Deux livres pour une vision de la Chine contemporaine

Vous l’aurez peut-être remarqué, la pente naturelle de mes lectures me porte plus volontiers vers la littérature et l’histoire (plus ancienne que contemporaine). Mais ce ne sont pas là des exclusives, je vais donc pour une fois vous donner l’avis que vous ne me demandiez pas sur deux livres qui éclairent superbement la Chine d’aujourd’hui. Les deux peuvent se lire par bribes et dans le désordre, pour dresser un portrait par touches (forcément non exhaustives) de cette Chine qu’on ne comprend pas toujours très bien. Au menu du jour donc : Le dictionnaire impertinent de la Chine de Renaud de Spens et Le tigre et le moucheron de Jordan Pouille. La forme des deux ouvrages, bien différentes, en laissera pour tous les goûts.

Le dictionnaire impertinent est comme son nom l’indique un dictionnaire (ô surprise !), qui balaye un nombre important et très hétéroclite d’éléments ou de détails sur la Chine. Point non négligeable : il le fait le plus souvent avec humour et un ton décalé, lequel n’empêche pas la documentation sérieuse et le fond du propos. On peut soit le lire d’une traite comme la forcenée que je suis, soit venir y piocher quelques informations et anecdotes au fil des envies, voire ouvrir l’ouvrage à une page aléatoire et y picorer l’entrée qui vous tente. Politique, internet, écologie, traits culturels, histoire, société, personnalités et faits divers, tout y passe. On y apprend ainsi que le terme diaosi (traduit par « branleur » ou « poil de bite ») est passé dans le langage courant pour désigner les losers, pourquoi le scandale du lait contaminé partait (presque) d’une bonne intention, pourquoi il existe un 35 mai en Chine, et aussi que la fibre de l’humour chinois ne dédaigne pas la grossièreté, qui est le Draco Malfoy local, quels rôles jouent les pandas dans la politique extérieure du pays et tout un tas d’autres informations rigoureusement indispensables pour sentir vibrer ce qu’est l’âme chinoise d’aujourd’hui. J’y ai appris énormément de choses (alors que j’avais déjà consciencieusement lu le Dictionnaire amoureux de la Chine, lui-même extrêmement riche) tout en prenant beaucoup de plaisir à la lecture, c’est dire la qualité de l’ouvrage. Bref, les dictionnaire c’est bien, achetez-en.

Le tigre et le moucheron de son côté est plutôt un recueil d’écrits, de chapitres indépendants relatant les rencontres de l’auteur – journaliste français marié à une chinoise – avec des chinois des provinces. Le ton est plus grave que dans l’opus ci-dessus, mais les thèmes abordés qui décrivent l’envers du décor du développement économique et du paradis socialiste à la chinoise ne se prêtent guère à l’humour. Il nous fait ainsi rencontrer un enfant né « hors-plan » et donc privé de toute existence légale, un pêcheur de cadavres sur le Yangzi, un prêtre clandestin pourchassé par les autorités, des travailleurs pauvres qui vivent dans les sous-sols pékinois, des pêcheurs partis tenter fortune au Maroc et j’en passe. Dit comme ça, ça pourrait sembler un peu glauque (si, si, j’en ai bien conscience), mais il n’y a jamais de misérabilisme ou de gratuité dans ces rencontres qui permettent au contraire de dessiner un quotidien chinois à la fois plus complexe et contrasté qu’on ne se l’imagine lorsqu’on se laisse hypnotiser par la réussite bling-bling des grandes villes chinoises. Il ne s’agit pas d’un portrait de la Chine à proprement parler, mais d’une sorte de contre-point aux images d’Epinal et qui aborde des thèmes rarement évoqués dans les reportages ou les médias traditionnels. Un beau travail de recherche en profondeur, où la rencontre avec l’humain prime toujours sur le sensationnalisme ou l’information gratuite. Ce n’est pas toujours très guilleret mais j’ai vraiment aimé ce livre pour l’authenticité et le côté hors des sentiers battus qui s’en dégage. Sans grande surprise son auteur n’est plus tout à fait personna grata en République Populaire depuis la parution de l’ouvrage…

Muni de l’un ou l’autre de ces livres, nul doute que vous découvrirez comme moi des pans inconnus, voire déroutants de cette grande Chine qui nous accueille. Alors hop, ni une ni deux on fonce chez le libraire.

 

A lire : Dictionnaire impertinent de la Chine, Renaud de Spens, editions Books, 456 p. Le tigre et le moucheron, Jordan Pouille, éditions Les Arènes, 240 p.

Crédit photo d’illustration : Attila Kisbenedek (AFP).

GrandBondMilieu_chine_contemporaine_livres

8 Comments

  1. Il va te falloir un container pour rapatrier les supports papier traditionnels (= livres) de toutes tes lectures accumulée sur 3 ans…
    Car nous comptons bien en profiter nous aussi à ton retour, par roulement; après le « blog d’une expat », la bibliothèque d »une ex expat »

    • Ha ha, que nenni : 90% de mes lectures sont maintenant dématérialisées grâce à ma liseuse ! Restent ceux qui n’existent qu’en version papier que je me ferai un plaisir de vous prêter 😉

  2. J’avoue etre de l’espece picoreuse en ce qui concerne le Dictionnaire amoureux de la Chine mais moi aussi tu me tentes bien avec ces 2 nouveaux ouvrages ! Il me reste quand meme a finir mon gros pave sur les soeurs Soong…. Il n’y a pas a dire, l’histoire de la Chine est tout sauf simple a comprendre !!!

    • Ah oui, le pavé sur les soeurs Soong, voilà un autre versant de l’Himalaya chinois qu’il va falloir que j’attaque un de ces quatre 😉

    • De rien, il est toujours bon d’avoir quelques pistes de lecture dans l’immense jungle de tout ce qui s’écrit sur la Chine, alors je partage avec plaisir 😉

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