L’art de choisir un nom chinois

A l’heure même où je m’apprête dans la vie réelle à changer de nom à l’état-civil, j’ai eu envie de vous faire un petit clin d’oeil en vous livrant l’état de mes réflexions sur mon (et même nos) futur nom et prénom chinois. Car les choses se précisent : lorsqu’on est résident en Chine, il est très recommandé sinon obligatoire d’adopter un nom chinois (qu’on nous demande d’ailleurs de stipuler en idéogrammes sur les demandes de visa en plus de nos identités officielles d’origine). Et comme choisir un nom est une chose sérieuse, je m’y suis attelée avec sérieux.

Pour commencer je me suis un peu documentée en me ruant à ma bibliothèque de quartier (c’est mon syndrome Hermione Granger). Heureusement dans le 13ème le fond documentaire chinois est important et m’a fait tomber entre les mains « Les chinois et la passion des noms ». Je suis donc maintenant incollable (ou presque) sur les règles officielles et les pratiques coutumières qui régissent l’attribution des noms et des prénoms en Chine. Je ne vais évidemment pas garder ça pour moi ce qui vous permettra aussi de vous chercher un nom chinois à vos heures perdues (vous verrez, ça occupe).

Alors pour le nom de famille (xing), c’est comme en France, il est transmis par la lignée paternelle. Et pas tout à fait comme chez nous une femme mariée conserve toujours son patronyme de naissance (elle ne porte donc jamais le nom de famille de ses enfants). Un xing est presque toujours composé d’un unique (parfois deux) caractère chinois monosyllabique, qui est également un mot de la langue courante et donc porteur de signification (même si dans l’usage et par commodité les chinois vident souvent de sens leur xing). Ces patronymes sont assez peu nombreux en Chine : plus de 90% de la population porte l’un des cent xing courants. Du coup en Chine un nom de famille est porté par 200 000 personnes en moyenne, contre 57 personnes en France qui est la championne du monde du nombre de patronymes. Bon, jusqu’ici la règle est simple sauf que mon patronyme français a trois syllabes (dont la première totalement  imprononçable pour un chinois et qui doit donc être dédoublée). Voilà qui va m’obliger à opérer un sens remarquable de la synthèse pour trouver un xing acceptable, mais nous y reviendrons plus tard.

Pour le « prénom » ou plutôt le nom personnel (ming), il est créé-donné par les parents (ou le grand-père paternel) pour chaque enfant et non simplement choisi parmi des listes plus ou moins longues de prénoms déjà existants. Il ne doit jamais être celui d’un ascendant patrilinéaire sur plusieurs générations (ce qui est littéralement tabou). Comprenant une ou deux syllabes, il se compose lui aussi d’un (ou le plus souvent de deux) caractères monosyllabiques tirés de l’ensemble des mots de la langue chinoise. C’est donc d’une véritable création qu’il s’agit, les possibilités étant quasi infinies. Un chinois peut changer plusieurs fois de ming au cours de sa vie, le ming devant correspondre au plus près à l’être ou la personnalité de celui qui le porte. A ce jeu là, ce sont évidemment les lettrés qui tirent le mieux leur épingle du jeu, en recourrant à de grands poèmes classiques et en choisissant des caractères élégants et rares. Règle importante : le ming doit être valorisant (ouf : Oeil-de-pomme-de-terre est donc exclu, même pour des enfants de paysans. Je peux rayer ça de la liste de mes craintes). Au final l’exercice se révèle assez difficile pour un chinois. Alors évidemment  pour moi qui n’ai pas encore ouvert ma méthode Assimil c’est tout un poème…

