Enfants et expatriation : un an après

Vous aviez suivi, dans notre expatriation nous avions choisi l’option « avec enfants ». A l’annonce de mon départ une de mes collègues m’avait bien dit d’un air assez surpris « ah bon, vous emmenez les enfants avec vous ? » lorsqu’elle a su que notre destination était la Chine (sous-entendu : dans un pays pareil, vous osez emmener vos enfants au lieu de les laisser aux grands-parents ? mais vous êtes dingues !), ce qui prouve qu’on a toujours besoin d’un point de vue légèrement décalé pour s’ouvrir de nouvelles perspectives. Après tout, on aurait pu se dire que c’était la bonne occas’ pour se débarrasser de notre marmaille et les mettre en pension ou chez les grands-parents pendant que nous vivrions la belle vie en amoureux à Shanghai et que je me transformerais définitivement en Carrie Bradshaw. Bon, on n’a voulu froisser personne (sans compter que les grands-parents ne les auraient pas pris, ils sont pas fous) et on a pris l’option classique : les emmener avec nous. Option classique, mais pas sans risque car un an après je peux bien vous le dire : non les enfants ne s’adaptent pas (toujours) trop facilement au changement, non ils ne vivent pas (forcément) ça comme une chance incroyable d’ouverture sur le monde et non l’excitation de la nouveauté ne remplace pas (tout de suite) la perte de leur environnement habituel. Mais bonne nouvelle : a priori même quand ce saut dans l’inconnu n’est pas un long fleuve tranquille, un an après ça se finit bien.

Alors un an presque jour pour jour après notre arrivée ici avec nos rejetons, faisons un petit bilan de la manière dont ils ont vécu cette année. Commençons par le plus facile : le plus petit. Beauté Blonde avait 21 mois à sont arrivée ici. Est-ce parce que sa blondeur et sa frimousse souriante l’a immédiatement propulsé au statut de star incontestée du Bund qu’il s’est tout de suite senti ici chez lui ? Nous attendrons qu’il soit capable d’exprimer une idée aussi complexe pour vous le confirmer, quoi qu’il en soit pour lui tout s’est passé avec une facilité déconcertante. La nourriture pas de problème, rien comprendre en chinois pas de problème, rien comprendre en anglais pas de problème, poser en souriant pour tous les chinois de Shanghai pas de problème, commencer l’école pas de problème, avec lui tout a été facile. Tout sauf de devoir se séparer de maman et d’accepter de rester la journée avec ayi. Pendant quelques semaines il s’est transformé en sparadrap du capitaine Haddock, pleurant et hurlant à chacun de mes départs (pour évidemment s’arrêter sitôt que j’étais partie, inutile de continuer si on a atteint son objectif en faisant culpabiliser maman). Et un an après il a toujours son air constamment ravi, à l’exception notable de ses moments d’opposition (il a deux ans et demi maintenant, il faut bien que terrible two se passe…). Donc conclusion scientifique basée sur un échantillon d’un unique sujet d’expérience : pour un tout petit, l’expat c’est trop facile.

Continuons ce bilan par le plus nuancé, pour ne pas dire le plus complexe : l’expérience de Beauté Brune, 5 ans à l’arrivée. Après une première période tumultueuse à la maison ou il exprimait bruyamment et très régulièrement par sa colère, son opposition et ses pleurs véhéments que l’expérience était difficile, nous avons cru un (bref) moment que les choses se mettaient en place et qu’il était content à l’école. Nous avons cru et voulu le croire, attendu que nous étions nous-même légèrement submergés par le stress des premières semaines. Et puis patatras, appel de l’école et constatation que 1) les choses n’étaient pas si faciles que ça a l’école (doux euphémisme) et 2) qu’à l’unanimité des observateurs extérieurs notre fils allait très mal. Douche froide, angoisse, culpabilité, sentiment d’impuissance et grand moment de solitude des parents. On a travaillé main dans la main avec l’école, de grosses crises en petites améliorations pour arriver finalement à ce que notre fils aille finalement bien mieux et se comporte de façon acceptable.

