mois pour obtenir nos cartes bancaires reliées au même compte (pas trop compliqué pourtant!), et je ne sais pas combien de déplacements à la banque. Si j’habitais en Chine, j’opterai par la solution des grandes-mères espagnoles: l’argent sous le matelas 😉

    • Ah ben nous aussi on a des systèmes de paiement par téléphone, mais ils sont rattachés à la carte bancaire, donc plus de carte bancaire plus de système de paiement 😉 On a fini par s’en sortir (enfin, surtout mon mari, moi je pense qu’on me faisais rapatrier à Ste Anne avec un truc comme ça)…
      Quant aux liasses sous le matelas, vu que la plus grosse coupure chinoise est de 100 yuans (environ 10-12 euros), il faut avoir des toutes petites économies sinon on a vite un petit problème de volume avec des centaines et des centaines de billets à fourrer sous le matelas de mamie 😉

  7. Ah le poisson qui se mord la queue! Ici le paiement par téléphone est la réponse à tous les maux car une bonne partie de la population locale ne possède pas de compte en banque, et la carte bancaire leur est donc inaccessible :-(. Beaucoup d’employés sont rémunérés via le compte téléphonique, c’est vraiment super!

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