Enfin troisième usage, en général les étrangers se voient attribuer une transcription (ou plutôt adaptation) phonétique de leur nom, laquelle ne peut évidemment pas respecter les règles classiques, notamment en nombre de syllabes. Par exemple  Jacques Chirac se voit appelé Yake Xilake (prononcer Yake Chilake) : 雅克·希拉克. Une petite recherche internet m’a permis de découvrir une signification possible de son nom en chinois et ça donne : élégant-vaincre rare-gagner-vaincre. Pour un homme politique de son envergure c’est plutôt pas mal en terme de signifiants, mais je me demande si ça tombe toujours aussi bien. Une petite recherche sur mon propre patronyme me donne quelques possibilités de transcriptions-traductions : mouchoir-grand-vrai-flamme par exemple, ou ramper-grand-vrai-mille-pattes. Dois-je comprendre que je suis vouée à ramper comme un insecte ou à me consummer comme un kleenex en flamme ? Si le nom dit vraiment quelque chose du destin, je ne suis a priori pas destinée aux plus hautes fonctions. Alors faisons simple et court, je crois finalement que je vais choisir l’idéogramme  (pá) ou (pan) qui veut dire « grimper » (ou ramper, c’est selon), ça me rappellera le bon vieux temps où je faisais de l’escalade avec mes copines.

Pour mon futur ming, j’ai le choix entre deux solutions. Soit utiliser une transcription phonétique de mon prénom français, ce qui donne comme signifiant bâtir-toi ou couvrir-toi. Ce n’est pas réellement affreux mais pas franchement renversant non plus. Ça m’évoque même la réduction de mon être (complexe) à la fonction exclusive de mère dévouée (et ça, il faut bien le dire, ça ne colle pas vraiment vu mon hyperactivité). Soit, deuxième possibilité, me choisir un prénom avec des signifiants plus distingués, par exemple grue-aurore (hèxin) ou chant d’oiseau-brume (balán). La seconde solution aurait ma faveur mais elle pose deux problèmes. D’abord il semble que les chinois n’aiment pas trop que les étrangers portent des prénoms trop sinisés (ils se réservent les trucs chic et jolis rien que pour eux, je vois ce que c’est…). Ensuite pour éviter tout impair subtil, il serait intéressant que je trouve un ressortissant chinois pour me conforter dans mon choix. Il reste aussi la possibilité de me plonger dans une anthologie de poésie chinoise bilingue, mais aurais-je vraiment le temps ?

Alors maintenant que nous connaissons les règles, jouons un peu avec les ming de MMM et des enfants. Pour MMM on a le choix par exemple entre huanshu (lumière-art) ou la transcription de son prénom français qui donne loi-comparer-calme. On a également pensé à wangyou (roi-pétrole), jeu de mot un peu facile sur l’une des significations possibles de son nom de famille (pétrole) et qui aurait le mérite de formuler des voeux de fortune pour toute la famille. Pour Beauté Blonde nous avons pensé à longgao (dragon-clarté du soleil levant) rapport à son signe astrologique chinois et son éblouissante blondeur, sa transcription donnant cheval-bâtir-corde. Quant à Beauté Brune son vrai prénom donne recevoir-dynastie Tang (c’est lui qui s’en tire le mieux jusqu’ici) et nous n’avons pas encore d’idée plus créative (si vous croyez que c’est facile vous d’inventer quatre prénoms chinois en même temps quand on parle pas un mot de chinois). Alors si vous voulez jouer avec nous à ce jeu, lancez vous (en utilisant par exemple le dictionnaire en ligne de Chine Nouvelle), j’ai hâte de connaître vos propositions de ming (pour nous ou pour vous).

Bon, vu l’éventail de possibilités il me semble urgent d’attendre. La réflexion et la maturation seront nos meilleures alliées dans cette importante décision. Pour commencer je change de nom français, et à chaque jour suffit son changement.

 

A lire : Les chinois et la passion des noms, Viviane Alleton, Editions Aubier.

Crédit photo : For Designer.com.

 

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2 Comments

  1. En première traduction très très rapide, mon ming donnerait : « loutre-belle » ! Je crois que je vais continuer continuer les recherches…

    • Oooh je sens qu’on va bien rigoler avec ce jeu ! J’espère que vous allez être nombreux à participer, plus on est de fous plus on rit. ;o)

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