Au cours de cette année difficile il y a eu deux vrais déclics pour lui. Le premier a eu lieu en janvier lorsque nous sommes allés voir nos amis en Thaïlande et qu’il a retrouvé Emma, sa quasi soeur de lait avec qui il avait été gardé de ses 4 mois à deux ans et demi. Pouvoir la retrouver, expérimenter qu’il ne l’avait pas perdue pour toujours, et aussi je crois constater qu’elle partageait le même mode de vie expatrié que lui a apaisé énormément de choses. Le deuxième a eu lieu cet été lors de nos vacances en France. Retrouver notre appartement, les grands-parents, revoir son ancienne nounou, son grand copain Hugo ont visiblement été un soulagement : la France n’est pas perdue pour toujours, elle est juste à 12h d’avion et ce ne sont pas que des mots. En discutant avec d’autres enfants au square ou à la piscine il a aussi découvert quelque chose : dans les yeux des autres, vivre en Chine, parler anglais et chinois c’est tout bonnement incroyable. Et visiblement il n’est pas peu fier que ce qui a été si difficile pour lui soit maintenant un « plus » qu’il peut enfin s’approprier. Il restera deux ou trois réglages à faire, du genre lui apprendre à ne pas systématiquement étaler son « je parle anglais et chinois » à chaque fois qu’il aborde un nouvel enfant ou lui expliquer que « toi aussi de temps en temps tu vis en Chine ? » peut être une question un peu bizarre. Mais après une année à l’entendre nous dire « bon, encore deux ans et après on rentre en France pour toujours » et « moi j’aime pas vivre en Chine, j’aime que vivre en France », l’entendre affirmer spontanément que son école est super, qu’il a hâte de revenir à Shanghai pour retrouver tous ses copains et que maintenant qu’il est habitué il espère vraiment qu’on restera ici encore trois ans plutôt que deux était un vrai cadeau. Donc conclusion scientifique basée sur mon deuxième échantillon d’un seul sujet  : quand on a cinq ans et un fonctionnement un peu complexe, l’expat’ c’est vraiment pas si facile mais au bout d’un an et beaucoup de patience ça finit tout de même par être super.

Alors si c’était à refaire, on le referait tout de même. Mais on préférerait si c’était possible passer directement à la deuxième année, si vous pouviez en toucher un mot aux organisateurs pour la prochaine fois…

 

GrandBondMilieu_enfants_expat_1_an

4 Comments

    • Merci pour le commentaire !
      Quant à la pollution, on fait comme pour le reste : on s’adapte, et l’école aussi. Au delà de certains seuils les enfants ne sortent plus en récréation et nous ne sortons plus de chez nous, et sinon au quotidien on essaye de vivre le plus normalement possible (avec des filtres à particules fines dans notre appartement tout de même, comme tout le monde ici…).
      J’avais écrit ça l’hiver dernier quand on a vraiment senti les centrales à charbon redémarrer (et la pollution remonter d’un coup) : http://www.legrandbond.fr/2014/11/hiver-centrales-a-charbon-et-pollution/

  1. Même si je ne suis pas concernée par les enfants et la vie de famille, j’aime beaucoup suivre tes petites aventures et j’imagine à quel point ça doit être compliqué pour une famille de changer radicalement d’environnement !
    Par contre apprendre l’anglais ET le chinois tout en ayant le français comme langue maternelle à 5 ans… Tu m’étonne que Beauté Brune crâne auprès des copains 😉 (jalousie extrême quand l’anglais, malgré plus de 10 ans d’apprentissage à l’école, a été une épreuve pas forcément confortable lors de notre arrivée à Londres ! Après bientôt un an ça va beaucoup mieux, mais quand même !)

    J’accroche définitivement à ta plume, au plaisir de te lire encore 🙂

    xx,
    Em

    • Merci Em !
      Pour ma Beauté il a bien le droit de crâner un peu (parce qu’en vrai, il est trop fort et il nous épate), mais il ne faut pas non plus que ça tourne au tic et qu’il prenne trop la grosse tête : les gens qui sont restés en France n’aiment pas trop qu’on leur jette à la tête tout ce qu’on a appris ou vécu à l’étranger (experience inside). Il n’est jamais trop tôt pour apprendre à faire (un peu) profil bas 😉
      A bientôt sur ton blog !

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