Vent d’est, vent d’ouest

Vent d’est, vent d’ouest est un chef d’oeuvre littéraire. Dire qu’il aura fallu attendre de longues années et une expatriation en Chine pour que je fasse enfin la rencontre de ce texte dont je connais pourtant l’existence depuis l’adolescence… Ma mère, elle-même grande lectrice, m’avait alors présenté cette histoire de pieds bandés et de différences culturelles dont le thème m’avait laissée perplexe. Après avoir échoué à trouver l’ouvrage dans la bibliothèque familiale, d’autres livres m’étaient tombés entre les mains et les années passant j’ai fini par confondre Pearl Buck avec Steinbeck (certainement à cause du très évitable roman La Perle de ce dernier, on a les associations d’idées qu’on peut). L’existence de ce livre était alors tombé dans les oubliettes de ma mémoire. Mais comme dit l’adage mieux vaut tard que jamais puisque la lecture de ce roman fut une délicieuse surprise.

Si comme moi vous êtes jusqu’ici totalement passés à côté de l’oeuvre de Pearl Buck, figurez vous que cet écrivain américain a obtenu – rare privilège pour une femme – le prix Nobel de littérature en 1938. Jusqu’en 1934 elle a vécu principalement en Chine où son père était un pasteur presbytérien missionnaire. Enfant elle vécut près de Nankin, où elle enseigna la littérature anglaise à l’université une fois adulte. Nombre de ses nouvelles et romans se situent dans cette Chine qu’elle a intimement connue, et c’est bien entendu le cas de Vent d’est, vent d’ouest. Si la qualité d’écriture de ses autres romans sont à l’aune de celle de celui-ci, je crois urgent de m’atteler un peu plus sérieusement à son oeuvre. Car si Pearl Buck est un écrivain du début du 20ème siècle (encore qu’elle ne soit morte qu’en 1973), son écriture est restée remarquablement actuelle et sensible.

Publié en 1930, Vent d’est, vent d’ouest est le récit à la première personne de la vie de Kwei-Lan. Cette jeune fille chinoise, élevée dans une famille aisée respectant strictement les principes confucéens a été élevée dès son plus jeune âge pour accomplir sa tâche la plus noble : se marier et honorer son mari par la petitesse de ses pieds bandés, sa parfaite obéissance et l’absence absolue de personnalité. Elle épouse sans ciller le mari choisi pour elle par ses parents : un chinois issu comme elle d’une bonne famille, mais qui contrairement à elle a fait ses études supérieures aux Etats-Unis et en est revenu transformé. Le roman est la longue narration à l’une des femmes de sa famille des difficultés qu’elle rencontre dans ce mariage : malgré l’application la plus rigoureuse de ce que sa mère lui a enseigné pour être une épouse parfaite, son mari demeure distant et visiblement insatisfait d’elle. Pire, il finit par l’exhorter à débander ses pieds comme une femme moderne qu’il voudrait qu’elle soit. En elle s’entrechoquent tout ce pour quoi elle a été éduquée et le souhait de plaire à son mari, mais débander ces pieds pour et par lesquels elle a tant souffert, il ne peut en être question. Ce n’est qu’à l’issue d’une transformation interne progressive que Kwei-Lan fini par accepter la demande de son mari et que ce mariage arrangé, qu’on aurait craint voué à l’échec, débouche enfin sur une relation profonde et véritablement amoureuse.

Tout le roman vient interroger ainsi, de manière fine et vivante la question de la culture, des traditions chinoises et des relations familiales dans le contexte d’une Chine des années 20 qui était elle-même en totale transformation (les pieds des petites filles n’y seraient bientôt plus bandés du tout). La force Pearl Buck est de poser ces questions en filigrane d’une solide histoire de famille et d’amour, avec des personnages bien dessinés qu’on ne veut pas abandonner avant d’avoir appris ce qui allait leur arriver (les tourtereaux, mais aussi la mère, le père, le frère de Kwei-Lan). Pour ma part je n’ai pu lâcher ce livre avant de l’avoir terminé. D’ailleurs rien que de vous en parler j’ai envie de filer le relire…

 

A lire : Vent d’est, vent d’ouest, Pearl Buck, Le livre de poche, 250 pages.

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9 Comments

    • Trop de livres, pas assez de temps, c’est effectivement le drame. De l’importance d’avoir de bonnes idées de lectures pour pouvoir faire des priorités 😉

  1. Ah Pearl Buck, qui a enchanté mon adolescence avec « Impératrice de Chine » d’abord, puis les autres œuvres dont bien sûr « Vent d’est, vent d’ouest » entre autres. J’ai encore tous ces livres-là dans ma bibliothèque ! Ton article me donne envie de me replonger dans ces histoires des temps passés … On ne peut que recommander de lire ou relire Pearl Buck, femme moderne avant l’heure …

  2. Un seul problème pour moi, mais de taille: arriver à insérer dans mon agenda le temps nécessaire à toutes ces merveilleuses lectures que tu nous fais partager…et dire qu’en cessant de bosser, je croyais naïvement pouvoir disposer de plus de temps libre…la nature comme chacun sait ayant horreur du vide…

    • Et oui, on ne parle pas assez souvent de ce grave problème de société : le surmenage des retraités 😉 Aller, dans le métro en allant aux assos, ça devrait pouvoir se caser…

  3. J’ai moi aussi longtemps confondu Steinbeck et Pearl Buck…
    C’est egalement ma mere qui m’a encouragee a lire cet auteur…
    … Reste plus qu’a piquer Vent d’Est Vent d’Ouest dans la bibliotheque familiale a notre prochain retour en France, car vous m’avez donne tres envie de le lire!

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