Serial visiters : marathon immobilier à Shanghaï

16 résidences, 18 appartements, 3 maisons, 1 appart’hotel et 273 photos plus tard, je crois qu’on peut dire que MMM et moi nous avons une bonne idée du marché immobilier shanghaïais pour expats. Et oui, 273 photos soigneusement répertoriées chaque jour par résidence pour ne pas trop s’emmêler les pinceaux, parce qu’au bout d’un moment rien ne ressemble plus à appart’ pour expat’ qu’un autre appart’ pour expat’, que tout se mélange dans nos têtes jusqu’à nous donner le tournis et de l’urticaire à l’idée d’une nouvelle visite. Mais MMM et moi sommes des winners, des vrais, et nous avons survécu à ce petit marathon initiatique (bien aidé il faut le dire par l’agent du relocation service de l’entreprise de MMM qui a tout organisé pour nous et nous a trimballé avec fermeté et gentillesse dans tous ces appartements). A chaque fois qu’il nous disait « il y en a un autre du même type (ou d’un type différent, ou à un autre étage, ou avec d’autres meubles plus modernes, ou vide, ou dont le plan est un peu différent), vous voulez le visiter ? » nous disions toujours oui, élargissant ainsi notre vision de ce qui nous attend en septembre.

Dans ce que nous avons vu se côtoie le meilleur (et par meilleur j’entends des résidences et des appartements littéralement hal-lu-ci-nants pour n’importe quel  français, et pas uniquement pour des petits parisiens comme nous) et le quand même très bien mais pas à notre goût. Et de temps en temps tout de même un petit petit aperçu du goût kitsch chinois standard en terme de mobilier. Mais bon, de manière générale les propriétaires ont très bien compris quels sont les goûts des occidentaux et nous proposent un ameublement que ne renierait pas un magazine de déco européen. Comme quoi dès qu’il s’agit de business (et vu les prix de location de ce genre d’appart, il s’agit d’un sacré business), les chinois s’adaptent à merveille au marché. Pas besoin de leur expliquer longtemps comment ça marche pour ferrer le poisson…

Outre la fatigue, on sort de ces visites en se disant « la tour de Babel existe, je l’ai vue, je l’ai même visitée ». Donc version 2014, la tour de Babel est une résidence de luxe à hall gigantesque dallé de marbre, avec des appartements de 120 à 200 m², master bed room de 50-55 m² (soit presque la surface de notre appartement actuel). Et tout cela ne serait rien s’il n’y avait dans chaque résidence un Club House réservé au résidents qui inclue au minimum piscine indoor, salle de gym et salle de jeux pour enfants. Je dis au minimum, parce qu’au maximum quand les promoteurs immobiliers se mettent à délirer (je crois que certains doivent se droguer, mais chut !) on peut aussi disposer de deux trois petites choses additionnelles comme piscine extérieure pour l’été, voire piscine à vagues avec plage (artificielle) de sable, hammam, sauna, jacuzzi, tennis, bowling, salle de billard, salle de ping pong, terrain de basket, terrain de badminton et j’en ai sûrement oublié quelques uns car vraiment trop c’est trop.

Dans ces nouvelles tours de Babel vous trouverez des anglais, des italiens, des français, des américains, des chinois (riches, très riches), des allemands et tout autre ressortissant de la planète-monde qui veut bien s’expatrier à Shanghaï. Là au moins vous n’avez pas à vous poser la question : le concierge de votre immeuble parlera anglais (partout ailleurs, mieux vaut oublier ce luxe de communication et se mettre vite au chinois).

Cela va sans dire, version 2014 la tour de Babel ne connait pas la mixité sociale. Au prix mensuel de ces appartements, n’imaginez pas y croiser un chinois « normal » ni même un français de Shanghaï qui paie son loyer sur ses propres deniers. Pour vivre là il faut débourser un prix mensuel tellement indécent que je n’ose pas l’écrire ici, et au vu des Porsche, Lamborghinis et autres Ferrari garées en bas, on voit bien à qui tout cela s’adresse. Bref, disons le carrément, les nouvelles tours de Babel sont des genre de (très jolis) ghettos pour riches.

Alors évidemment, nous, nous ne serons pas de vrais riches puisque c’est l’entreprise de MMM qui va payer le loyer (et que la Lamborghini de fonction n’est a priori pas prévue, tout se perd ma pauv’ dame…). Une petite voix intérieure me souffle que si on s’habitue à tout ça, ça risque d’être un peu difficile de réintégrer notre petit appartement parisien et qu’il nous faudra un bon chausse-pied au retour…

En même temps, honnêtement, entre nous, lorsque j’ai vu la première de toutes ces piscines avec une dame qui nageait toute seule dedans je me suis dit « oh oui, moi aussi, moi aussi je veux ! ». Et voilà, l’envie pure et dure, la pathétique nature humaine qui ressort au galop.

Je ne me sens pas encore tout à fait prête pour entonner l’Internationale, mais peut-être que vous pourrez chanter avec moi : ouvrez, ouvrez la cage aux expats, regardez les s’envoler c’est beau

 

Crédits photos : me, myself and I.

ShimaoGardens

 

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